Mis à jour 02-04-2009 23:45
"La plupart des études mettent en avant la toxicité du Bisphénol-A"
André Cicollela, toxicologue et porte-parole de Réseau Environnement Santé, nous explique pourquoi le Bisphénol-A doit être interdit d'urgence

Qu’est-ce qui vous fait croire à la toxicité du Bisphénol-A ?
Cette fois, on ne peut pas dire qu’on manque de données ! Depuis plusieurs années, de nombreuses études mettent en évidence les risques sanitaires du Bisphénol-A. Sur 671 études répertoriées, la plupart concluent à la dangerosité de cette substance chimique. Diabète, obésité, stimulation de la croissance des cellules cancéreuses et surtout troubles du comportement font partie des principaux risques induits par ce produit qui joue le rôle d’un véritable perturbateur endocrinien.
Comment agit cette substance chimique et où la trouve-t-on ?
Le Bisphénol-A migre du contenant vers le contenu, par exemple du plastique vers le lait infantile. Il se retrouve alors dans le liquide ou la nourriture ingurgité. Plus on le chauffe, plus ce processus de migration augmente. On le trouve dans les canettes de boissons, la vaisselle et les fontaines à eau en plastique, , les conserves et bien sûr les biberons. Le plastique de type 7 est particulièrement concerné ainsi que celui de type 3 et 6. Ces références sont indiquées au « cul » des bouteilles ou des boîtes.
Comment expliquez-vous la position Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) et de l’Agence européenne de sécurité des aliments qui se fondent elles aussi sur des études pour conclure à l’innocuité de ce produit ?
Leurs recommandations partent du principe que les doses utilisées sont trop faibles. Mais trop faibles par rapport à quoi ? Les études que ces organismes mettent en avant s’intéressent aux risques à fortes doses. Or dans le cas du Bisphénol-A, on constate des effets à petites doses qu’il n’y a pas à plus fortes doses. Vingt-huit études publiées sur les dix dernières années ont montré que l’intoxication des mères, chez les rats, avait un impact sur le jeune rat qui devenait agressif et sur la jeune ratte qui délaissait son comportement maternel. Et ce dès 10 microgrammes/kg/j alors que la dose journalière admissible fixée par les autorités est de 50 microgrammes/kg/j ! Ils prétendent que les expérimentations sur les rats ne sont pas recevables. Mais c’est une règle méthodologique de base ! On ne peut quand même pas attendre les tests sur les humains pour conclure à la nocivité d’un produit ! C’est un argument d’autant plus faible que toute la directive européenne REACH, qui classifie les produits dangereux, est fondée sur ce protocole. Et puis, l’unanimité des experts au sein de ces organismes ne fait qu’alimenter les suspicions sur leur crédibilité. Comment peut-on être aussi unanimes sur un sujet comprenant autant d’études contradictoires ?
Le cas du Bisphénol-A est le premier dossier traité par le Réseau environnement santé créé début mars, dont vous êtes le porte-parole. Quels seront vos prochains combats ?
On s’apprête à mettre en débat sur la place publique le dossier de l’aspartame.
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