"On ne peut pas vivre en santé sur une planète malade". C'est ainsi que le directeur général du WWF-France, Serge Orru, a annoncé ce matin la création du Réseau Environnement Santé (RES), qui ressemble, ONG, professionnels de la santé, scientifiques et malades. Ce lancement a été l'occasion de présenter la première campagne du RES visant à interdire le Bisphénol A (BPA) en France et en Europe.
Qu'est-ce le Bisphénol A ?
Le Bisphénol A est une substance chimique utilisée dans la composition de certaines matières plastiques. Il s'agit principalement du polycarbonate un plastique rigide et transparent "utilisé dans de nombreux récipients alimentaires, tels que les bonbonnes réutilisables, les biberons, la vaisselle (assiettes et tasses) et les récipients de conservation" (source : Afssa). On le trouve aussi "dans les plastiques identifiés par le code de recyclage (chiffre inscrit sur l'emballage dans un triangle, ndlr) n°7 et, dans une moindre mesure, n°3 et n°6", selon le RES.
Si le Bisphénol A a aussi des usages non alimentaires (pare-choc, lunettes, CD), l'exposition au BPA advient "quasi-exclusivement par la voie alimentaire", selon le RES. Un certain nombre d'études scientifiques ont montré la dangerosité de cette substance, "particulièrement pour les nouveaux-nés", a souligné devant la presse le porte-parole du réseau André Cicolella, chimiste et chercheur en santé environnementale. Le Bisphénol A est en effet un perturbateur endocrinien, c'est-à-dire qu'il peut modifier le fonctionnement hormonal et les capacités reproductives.
Des tests sur les animaux
Des tests sur les animaux tiennent le BPA pour responsable de certains cancers, de troubles du comportement (hyperactivité) et de diabètes, selon André Cicolella. C'est pourquoi, la pétition en ligne à l'attention de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, initiée par le RES demande "l'interdiction du BPA dans les plastiques alimentaires", en application du principe de précaution.
Le réseau a également annoncé la mise en place rapide d'une campagne de biomonitoring par analyse des urines, auprès des femmes enceintes. Pour conduire cette surveillance sur une population la plus large possible, RES fait appel aux médecins généralistes et aux gynécologues. L'objectif est d'évaluer l'imprégnation avant et ensuite après une période d'élimination du contact avec les plastiques suspectés. Aux Etats-Unis, une étude menée sur 2 500 personnes a révélé que 93% de la population américaine est imprégnée par le BPA.
Fin 2008, le Canada a interdit l'importation et la vente des biberons en polycarbonate qui contiennent du bisphénol A (BPA), ainsi que la publicité sur ces produits. En France et en Europe, les agences sanitaires (Afssa et Efsa), se basent sur le principe que c'est "la dose qui fait le poison", explique le RSE, selon lequel ce principe serait "inadapté aux perturbateurs endocriniens". André Cicolella a, encore une fois, souligné que l'expertise de ces agences a un "problème de déontologie" et "manque d'expertise contradictoire". Selon lui, la puissance des lobbies industriels serait à l'origine de la faible réactivité notamment de l'Afssa et de l'Efsa par rapport au Bisphénol A, par exemple. "De nombreuses études ont été publiées, mais ne sont pas prises en compte par l'Efsa, a regretté Cicolella. Par exemple, 28 études sur 28 montrent des atteintes au comportement à des doses inférieures à la norme européenne, mais elles ont été écartés au motif de 'faiblesses méthodologiques'."
Comme pour les OGM, la question de l'expertise est au cœur du problème. Et le débat n'avancera pas, tant qu'il n'y aura plus de transparence et d'ouverture à la contradiction.




































