• Comment expliquez-vous le retour de la thématique de l’insécurité dans le débat public ?

Cela prouve notamment que beaucoup de problème n’ont pas disparu. Si ces questions sont toujours d’actualité, c’est notamment parce qu’elles ne peuvent pas être résolu uniquement par une politique policière et pénale. Il faut évidemment privilégier une politique de prévention et de médiation pour tenter d’apporter des solutions. Il faut ajouter à cela que la situation dans les quartiers populaires, et plus directement les rapports police population se sont davantage tendus.

• Les politiques, toutes tendances confondues, se disputent cette thématique de l’insécurité. Pour quelles raisons ?

L’insécurité est une ressource politique inépuisable.Certains politiques ont tout intérêt, et c’est là tout le paradoxe, a ce que cette question de l’insécurité continue à se poser. S’il y a un fonds de commerce de la gauche dans ce domaine, il en va de même pour la droite qui agite les notions d’ordre et de sécurité. Si vraiment, les problèmes de sécurité disparaissaient, certains seraient bien embêtés. Mais si l’insécurité revient sur le devant de la scène, il est clair que les médias, eux aussi, ont une part de responsabilité.

• A quel niveau ?

Globalement, les politiques agissent de la sorte, car derrière, les médias suivent et relatent les actions et discours. Depuis quelques temps, il y a une sorte de surenchère dans le fait-divers. Plutôt que de traiter un sujet de faits-divers dans les pages du journal qui lui sont habituellement dédiés, on « monte » ce sujet en ouverture des journaux télé, radios et presse écrite. Ici, c’est de la responsabilité des rédactions qu’il s’agit. Ce sont elles qui décident « d’ouvrir » sur ces sujets-ci. D’une certaine manière, on peut parler d’une connivence entre les gens au pouvoir, et des responsables de rédactions.

• Et le public, quel rôle joue-t-il ici ?

Le public est plutôt suiviste, mais comme à toutes les époques. Il en est de même pour la presse people. Depuis la presse populaire papier du XIXe siècle, il y a toujours eu un goût prononcé pour les faits-divers. Mais ce n’est pas une raison pour que les décideurs, qu’ils soient politiques, intellectuels et journalistes restent inertes face à certaines dérives. Ces gens qui prennent la parole dans le débat public ont une réelle responsabilité, et c’est à eux d’élever le niveaux des discussions, et aller vers davantage d’analyse plutôt que vers du sensationnalisme.

• Quel bilan tirez-vous de la lutte contre la délinquance au cours des deux dernières années ?

Les mouvements profonds de la délinquance sont indépendants de l’action policière. Je prends un exemple. L’évolution globale des statistiques de Police recule, principalement par la baisse des vols, et plus particulièrement des vols de voitures. Ces vols,qui historiquement ont toujours été en tête des vols régressent depuis près de dix ans. Mais cette baisse est totalement indépendante du code pénal ou du travail des policiers. En réalité, elle est liée à la meilleure protection des véhicules, ce qui explique notamment l’apparition des cars jacking. Ce phénomène n’a pas vu le jour parce que les gens sont davantage violents, mais parce qu’il est plus difficile de voler une voiture qu’il y a dix ans.

• Pourtant, les atteintes aux personnes sont en hausse depuis plusieurs mois. Pour quelles raisons ?

Là encore, cette hausse ne peut pas être imputé au politique. Si, concernant les atteintes aux personnes continuent à grimper en flèche dans les statistiques de la police, c’est tout simplement parce qu’il y a davantage de victimes qui viennent déposer plainte qu’auparavant. Les résultats de la délinquance ne sont pas l’évaluation directe de la politique du ministre, c’est bien plus compliqué que cela.

• En ce sens, il ne faut pas s’attendre à grand chose de la visite de Nicolas Sarkozy à Nice aujourd’hui ?

On sait comment cela va se dérouler : dans un premier temps, il y aura un discours alarmiste, ensuite on va expliquer que le gouvernement est volontaire dans ce domaine-là, et qu’il va régler les problèmes. Mais au final, et de façon concrète, on va aller vers ce qu’il y a de plus simple : le vote d’une nouvelle loi. Mais en soit, cette démarche à t-elle un sens ?

Auteur de : « Histoire de l’homicide en Europe »

Editions La Découverte

334 pages ; 25 euros