Comment les nouvelles technologies peuvent-elles contribuer au développement d’une société plus durable ?
Nous avons quatre pistes de recherche : les systèmes de mobilité et de transport, l’habitat, le travail et la responsabilité personnelle. Nous pensons que si nous arrivons à utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication intelligemment dans ces quatre domaines, on peut véritablement favoriser une société durable.
Les nouvelles technologies vous paraissent-elles incontournables dans ce contexte?
Il y a beaucoup de projets qui n’utilisent pas de nouvelles technologies, mais vu que notre vie, surtout dans monde occidental, est basé sur ces outils, je crois qu’ils peuvent constituer une plateforme super puissante pour qu’on puisse déclancher un vrai changement.
Concrètement, sur quels projets travaillez-vous?
Nous créons par exemple des systèmes de navigation qui ne sont pas seulement basés sur les critères de la vitesse ou du chemin plus court d’un point A à point B. Nous y intégrons d’autres facteurs comme la pollution, ou la circulation. D’autres exemples montrent comment une bonne gestion des réseaux de transports en commun les rendent plus attractifs : Google surveille en temps réel le trajet des bus qu’il met à la disposition de ses employés, mettant sans cesse à jour les parcours. Dans le bus, les utilisateurs ont un accès wi-fi et des prises pour leurs ordinateurs. En proposant un confort bien supérieur à celui qu’on a en voiture, l’entreprise contribue à réduire le nombre de véhicules en circulation. On parle beaucoup de télétravail. Des politiques intelligentes peuvent concilier le bien-être des individus qui ont plus temps pour eux-mêmes et répondre à des problématiques de mobilité durable. C’est une réflexion cruciale qu’il faut porter à l’attention des élus.
Vous imaginez la ville du futur…
On a rédigé le premier livre de planification urbaine en bande dessinée à l’intention des élus. L’intérêt pour les services que les nouvelles technologies peuvent apporter à l’environnement est assez récent : ce n’est pas un réflexe chez les décideurs de relier ces deux domaines car les applications concrètes restent peu connues. Dans ce livre, téléchargeable gratuitement, nous présentons une vision d’avenir qui permet de trouver des solutions pour les petites et pour les grandes villes. Chaque ville doit trouver des réponses adaptées à l’environnement locale. Il n’existe pas de réponse universelle.
Pour vous la responsabilité individuelle est la clé de ces nouveaux axes de développement ?
Notre idée est qu’on peut avoir autant d’innovations technologiques « clean and green » (propres et vertes, ndlr) qu’on veut, mais ce sont les usages qui feront qu’une maison ou un moyen de transport sera ou non durable. Dans la ville de Trento 5nord de l’Italie, ndlr), nous réalisons un prototype de maison durable. La maison devient un « personal trainer » : c’est la maison qui éduque ses occupants. Nous avons commencé par installer dans des logements étudiants un système qui visualise la quantité d’eau utilisée et qui met ensuite les utilisateurs en compétition.
Les étudiants ne redoutent-ils pas le côté « big brother » de cette surveillance ?
Non, c’est plutôt ludique et cela mène à une réflexion intéressante sur trois niveaux. Le fait de connaître son usage de l’eau permet d’abord de faire un travail sur soi-même, on évalue ensuite l’impact au niveau communautaire, et enfin on s’interroge sur l’impact de son comportement sur la planète, au niveau global.
Le manque d’informations serait-il en partie responsable de l’inaction?
Aujourd’hui on a toutes les données pour comprendre notre usage d’énergie. Mais chez vous, vous n’avez pas accès à cette information. Il faut centraliser les données et ensuite les rendre intelligibles et accessibles par chacun. C’est simple. C’est lorsqu’on est conscients de cette action qu’on peut décider de changer de comportement.
C’est un système cher à mettre en place ?
Pas du tout. Les données sont déjà toutes là : il faut les mieux organiser. Par rapport à l’impact que ces outils pourraient avoir, c’est relativement peu cher. Les données pourraient être disponibles sur votre propre ordinateur.
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Mis à jour 21-01-2009 19:28

Federico Casalegno est directeur du Mobile Experience Lab au MIT (Massachusetts Institute of Technology) de Boston.
"Les nouvelles technologies peuvent favoriser une société plus durable"
Interview du chercheur Federico Casalegno, directeur du Mobile Experience Lab au MIT de Boston.
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