Mis à jour 20-04-2009 14:28
Une course contre la montre
Il est presque impossible d'imaginer le Groenland sans chiens de traîneau. Mais le réchauffement climatique menace déjà leur avenir.

Photo : Soren Rud
L'excitation est au comble. Des parents angoissés livrent leurs conseils de dernière minute aux enfants qui scrutent impatients l'immensité blanche qui s'étend devant eux. Les chiens de traîneau sont aussi excités que les enfants et leurs hurlements résonnent au départ de la course des enfants à Uummannaq. C'est l'un des événements les plus importants de l'année dans cette ville groenlandaise d'une beauté inimaginable, à 500 kilomètres au Nord du cercle polaire arctique.
Ici, les chiens de traîneau sont loin d'être des animaux domestiques. Indisciplinés et féroces, sauf avec leurs maîtres, ils ressemblent plus à des loups qu'à des chiens. Mais pendant des siècles, ils ont assuré la survie des habitants de la région. Pendant l'hiver, lorsque les fjords sont gelés, ils tirent les luges en bois qui relient les villages aux points de pêche et de chasse sur la glace, qui se situent souvent à quelques heures de route.
Une question vitale
Les luges transportent un conducteur et une belle quantité de provisions. Jusqu'à 16 chiens se chargent de tirer et peuvent courir pendant des heures sans qu'aucune trace de fatigue ne les trahisse. Alors la course d'Uummannaq est un rendez-vous très important, pour les enfants mais aussi pour leurs parents, car elle montrera si les petits sont prêts à manier les chiens. Ici c'est une question vitale.
Ou plutôt, ce l'était. Les chiens de traîneau sont en effet moins nombreux d'année en année. Ici au Nord, ils sont surtout menacés par les scooters des neiges, plus rapides, qui n'ont pas besoin d'être nourris, ni soignés et entretenus pendant l'été, lorsque les eaux des fjords sont ouvertes et le transport sur la glace se révèle inutile.
Les effets du réchauffement climatique
Mais à quelques centaines de kilomètres plus au Sud, à Ilulissat et dans d'autres villes de la côte Ouest Groenlandaise, c'est le réchauffement climatique qui les guette. Les fjords n'ont pratiquement pas gelé ces dix dernières années permettant aux pêcheurs et les chasseurs de continuer à utiliser les bateaux, laissant les chiens sans emploi. Ils deviennent ainsi un luxe plus qu'une nécessité… on entend même des histoires de chiens laissés mourir de faim car leurs propriétaires n'avaient plus les moyens de les nourrir.
A Uummannaq les fjords gèlent toujours. Mais même ici pêcheurs et chasseurs s'inquiètent. La glace vient de plus en plus tard. Cette année, les fjords ont gelé à la mi-janvier alors qu'ils étaient normalement fermés dès le début du mois de décembre. Le dégel arrive aussi plus tôt. L'hiver se raccourcit et le temps devient imprévisible.
Un moment de fête
Mais aujourd'hui l'heure est à la fête. Près de 100 chiens prennent le départ en toute vitesse aux commandes des jeunes conducteurs. L'air se remplit des cris d'encouragement, des bruissements des luges, du crépitement des cravaches, des ordres donnés aux chiens : "Ili, ili, ili" – à droite, à droite, à droite. Ou : "Iu, iu" - à gauche, à gauche.
Une heure plus tard, les gagnants seront accueillis en triomphateurs, leurs luges portées par la foule devant des parents fiers et rassurés des capacités de leurs futurs remplaçants. Ou peut-être qu'ils ne le seront jamais. Certains experts estiment en effet que, dans quelques années, les fjords resteront ouverts toute l'année. Si c'était le cas, l'ère des chiens de traîneau est véritablement révolue. La course contre le réchauffement climatique sera peut-être celle qui n'aura pas de vainqueur.













