Dans le cadre de leur nouvelle stratégie en Afghanistan et au Pakistan, le général David Petraeus (commandant de l’armée américaine dans la région) et l’émissaire Richard Holbrooke, qui sera aujourd’hui à Islamabad, veulent s’appuyer sur les laschkars, des milices locales pour combattre les talibans.
Mais comment s’assurer que ces villageois locaux seront fidèles aux Américains ? “Ils vont tôt ou tard avoir la trouille d’être des ‘collabos’ et ça ne m’étonnerait pas qu’ils changent de camp, surtout si les Etats-Unis intensifient leur lutte contre l’islamisme en zones tribales”. Or, c’est bien ce qui se profile : le Pentagone a décidé de traquer Al-Qaida dans la région et en fait son “dossier réservé”. Il multiplie les raids de drones, désormais lancés depuis le Pakistan, et l’arrivée prochaine de 17 000 soldats en Afghanistan va renforcer ici la résistance. “Il y a fort à parier que ces lashkars, des Pachtouns, se rangeront alors du côté des ‘leurs’ et se retourneront contre la stratégie du gouvernement pakistanais. Pour l’heure, ils épaulent l’armée mais rien ne dit qu’ils le feront encore dans quelques mois. C’est un pari très risqué”, s’inquiète Amir Rana.
Rançons et kidnappings
A Badaber, à 10 km au sud de Peshawar, capitale de la province du Nord-Ouest, à quelques kilomètres des zones tribales et de la frontière afghane, islamistes et talibans pullulent et, fait récent, les bandits et la mafia s’attaquent aux villages et kidnappent des hommes d’affaires ou leurs enfants pour obtenir de juteuses rançons. Pour se défendre, les villageois prennent les armes et s’organisent en milices.
Ijaz, 32 ans, est cordonnier. Mais le soir, il est lashkar et patrouille avec une quarantaine d’autres, kalachnikovs ou AK47 en bandoulière. “Nous ne sommes plus en sécurité et comme le veut notre tradition pachtoune, on doit se défendre nous-mêmes”, lâche-t-il. “Quand on rentre du travail, on prend le relais des forces de sécurité. On est comme une police civile de nuit.” “On repousse aussi les talibans qui veulent étendre leur influence et s’approchent de nos villages”, ajoute Iqbal, un autre lashkar de Badaber.
Ici, aucune difficulté à trouver des volontaires. Et il en faut, car le village est le théâtre régulier de règlements de comptes entre mafieux ou islamistes et villageois, qui se soldent par des meurtres ou des attentats. Sajjad, instituteur, raconte : “Dans chaque maison, il y a un volontaire car si les islamistes viennent ici, c’est l’armée qui va intervenir et lancer des opérations pour les chasser. Ce sera la guerre dans nos villages et on veut absolument éviter les combats et les déplacements de population.”
30 000 fusils supplémentaires
Kushdil Khan, député et porte-parole de l’assemblée provinciale du Nord-Ouest, à l’origine de cette milice de Badaber, précise que “ces lashkars sont indispensables pour épauler les forces de sécurité car les islamistes et les bandits osent moins s’attaquer aux villageois qu’à l’armée et à la police”.
Le mois dernier, Islamabad, avec l’aval des Etats-Unis, a donc décidé de renforcer ces milices et de leur distribuer 30 000 fusils. Une stratégie sans doute nécessaire mais aux résultats incertains…











































