De nouvelles violences sont survenues dans la nuit de lundi à mardi près de la gare de Lyon. Vous avez insisté pour que l’amalgame ne soit pas fait avec le phénomène des bandes rivales, pourquoi ?
Dans ce cas précis, il s’agit d’une rencontre fortuite qui dégénère en rixe avec une issue tragique. Toutefois, on n’observe pas ici à proprement parler de logique d’affrontements entre deux bandes qui se donnent rendez-vous pour en découdre.

Un point commun avec les bandes toutefois, certains jeunes étaient armés…
En effet, cette affaire met en relief deux tendances. D’abord, l’effet générateur d’une rixe est bien souvent anodin : un regard, une chute de vélo…Ensuite, elle montre que beaucoup d’armes, en majorité des armes blanches, sont en possession de jeunes. Le Parquet de Paris est extrêmement vigilant face à ces phénomènes, comme ses principaux partenaires, et notamment la Préfecture de police. C’est pourquoi nous délivrons aux services de police de nombreuses réquisitions aux fins de contrôles d’identité dans certains lieux ciblés. S’il n’y avait pas eu d’armes, le drame de lundi aurait pu se limiter à une bagarre entre jeunes, sans qu’il n’y ait à déplorer un mort et deux blessés graves…

Outre les contrôles renforcés, que peut-on faire contre ces détentions d’armes ?
De façon générale, les solutions pour contrer les problèmes de délinquance font intervenir plusieurs acteurs. En réprimant fermement les ports d’armes, le parquet signifie que ces faits ne sont des actes anodins et qu’ils sont potentiellement porteurs de dangers pour soi-même et pour autrui. Par ailleurs, nous veillons aussi à ce que puisse se faire tout un travail de prévention envers les jeunes mais aussi leurs parents, en partenariat avec la Mairie de Paris notamment. Aujourd’hui le port d’une arme blanche traduit chez certains jeunes un attribut de puissance, en quelque sorte une volonté d’en imposer à l’adversaire.

En quoi les bandes du XXIe siècle sont-elles différentes de celles des années 80 ?
Les groupes de jeunes, dominés par un chef, structurés autour d’activités délinquantes ou criminelles, ont toujours existé… Mais deux aspects ont changé. D’abord, un contexte social, culturel et familial qui s’est dégradé : les familles de ces jeunes sont moins structurées qu’elles ne l’étaient, elles sont souvent monoparentales. L’absence du père et le manque d’autorité sont alors compensés dans la rue et dans la bande. D’autre part, on observe souvent une tendance à la déscolarisation chez ces jeunes.

Les violences se produisent dans des lieux récurrents : gare du Nord, les Halles...La sécurité y est-elle suffisante ?
Les bandes choisissent de s’affronter dans des zones neutres, qui ont pour caractéristiques d’être soit des lieux de communication comme les gares, soit de grands espaces de promenades, comme les Champs-Elysées ou le Forum des Halles. Ces lieux-là sont particulièrement ciblés par les autorités en terme de contrôles et de présence policière.

Michèle Alliot-Marie annonçait en mars dernier la présence de 222 bandes en France, dont 79% en Ile-de-France. Ce recensement apporte-t-il quelque chose?
Tous les outils qui nous permettent d’avoir l’image la plus fidèle possible des bandes et de leur composition sont utiles, afin de nous permettre d’apporter les réponses appropriées au phénomène d’affrontements. Une étude qualitative réalisée par deux chargés de mission à mon cabinet apporte à cet égard un éclairage intéressant sur ce phénomène.

Le défaut de plainte n’aide ni la police, ni la justice dans leur tâche…
En général, les victimes des agressions entre bandes ne déposent effectivement pas plainte, non par crainte de représailles, mais parce que ces jeunes entendent régler les choses entre eux, sans s’adresser à la police ou à la justice. A une bagarre doit répondre une autre bagarre.

Les mineurs sont de plus en plus présents dans ces bandes. La répression est-elle insuffisante à leur égard ?
Nos capacités de réponse se sont améliorées au plan procédural. Si pour les mineurs, la loi ne prévoit pas de possibilité de comparution immédiate devant un tribunal, comme cela existe pour les majeurs, une évolution importante, ces dernières années, a consisté à pouvoir faire comparaître un mineur devant un juge des enfants dans un délai rapproché. La justice des mineurs a sa logique et les magistrats de mon parquet utilisent toute la gamme de réponses qu’elle nous permet, y compris en requérant des placements dans des centres éducatifs fermés lorsque cela est possible.

Vous avez installé fin septembre un Groupe Local de traitement de la délinquance (GLTD) dans le XIXe. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Un GLTD a pour vocation de mettre en place une politique pénale précise dans un quartier bien ciblé en butte à une délinquance particulière. Par exemple, en 2007, un GLTD a été installé dans un quartier du XVIIIIe arrondissement afin de régler des problématiques de prostitution, de trafics de stupéfiants et de ventes sauvages qui nuisaient ostensiblement à la vie des habitants de ce quartier. Le GLTD mis en place dans un quartier du XIXe arrondissement, à l’automne dernier, est, quant à lui, davantage orienté sur le traitement des phénomènes de bandes, de trafics et d’économie souterraine qu’ils génèrent. Depuis son installation, nous avons constaté une baisse de la délinquance significative sur l’arrondissement.