John Burnside
Un mensonge sur mon père

Métailié
310 p; 20€

"Mon père a passé sa vie a dire des mensonges et, parce que je ne savais pas faire autrement, je les ai répétés. Mon monde était un tissu de mensonges, grands et petits, sur tout. L'infarctus qui l'a emporté l'a surpris au pub à Corby entre le bar et le distributeur de cigarettes. C'était un enfant trouvé, un fabulateur, un buveur morose et menaçant à la main leste, il n'avait pas revu son fils depuis des années. " Loin du mélo sur les manquements d'un père, le récit de l'écossais John Burnside narre avec virtuosité et élégance l'histoire de deux hommes pris dans l'errance. Errance d'une relation père fils, errance des histoires d'hommes dans une Ecosse tourmentée. Violence, alcoolisme, machisme, misère, chacun s'enferre peu ou prou dans ses mensonges. Que dit l'histoire racontée ? Quelle part de vrai dans le mensonge ? Un livre dur, âpre, généreux. Une belle lecture de la chute, profonde, sincère, habilement analysée et réfléchie.

M.M

Alain Delon est une star au Japon
Benjamin Berton

Hachette Littératures
280 p ; 17, 50€

Quel homme derrière le mythe ? Quelle vérité derrière la caricature ? Pas facile de s'attaquer frontalement à Delon… Et pourquoi, lui d'ailleurs ? "Parce que Steve MCQueen n'était plus disponible. Parce que James Dean ressemble aujourd'hui à un quartier de viande avariée et parce qu'aucun des acteurs de la jeune génération ne vous arrive à la cheville". Tout simplement aussi pour une question de narration. L'acteur se retrouve séquestré par un couple de japonais, dont l'homme pourrait bien être le fils. Farfelu, alambiqué, gaufré… Benjamin Berton, lauréat du Prix Goncourt du premier roman pour "Sauvageons", signe là un drôle de roman. Satire, docu-fiction, vaudeville, série Z... Vaste alliance dont il n'est pas facile de sortir. Pourtant l'auteur s'en tire bien. Ce qui au demeurant passe pour une bonne blague d'écrivain potache ou un bon coup de marketing éditorial se révèle un tantinet plus pertinent. Un brin de Tarantino dans le concept peut-être (pour son "Boulevard de la mort"), un peu de dérision et de distance, une bonne connaissance du dossier… et le lecteur passe un agréable moment avec Delon.

M.M

Le ciel sur la tête
Nan Aurousseau

Stock
208 p ; 16 €

Nan Aurousseau à cette phrase sans appel : « Un lifting sur une tête de mort, c’est ça la réalité carcérale. »
L’immersion est crue et violente. Pas de fioriture, ni faux-semblant.
La réalité est là. Á sa place. Pas forcément comme ces jeunes que l’on rencontre au fil des pages.
Ce roman pointe du doigt les échecs du pouvoir politique, le manque de moyens, le personnel insuffisant et à bout de souffle, la surpopulation, l’hygiène, les sévices sexuels, le suicide …
Roman âpre et sans concession certes, mais profondément humain.

M.J

Le soleil est une femme
Félix de Belloy

Robert Laffont
245 p; 18 €

C’est certainement par ce qu’il connaît si bien la banlieue et ses mères fières mais désarmées, que Félix de Belloy est capable de les décrire avec tant de subtilité et sans misérabilisme.
Ecrit à la première personne, ce roman compte l’histoire de l’une d’entre elles, Assiah, mère célibataire et aveuglée par l’amour maternel, celui avec un grand M. Celui qui rend la vie plus acceptable, celui qui gomme, celui qui ne sait pas dire « ça suffit, je ne te crois plus ».
Son fils, Medhi, jadis petit garçon au large sourire, va imperceptiblement devenir un voyou. Sous ses yeux. Aimants forcément.
Elle navigue entre angoisses et espérances, sentiment d’impuissance et culpabilité. Elle, qui avait rêvé, sur les plages de son Maroc natal, d’un avenir à la hauteur de toutes les vies sublimées.
La réalité prendra le pas sur son éternelle indulgence de mère, lui brisant le cœur pour avoir trop aimé … un fils.

M.J

De la beauté
Zadie Smith

Folio
589 p; 8, 60€

Un intellectuel de gauche, universitaire spécialiste de Rembrandt, végète dans sa petite université de Wellington aux côtés d'une femme aimée mais trompée. Jérôme, le fils aimé, se réfugie dans la religion et chez son ennemi, son confrère Monty. Sa fille tombe amoureuse d'un jeune du ghetto quand le cadet se met à porter les revendications des réfugiés haïtiens… Beaucoup d'histoires dans cette histoire… Trop peut être. Ou tout simplement biaisées par la volonté qu'à l'auteur de vouloir aborder dans un même texte tous les enjeux de l'Amérique contemporaine: raciaux, religieux, éthiques… Il y a là bien des manifestes. Souvent intéressants mais à trop gloser, l'auteur finit par impatienter ses personnages et son lecteur.

M.M

Quoi de neuf, petit homme ?
Hans Fallada

Folio
466p; 8,10€

Considéré comme un des auteurs phares de la littérature allemande d'avant-guerre, Hans Fallada, pseudonyme de Rudolf Ditzen est encore peu connu des lecteurs français. Dommage, car même si le style apparaît parfois un peu désuet, l'esquisse qu'il donne de la République de Weimar éclaire bien des aspects de la société qui amena Hitler au pouvoir. C'est le cas, dans "Qui de neuf, petit homme". Minés par la crise économique qui ravage l'Allemagne pendant les années 30, Johannes Pinneberg dit "Le môme" et sa femme "Bichette" luttent pour contrer la désolation ambiante. Chômage de masse, ressentiment, montée du nazisme et de l'antisémitisme… le roman dresse une esquisse fidèle de l'Allemagne sous Weimar.

M.M