Une semaine sur deux, Jean-François Vicente attaque sa journée de travail à 5 heures du matin. Malgré son handicap, la main droite en moins, ce jeune préparateur de commandes employé par Bruneau (91) n’a pas demandé d’aménagement d’horaires ni de poste. “Je suis né comme ça, donc je ne me considère pas comme handicapé. Je fais le même travail que les autres”, insiste le jeune homme, ancien intérimaire, en CDI depuis 2000 chez le spécialiste de la vente à distance de matériel de bureau. Selon les jours, il colle les étiquettes et les bordereaux sur les cartons ou prépare les commandes. Environ 120 colis par jour, soit entre 600 et 700 manipulations de produits avec son unique main gauche car il n’a pas de prothèse sur l’autre bras. Parfois, il charge les palettes sur des chariots, direction l’expédition. Après réflexion, Jean-François reconnaît qu’il “zappe” les opérations de manutention. “Ce travail me provoque un fort mal au dos car je compense le manque de force du bras droit avec le gauche. J’en ai parlé à mon chef qui évite de me mettre à ce poste.” Effectivement, “sauf exception”, Michel Rouxel, son supérieur, ne lui confie pas cette mission. Dans ces vastes entrepôts entrecoupés de racks vert fluo et de lignes automatiques de distribution, le bruit des machines (et de la radio) est permanent. Pas le temps de s’appesantir sur le handicap de Jean-François et des autres. Pierre-Yves, un collègue intérimaire, a constaté son handicap mais “n’a pas osé” aborder le sujet : “Je pense qu’il attend d’être considéré comme les autres.”

A l’autre bout du site, changement d’ambiance

Rita Lucart, agent administratif, travaille au premier étage “des bureaux”. Pourtant, elle aussi a débuté comme préparatrice de commandes dans le “bâtiment K”. Sauf qu’en 2004, ses problèmes de dos la laissent pliée en deux entre deux racks. Impossible d’aller plus loin. Après de multiples arrêts de travail et quatre interventions chirurgicales, la jeune femme est déclarée inapte à son poste de travail. “A la demande de l’employeur, j’ai alors suivi un bilan de compétences afin de préparer mon reclassement professionnel”, se souvient-elle. Durant vingt-trois mois, elle suit une formation d’agent administratif dans un centre de réadaptation professionnelle. Son contrat de travail étant suspendu, le coût de la formation et son “salaire” ont été pris en charge par différents organismes (CNASEA, Afpa et Cotorep). Invalide à 80% et reconnue travailleur handicapé, Rita Lucart a toujours conservé le contact avec Bruneau. “L’entreprise s’était engagée à me reprendre, mais on ne sait jamais”, avoue-t-elle. Six mois avant la fin de sa formation, accompagnée du médecin du centre de réadaptation, elle rencontre la DRH pour lui faire part de ses nouvelles compétences. Un poste d’agent administratif se libère, elle saute sur l’occasion. A part un siège de travail adapté à sa morphologie, l’employeur n’a pas eu à faire d’aménagement particulier. Quand elle souffre du dos, elle s’accorde juste de petites pauses pour marcher. Chez Bruneau, Rita Lucart n’est pas une exception. Chaque année, l’entreprise maintient en poste 4 ou 5 personnes handicapées. Au total, l’entreprise affiche un taux d’emploi de personnes handicapées supérieur aux 6% de l’obligation légale. Le tout sans accord handicap. “Pas besoin d’un accord. Le plus important est d’agir en faveur de l’emploi des personnes handicapées, pas d’en parler”, conclut Géraldine Prat, la responsable rémunération et administration du personnel. Cette année, le spécialiste du matériel de bureau doit s’atteler à l’accessibilité de ses locaux aux personnes handicapées.