Un corps découpé latéralement en une vingtaine de tranches fines. Un cadavre assis sur son vélo, un autre s’apprêtant à tirer un penalty ou se prenant la tête devant un jeu d’échecs. Un squelette langoureusement étendu sur le flanc. L’exposition tapageuse “Our Body, à corps ouvert” a débarqué hier à Paris, à l’Espace 12 Madeleine, avec son cortège de polémiques nées lors de son passage à Lyon et à Marseille. Tout ce que l’on sait de ces corps, c’est qu’ils ont appartenu à des individus qui vivaient en Chine, et qu’ils auraient été légués à la science.

Dimension esthétique
La première visée de ce “show” à 15,50 euros la place (mais 2 euros pour les moins de 7 ans…) est “pédagogique”, selon son producteur, Pascal Bernardin. D’ailleurs, les explications ne manquent pas. L’exposition décline le corps humain comme une encyclopédie médicale grandeur nature : la musculature, le squelette, le système digestif, le cœur, les vaisseaux… un vrai bonheur pour les futurs soignants. Noémie, étudiante en kinésithérapie, juge qu’“à la différence des autopsies, on voit le mécanisme du corps dans sa globalité. Les explications sont bonnes, même si la nomenclature est un peu datée”. Le réalisme, total et saisissant, est dû à la plastination, une méthode qui consiste à déshydrater le corps et à remplacer ses fluides naturels par une résine polymérique. Problème : il ne s’agit pas d’une exposition scientifique. D’ailleurs, de quoi s’agit-il ? “Tous ces corps ont aussi une dimension esthétique”, assure Pascal Bernardin. Mise en scène, jeux de lumière, disposition ludique, les cadavres sont organisés selon une scénographie bien encadrée et confinent parfois à l’objet d’art. Une ambiguïté soulevée par le Comité national d’éthique, qui avait estimé, en juin dernier, que l’exposition portait atteinte “à la dignité humaine”. Cet avis avait poussé la Cité des sciences et le musée de l’Homme à renoncer à héberger l’exposition.