Pour les policiers qui l’ont traqué et les voyous qui l’ont admiré, Antoine Cossu avait un surnom : Tony l’anguille. Pendant près d’un demi-siècle, ce natif du quartier de la Belle de Mai à Marseille verra son nom associé à quelques-uns des épisodes les plus légendaires du grand banditisme hexagonal.

Aux côtés du "Parrain" Francis le Belge dont il deviendra le beau-frère et le premier lieutenant ; Tony Cossu multipliera les faits d’armes (braquages ; machines à sous, trafic de stupéfiants entre l’Amérique du sud et l’Europe), tandis que deux évasions rocambolesques de prison, et sa propension à échapper aux policiers, lui assureront son surnom d’anguille.

Emprisonné à la maison centrale de Saint-Maur (Allier) d’où il attend une libération dans trois ans, Tony Cossu prend la plume, et accouche de son premier roman ; "Taxi pour un ange". A l’aube de ses 70 printemps, l’ex-caïd livre depuis sa prison une interview exclusive, et parle avec passion et modestie de sa nouvelle vie de romancier.

Interview

Dans quelles mesures l’écriture vous à t-elle aidé à supporter votre détention ?
Quand j’étais à l’isolement, en QHS, où j’ai passé plusieurs années, l’écriture m’a énormément aidé. C’était pour moi comme un exutoire. Quand tu es coupé de tout, soit tu deviens fada, soit tu trouves une issue. Ecrire, cela a été ma façon de m’évader, de dégager en touche. Quand tu prends du plaisir à quelque chose, tu oublies tout. Ou presque.


Comment vous est venu l’idée de ce roman ? Ecriviez-vous déjà en dehors de la prison ?
Non, je n’avais jamais écrit avant la prison. C’est l’isolement complet qui m’a poussé à écrire. J’ai commencé par écrire des chansons, mais tous les soirs, j’écrivais des films dans ma tête. J’aime beaucoup le cinéma. Les films ont servi de tremplin à mon imagination. Je me suis mis à inventer une histoire. Et puis un jour j’ai commencé à écrire, à la main, sur de petits carnets. J’ai fait une première version, puis une deuxième, et quand je me suis retrouvé en maison centrale, j’ai eu droit à un ordinateur. J’ai encore travaillé mon texte, pour arriver à cette version que publie aujourd’hui Plon.


Quel traits de caractère partagez-vous avec Nando ?
Je partage sans doute énormément de chose avec lui. Pratiquement tout, en fait… Nando, c’est quelqu’un qui réfléchit. C’est un garçon sérieux. C’est quelqu’un qui a le sens de la famille, comme moi. Je partage avec lui un certain nombre de valeurs, en particulier son sens de l’amitié. Il sait que la vie n’est pas facile, il a choisi un certain chemin, et il s’y tient. Il marche droit, à sa manière. Il sait qu’un jour ou l’autre, s’il n’arrête pas, il y aura droit, à la mort, car il n’y a pas d’autre porte de sortie pour lui. Il ne lui reste qu’à partir bien loin, à arrêter les braquages avant de tomber dans le piège.

Au regard de votre parcours, y a-t-il des choses que vous regrettez ?
Ce que je regrette, c’est la prison, toutes ces années de prison. Le reste ? Vous savez, je serais né dans un milieu bourgeois, j’aurais sûrement fait autre chose. J’aurais pu être un super dentiste ou un super chirurgien. Mais je suis né en pleine guerre dans un champ de ruines et j’ai suivi un autre chemin.