Faut-il encadrer la création artistique et sa diffusion sur le Web ? Ce débat qui agite les sphères artistique, politique et associative, a surgi dans l’Hexagone courant mars. A l’origine, le clip vidéo délicatement intitulé Sale pute, du rappeur caennais Orelsan. Posté voilà deux ans sur
les sites de partage de vidéo Dailymotion et Youtube, il montre le rappeur envoyant un mail assassin à sa petite amie après l’avoir découverte au bras d’un autre. Morceaux choisis : “T’es juste une truie, tu mérites ta place à l’abattoir (…) Si j’te casse un bras, considère qu’on s’est quitté en
bons termes (…) J’vais t’mettre en cloque et t’avorter à l’Opinel.”

Orelsan crée la polémique
Il y a quelques semaines, des blogueuses ont signalé le contenu de cette vidéo uniquement diffusée sur le web auprès des sites hébergeurs, qui en ont restreint l’accès. Sur les deux sites, il faut désormais s’inscrire et affirmer (sans pouvoir le prouver) qu’on a plus de 18 ans avant de pouvoir visionner le clip. Mais l’histoire ne se termine pas là. Face au tollé suscité par cette chanson, le festival Les Nuits botaniques de Bruxelles a annulé la programmation d’Orelsan, qui n’a pourtant jamais chanté ce morceau – qui ne figure pas dans son album – sur scène. Malgré la menace du conseil régional du Centre de couper le budget du festival Le Printemps de Bourges, celui-ci a bien maintenu le rappeur sur son affiche. Ce sont ensuite la ministre de la Culture et la secrétaire d’Etat à la solidarité qui ont condamné ce clip incitant selon elles “à la violence et à la haine envers les femmes”.

Soutenue notamment par Marie-George Buffet (PC), Valérie Létard a demandé, début avril à l’Assemblée nationale, le retrait de cette vidéo des deux sites de partage. Impossible, car rien dans la loi ne permet de qualifier ce contenu d’“illicite”, lui a-t-on rétorqué. La secrétaire d’Etat a donc saisi hier la justice (lire interview) pour faire aboutir sa demande et envisage de légiférer en cas de vide juridique.

“Chacun est libre”
Mais le fossé se creuse entre les nombreuses associations, à l’image de Ni putes ni soumises et de SOS sexisme qui ont sollicité Valérie Létard pour agir contre “ce crime sexiste”, et celles des artistes, pour qui encadrer la création artistique est impensable voire dangereux. La chanteuse Anaïs, hier en chat à Metro, a pris la défense d’Orelsan évoquant simplement “un artiste qui raconte des histoires”. “Que le gouvernement s'indigne alors qu'il laisse la totale liberté à des enfants de huit ans d'avoir accès à la pire pornographie dégradante pour la femme grâce à Internet, c'est un peu déplacé, non ?”, a-t-elle déclaré. Pour le manager d’Orelsan, “sur les sites de partage, chacun est libre d’aller voir les contenus qu’il entend comme Orelsan est libre d’avoir fait cette chanson comme il le souhaitait et l’entendait.”