Glu
Irvine Welsh
Ed. Diable Vauvert
672p; 20€
Après "Transpotting" et "Porno", l'écrivain écossais livre un roman social des années 70 à aujourd'hui dans la banlieue d'Edimbourg…
Après ? Non pas franchement. "Glue" avec un e en anglais est sortie en 2001 au Royaume-Uni. Il aura fallu huit ans aux lecteurs français pour découvrir ce roman. Un roman brut, franc, à charge et à décharge qui d'une traite balance une fresque de près de 700 pages.
Une histoire qui court sur trente ans. Celle d'une bande de mecs, Terry, Billy, Carl et Gally, quatre copains des quartiers déclassés et délaissés d'Edimbourg. D'Elvis à la techno, de l'héroïne aux ecstasy, de Thatcher à Blair… Les gamins baladent leur violence, leur spleen, leur envie et leur défonce. Leur langue est dure et drue, à l'image de la société dans laquelle ils évoluent ou s'engluent.
Le style est trash, glauque, tendre ou affligé. Jamais franchement rose, ni désespérément noir. Welsh mène sa lutte. Contre les clichés, les sobriquets qui masquent les réalités. Sa prose n'est pas empourprée. Qu'on on y adhère ou pas, il y a bien là une voix.
M.M
Le lieu perdu
Norma Huidboro
Ed. Liana Levi
224 p; 18€
Dans une tranquille province du Nord de l'Argentine, Marita attend les lettres de Mathilde, partie vivre "à la ville". Un certain Ferroni, un homme à la solde des militaires, vient un jour troubler cet échange. Il cherche le compagnon de Mathilde, un militant considéré comme subversif. Mais n'a pour seul piste que la correspondance des amies… Quelques lignes pour amorcer l'intrigue. Le tout n'est pas là. Certes, l'histoire, l'intrigue comptent aussi. Mais il se passe bien des choses en-deçà ou au-delà. Dans la tension ou l'attente, cette façon de capter l'espace-temps d'un regard, d'un soupir ou d'un désir…
Une composition savamment orchestrée par Norma Huidobro, une ancienne professeure de lettres qui signe là son premier roman. Les temps se superposent, s'arrêtent, s'énervent, se replient. Il s'élève de ce lieu perdu, écrasé de chaleur, une étrange atmosphère, de poisse, de rancœur, de désir aussi. Une force vive, inébranlable. Un roman étrangement saisissant. Singulier, presque intime.
M.M
La tendresse des loups
Stef Penney
Ed. Belfond
446 p; 22 €
Voici un premier ouvrage terriblement attachant. Stef Penney, écossaise d'Edimbourg qui possède déjà deux films écrits et réalisés à son actif, s'est essayé avec succès au roman.
Dans "La tendresse des loups", elle nous transporte dans le Grand Nord canadien pour y vivre à la fois un thriller haletant et une belle histoire d'amour.
D'emblée, Stef Penney plante le décor : le petit village de Dove River au XIXème siècle, à la limite avec un désert froid et inhospitalier. Le meurtre sauvage d'un trappeur va bouleverser la communauté.
Francis, fils adoptif de la famille Ross, disparaît le jour même de l'assassinat. Est-il le meurtrier ? Pourquoi est-il allé se perdre dans les grandes étendues enneigées pour d'obscures raisons ? Pour en avoir le cœur net, Mme Ross va braver le froid polaire et les dangers pour partir à sa recherche en compagnie du mystérieux Parker, un trappeur indien.
Cette femme dure ne craint pas les dangers de la nature, hostile à l'extrême, pour prouver l'innocence de son fils de 17 ans et comprendre les raisons de la distance qui a toujours été présente entre eux.
"La tendresse des loups" est un véritable hommage aux romans naturalistes et s'approche de la puissance des œuvres de Jack London. Les immenses étendues glacées du Grand Nord canadien y jouent le premier rôle et accompagnent, au rythme des pas du trappeur, le lecteur tout au long du livre. Les haines des hommes – cristallisées autour de l'argent – paraissent bien vaines en comparaison.
Tenu en haleine tout au long du livre, le lecteur est invité à son tour à ressentir, comme les loups et les Indiens, la "maladie de la pensée qui dure". Celle qui fait que l'on se rappelle toujours d’où on vient et qu’on voudra toujours y retourner.
"La tendresse des loups" a reçu le prix du meilleur premier roman et celui du meilleur livre de l'année par le Costa Book Award.
F.S
Chouette une ride
Agnès Abécassis
Ed. Calmann-Levy
257p ; 17€
Fatiguée de l'hiver ? Envie de se dégourdir la tête, de se laisser porter ? D'épanchement entre minettes ? Le très attendu roman de la blogueuse Agnès Abécassis, spécialiste de "chik litt", vient de sortir en librairie. Vacation sur le thème : une petite ride signe t'elle le déclin de la femme ? Le pitch : Une écrivain à succès voit sa vie partir en vrille le jour où une ridule pointe son nez.
"Dernièrement, tout a basculé :
– un beau gosse dans la rue m’a appelée « Madame » ;
– il m’a fallu une traduction simultanée pour comprendre ce que me disait une ado ;
– une vendeuse mielleuse m’a suggéré une crème anti-âge ;
– J’ai surpris mes copines en train de trafiquer leur date de naissance.
Et là, d’un coup, j’ai réalisé que j’avais déjà trente-six ans.
C’est-à-dire techniquement, presque quarante.
Donc bientôt cinquante.
À votre avis, je fais quoi ? Je déprime ou je positive ?"
"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années" s'attendrait-on presque à trouver en guise de conclusion. Et bien non. Ou pas tout à fait. Certaines ellipses sauvent à temps le récit d'un trop plein de clichés. "L'âge n'est pas une maladie, au contraire, c'est la récompense d'être parvenus à exister". Dommage que l'auteur semble s'efforcer de coller au plus près du genre littérature pour poulette, elle qui sait pourtant, ça et là, lui donner quelques envolées. Reste l'humour et la singularité qui devraient plaire aux initiés.
M.M




































