Philippe Djian
Impardonnables

Gallimard
232 p; 17, 50€

Un écrivain – Francis - meurtri par le décès de sa femme et de sa fille dans un accident de voiture essaie de panser ses blessures aux Pays-Basques aux côtés de sa nouvelle femme, Judith. Dix ans après, sa cadette, Alice, une jeune actrice disparaît. Y a-t-il une limite à la douleur humaine ? s'interroge alors Francis. Comment une fille, après tant d'épreuves peut-elle à ce point trahir son père ? Amas de douleurs, de souffrance… une longue traversée, des doutes, des obsessions et surtout des coups. Tout irréparable vient là de l'inextricable. Des histoires, du père et de la fille, des comptes non soldés, des amours retranchés. Mais c'est cet irréparable là qui donne la force à l'histoire, comme elle donne à Francis celle de s'affranchir. Sans haine et sans remords. Droit dans les yeux. Impardonnable n'est pas irréconciliable. On peut faire bonne figure en dépit et malgré. Econome, faussement négligé, terriblement affûté, la langue de Djian sonne vrai.

M.M

Stefan Merill Block
Histoire de l'oubli

Albin Michel
361p ; 20€

"Assurance", "originalité", "drôle", "audacieux", "scientifique", "fascinant", "génial"… La presse étrangère unanime n'a pas manqué de saluer à sa sortie le premier roman d'un jeune auteur américain né en 1982 : Stefan Merill Block. Un jeune homme qui signe une étonnante histoire de mémoire ou histoire sur la mémoire: ses troubles, ses trous, ses doutes et ses trop plein. Entre le trop de mémoire d'un côté et l'oubli total ou partiel de l'autre que choisir ? Et si l'Alzheimer pouvait être vu autrement… comme justement cette capacité à ne se remémorer que le bon…? Alors que sa mère est frappée d'une forme précoce de la maladie d'Alzheimer, Seth Waller, un ado, se lance dans une quête des origines. Celle de la maladie et de la famille. Non-dits, secrets, silence que masque l'oubli ? A quelques centaines de kilomètre de là, Abel Haggard, un vieux bossu vit hanté par le souvenir de sa belle sœur Mae, son grand amour. L'un et l'autre ne se connaissent pas. Mais tous deux ont été bercés par la légende d'Isodora… Une Atlantide de la mémoire. Un brin de fantaisie, une somme de connaissance, un style, un ton, une voix… Bref, ajoutons, savant et puissant à la litanie des qualificatifs.

Mian Mian
Panda sex

Ed. Au Diable Vauvert
196 p; 15€

Scénario nouvelle vague ? Un peu. La "fauteuse de troubles", l'icône de la contre-culture chinoise s'est manifestement assagie. Fini le trio sexe, drogue, alcool. Sevrée de tout, sauf de l'amour. Après l'énorme succès des "Bonbons chinois" et quelques années d'interdiction, Mian Mian signe une trame épurée. Mei Mei et Jie Jie, deux sœurs filmées par l'Acteur – l'amant - sont atteintes du virus du Panda, animal totem qui ne fait l'amour que deux fois par an. Autour d'eux gravite le petit monde de la "scène" shanghaienne. Un rien désabusé, le script réalisé à partir d'enregistrements de conversations réelles, dessinent une ville, des êtres, des relations… bien éloignés des clichés habituellement véhiculés sur la jeunesse chinoise. La bohème underground de Shanghai se pose elle aussi des questions, se nourrit de fictions, de fantasmes, et de digressions sur l'amour et la sexualité. Reste à voir si le virus du Panda se propagera ou pas.

M.M

Jose Carlos Somoza
Daphné disparue

Actes Sud
217 p, 19€

"Je suis tombée amoureuse d'une inconnue". Quelques ligne griffonnées sur un carnet avant d'avoir un accident de voiture et de perdre la mémoire, tel est le point de départ de Juan Cabo, écrivain célèbre partiellement amnésique, qui s'engage dans une incroyable enquête.

Qui est donc cette femme ? A-t-elle existé ou était-ce juste une invention pour un nouveau livre ? Pourquoi cherche-t-on à me la cacher ? Qu'était donc ma vie avant l'accident ? Autant de questions auxquelles Juan Cabo va devoir répondre.

Un livre où course-poursuite amoureuse et création littéraire sont intimement liées. Jose Carlos Somoza excelle à brouiller les pistes, à multiplier les mises en abîme à en faire tourner la tête. Très subtilement écrit, juste alambiqué comme il faut, "Daphné disparue" vous fera passé un très bon moment.

F.S.

Sophie Gee
Le scandale de la saison

Editions Philippe Rey
333 p ;19 €

"Le scandale de la saison" nous transporte dans le Londres aristocratique et mondain du XVIIIe siècle. A une époque et dans une caste où les mariages ne pouvaient être que de raison et où la réputation d'une jeune femme reposait à la fois sur sa fortune et sa chasteté.

C'est à cette dure réalité que va être confrontée Arabella Fermor. En quête d'un mari, elle va tomber amoureuse de Lord Robert Petre et s'offrir à lui. Une histoire qui ne durera qu'un été et ne se conclura pas par une ribambelle d'enfants. Au contraire, ce sera le scandale de la saison.

C'est en s'inspirant de cette histoire vraie que le poète Alexander Pope a créé son plus célèbre poème satirique "The rape of the lock" (La boucle dérobée"). Et c'est cette histoire que Sophie Gee, écrivain d'origine australienne, a décidé de nous dépeindre dans le détail.

On retrouve d'ailleurs le poète dans ce roman de mœurs où il est dépeint plein d'ambition et où Sophie Gee nous laisse deviner les prémices de l'homme qu'il sera plus tard, c'est-à-dire le deuxième écrivain britannique le plus connu après Shakespeare.

"Le scandale de la saison" se lit avec beaucoup de facilité, avec une écriture fluide et une pointe de libertinage... très XVIIIe siècle.

F.S

Zeruya Shalev
Thèra

Folio
665 p ; 9,60€

Ella étouffe auprès de Amnon, son époux depuis 10 ans. Elle ne supporte plus les conflits, les reproches, cette vie de couple. Du haut de ses 6 ans, Guili, leur fils unique, ne comprend pas les raisons pour lesquelles ses parents se séparent. Amnon non plus d’ailleurs - «Je vais te réparer, tu verras, je vais te changer ce cœur abîmé, je vais t'en mettre un tout neuf et tu m'aimeras, tu m'aimeras comme avant».
Résistant à la pression des siens, elle met fin à ce mariage devenu pénible.
Soulagée ? Ella l’est peut-être un temps, avant de devenir envieuse du bonheur des autres. Sentiment de culpabilité vis-à-vis de son fils et l’anxiété de vivre seule la hantent à présent. Au point de la faire sombrer dans la dépression. Elle en sort et se reconstruit auprès de Oded, le père du meilleur ami de son fils. Deux blessés peuvent-ils à nouveau former un couple, recréer une famille ?
L’histoire n’est certes pas singulière, mais les mots sonnent juste et décrivent avec réalisme le parcours de cette femme de son divorce à sa reconstruction.
On prend ici toute la dimension de la famille recomposée où chacun doit trouver sa place mais où l’amour peut aussi, quelques fois, y perdre la sienne et laisser place aux désillusions.

M J L-M