Comme prévu, le cargo Pacific Heron, chargé d¹une cargaison record de MOX contenant du plutonium et de l¹uranium, a quitté Cherbourg sous haute surveillance pour un périple de soixante-dix jours. Direction le Japon.  Il est destiné à trois compagnies d'électricité japonaises, qui ont confirmé ces derniers mois qu'elles continuaient de préparer une partie de leurs installations à ce MOX avant mars 2011. Selon Areva, le prochain transport de MOX vers le Japon devrait avoir lieu en 2010.

Utilisé pour la première fois en Allemagne en 1972, ce combustible nucléaire est un pari d'avenir
pour le groupe énergétique, mais aussi l'origine de nombreuses polémiques. "C'est un principe qui offre un intérêt énorme, l'aboutissement du processus de recyclage poussé à l¹extrême", explique Henri-Jacques Neau, directeur délégué au transport chez Areva, joint par Metro ce jeudi. Et d'ajouter que "la quantité qui va être transporté alimentera pendant une année environ 1 500 000 habitants".

Qu¹est ce que le MOX ?

Le MOX est un combustible pour centrales nucléaires produit à partir de leurs propre déchets : "Après quatre années dans un réacteur, le combustible est appauvri, et a généré 3% de produits de fission, ce qui est suffisant pour paralyser la réaction. Avec un processus, on sépare les 3% de
produits de fissions, les 96% d'uranium inutilisé, et 1% de plutonium qui s¹est formé", explique Henry-Jacques Neau. Le plutonium ainsi isolé agit comme un dopant, et compense la qualité appauvrie de l'uranium extrait.

Une radioactivité en question


Selon Areva, avec le MOX, "on ne se retrouve plus qu'avec 3% de déchets au lieu de considérer que la totalité du produit en est un". Mais selon Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, tout ceci est "une affaire de communication de la part d'Areva". "Le retraitement ne
permet d'utiliser qu'une infime partie des déchets, la majeur partie de l'uranium du MOX provient de mine", affirme-t-il.

Plus grave, selon Stéphane Lhomme, "une fois qu¹il a servi, le MOX est cinq à sept fois plus radioactif qu'un combustible ordinaire : La Hague rejette plus de radioactivité que toutes les centrales du monde entier."

Gare au détournement

L'isolation du plutonium, élément central du MOX, est au coeur de la polémique. Le matériau, considéré comme le plus dangereux au monde, est susceptible d'être transformé en arme nucléaire, et donc d'être "détourné par des terroristes qui le revendraient à un état voyou", selon Frédéric Marillier, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace, qui ajoute : "Ce plutonium est une matière très radiotoxique, une simple poussière de plutonium inhalé provoque un cancer des voies respiratoires". Greenpeace estime que la quantité de MOX transportée permettrait "de fabriquer
225 bombes nucléaires".