Pourquoi les forces internationales en Afghanistan sont-elles désunies ?
Par désarroi. La situation s’est délitée : d’une part, le président Obama, qui doit tenir compte de son opinion publique et des prochaines élections, veut retirer ses troupes en 2011. De l’autre, on a chargé le général McCrystal, qui commande les forces de l’Otan dans le pays (Isaf), de créer un nouveau rapport de force plus favorable à la coalition, ce qui prend du temps. Et puis on a aussi Hamid Karzaï, le président afghan, qui joue sa propre carte : il se distancie des Américains pour se rapprocher des talibans, sentant bien qu’il a tout intérêt à négocier avec eux tant que les forces de la coalition ne l’ont pas encore lâché.


Karzaï, les Américains et l’Isaf sont donc en train de prendre des chemins opposés…
Oui, il n’y a plus de cohérence. Le problème de base vient du fait qu’au départ, l’Afghanistan est la victime collatérale de la guerre d’Irak. Entre 2002 et 2006, tout a été fait pour sécuriser Kaboul où des millions ont été dépensés et détournés. Mais dans les campagnes pachtounes, les gens se sont lassés d’attendre l’eau potable et l’électricité. En même temps, les talibans se sont réorganisés, ils ont créé une infrastructure politique clandestine dans les villages dont ils parlent la langue. Ce sont eux qui y rendent la justice, puisque l’Etat de M. Karzaï n’a jamais su contrôler la campagne.


Dans ce contexte, n’est-il pas vain de croire que les nombreuses actions civilo-militaires des forces de l’Otan pour s’allier la population ont un quelconque effet ?
Si. Cette stratégie du général McCrystal vient avec une demi-douzaine d’années de retard. La contre-insurrection, qui est sa stratégie, c’est agir, occuper le terrain, transformer les conditions de façon concrète en étant là avec la population. Mais il est trop tard pour ce type de stratégie ou il faudrait beaucoup de temps ou davantage d’hommes. McCrystal va essayer entre maintenant et l’été prochain de renverser le rapport des forces locales s’il le peut.


Peut-il réussir ?
Je pense que non parce que l’adversaire n’a pas intérêt à se confronter de façon directe aux forces occidentales, juste ce qu’il faut pour leur infliger les pertes qui découragent les opinions publiques sans risquer le tout pour le tout, puisqu'ils savent que dans le cas d'une confrontation directe, la coalition est très nettement supérieure. Ce qu’ils font, c'est qu'ils se fondent dans la population et attaquent par surprise. Car rien ne distingue un taliban qui a caché son arme d'un pachtoune .


C’est donc une guerre vouée à être perdue côté occidental ?
C’est une guerre vouée à n'être pas gagnée. Il s’agit de se créer une sortie honorable, une non victoire décente. C’est tout ce qu’il reste.


Pourquoi l’Otan reste-t-elle encore engagée ?
Pour essayer de renverser la vapeur de façon à ce que, dans le cadre de négociations à venir, ceux qui s’imaginent avoir déjà gagné aient un prix à payer beaucoup plus lourd, et soient moins gourmands. On négocie tout en se tapant dessus: classique.

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