Le tout jeune marché européen du carbone n'a pas été épargné par la crise économique. Crée en 2005 dans le cadre des engagements de Kyoto, ce marché est le lieu d'échange des quotas d'émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone ou CO2, méthane, et protoxyde d'azote) accordés par les gouvernements européens aux entreprises afin de limiter leurs émissions et de les inciter à adopter des technologies moins polluantes. Or, le marché a vu ces derniers mois une baisse du prix du carbone (tous les autres gaz à effet de serre sont comptabilisés en équivalent carbone), une tendance qui pourrait réduire la force de persuasion de ce mécanisme censé lutter contre le réchauffement climatique.
Le prix de la tonne de carbone est en effet passé sous la barre des 10 euros début février, alors qu'elle était échangée à environ 30 euros pendant l'été 2008."En janvier et en février, nous avons eu des volumes record de vente des quotas d'émission européens de la part des entreprises", explique Keiron Allen, directeur marketing et communication du marché au comptant Bluenext. Une tendance qui "s'estompe" selon lui, alors que la tonne s'échangeait autour de 13 euros aujourd'hui.
Comment expliquer cette crise ? "Les industriels sont nombreux à préférer vendre leurs quotas de carbone en échange de liquidités", constate Keiron Allen. Alors l'offre augmente, mais la demande recule car, "à cause du ralentissement de l'économie, les émissions des industries diminuent", explique Cédric Philibert, expert de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). "Les gens ne se pressent pas d'acheter des quotas supplémentaires", souligne-t-il. Des mesures peu coûteuses d'économies d'énergie peuvent en effet leur suffire pour rentrer dans la limite de leurs propres droits d'émission.
En revanche, les entreprises reportent les investissements dans la recherche et le développement de technologies propres et dans les sources d'énergie renouvelables. Ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour la planète car lorsqu'on sortira de la crise, rien n'aura été fait pour changer en profondeur les mécanismes de production. Et la production reprendra son rythme d'avant… et ses émissions de gaz à effet de serre.
"La volatilité du marché mine la confiance des investisseurs", estime Cédric Philibert. Mais une solution existe : "On pourrait éviter cela en définissant un corridor de prix avec un plancher et un plafond", explique l'expert de l'AIE. Et il semble que cette idée a déjà les faveurs de l'administration américaine qui se dirige vers la création d'un système de quotas et d'échanges et la construction d'un marché international des "droits d'émission". Un marché qui pourrait devenir mondial… la crise permettant.


































