L'Afssa vient de lancer, en partenariat avec l’InVS (institut national de veille sanitaire), une étude dite "d’imprégnation" de la population aux PCB. Les polychlorobiphényles ou PCB sont des composés chimiques classés comme cancérigènes potentiels par l’Organisation mondiale de la santé. Ils seraient dangereux pour l’homme sur le long terme à cause notamment de leur persistance dans l'organisme.

En effet, ces dérivés chlorés s’accumulent dans la chaîne alimentaire en particulier dans certains poissons. "L’homme est exposé aux PCB essentiellement par la consommation de produits gras d’origine animale : poissons, viandes et produits laitiers. Toute la population française est exposée à d’infimes quantités de PCB par l’alimentation générale", explique l'Afssa dans un communiqué. 

Or, la question que se pose l'Afssa est de savoir si les consommateurs de poissons de rivière ont été plus exposés aux PCB que la population générale. Une enquête impliquant 900 foyers de pêcheurs amateurs sur 6 zones de pêche contaminées ou non par les PCB débute donc ce mois d'avril pour donner une réponse. "Que la population française soit imprégnée, on le sait déjà", lance Guillaume Llorca, responsable investigations au WWF-France.

En février 2008, l’Asep (Association santé environnement Provence, aujourd'hui France - Asef) avait réalisé une première étude d’imprégnation sur l’homme sur 60 personnes reparties en trois catégories (voir l'article). “Globalement, il y a une différence significative entre les gens qui consomment régulièrement du poisson du Rhône et les gens qui habitent le long du fleuve, mais qui n’en consomment pas, les premiers ayant près de quatre fois plus de PCB que les seconds : en moyenne 69,9 picogrammes par gramme de matière grasse contre 28,03 en moyenne”, expliquait à l'époque Patrice Halimi, secrétaire général de l’Asep.

Pour Guillaume Llorca, l'étude de l'Afssa aurait dû par ailleurs tenir compte des conclusions d'un rapport 2008 de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), qui a confirmé que "ce ne sont pas que les poissons d'eau douce, mais aussi des espèces de poissons de mer qui sont contaminés aux PCB", souligne-t-il. "Les relevés faits dans l'estuaire et dans la baie de Seine ont montré que le bar, la truie et la sole étaient aussi contaminés", poursuit Guillaume Llorca. Dans cette perspective, il estime que l'Afssa aurait dû faire des recommandations par rapport à la consommation au plus vite.

Dans son communiqué, l'Afssa indique en revanche que : "Plusieurs mois de collecte et d’analyse des données permettront d’aboutir à des recommandations détaillées quant aux fréquences de consommation sans danger pour l’Homme. Celles-ci seront définies selon les espèces de poisson et par population cible et seront disponibles en février 2011." Rendez-vous dans 22 mois.