La Grande barrière de corail en Australie est menacée par le réchauffement climatique. On connaissait le phénomène du blanchissement des récifs qui intervient lors d’une augmentation des températures de surface, comme cela a été le cas lors du passage de El Niño en 1997/1998. Aujourd’hui, les scientifiques de l’institut Australien de recherches marines (Aims) lancent une alerte formelle : depuis 1990, les plus gros et robustes spécimens de la Grande barrière, ont vu leur taux de croissance diminuer de 14%. En seraient responsables à la fois l’augmentation de la température des eaux marines de surface et l’acidification des océans.

Le processus de calcification
Le 2 janvier, trois scientifiques de l’Aims ont exposé le fruit de leurs recherches dans les pages du journal scientifique de référence « Science ». Ils analysent les processus de calcification par laquelle cet animal microscopique qu’est le corail se construit une carapace extérieure pendant toute la durée de sa vie. Le récif corallien est la somme des squelettes de millions de coraux qui se construisent à partir de matériaux dissous dans l’eau de mer. Mais « lorsque de quantités croissantes d’anhydride carbonique (CO2) pénètrent dans l’eau, des réactions chimiques se produisent affectant sensiblement la capacité de ces organismes marins de croître », explique l’Aims dans un communiqué. 

« C’est extrêmement préoccupant que de tels changements soient déjà évidents alors que les changements climatiques observés à ce jour dans cet écosystème corallien, le mieux protégé au monde, sont relativement modestes », constate l’une des auteurs du rapport, le docteur Janice Lough.

Une croissance zéro en 2050 ?
Jusqu’en 1990, les fluctuations enregistrées dans le processus de calcification étaient modestes. Mais à partir de 2005, le taux de croissance a commencé à décliner de 1,5% par an. De ce pas, les coraux devraient arrêter complètement de se développer d’ici à 2050. « Les données recueillies suggèrent que ce déclin sévère et soudain n’a pas de précédent au moins dans les derniers 400 ans », souligne le docteur Glenn De’ath, auteur principal du rapport.

L’Aims rappelle que l’acidification des océans n’affectera pas que les coraux. Tous ces organismes marins qui fonctionnent par calcification et qui sont essentiels dans la chaîne alimentaire marine seront affectés. « Des changements rapides de la biodiversité et de la productivité des Océans mondiaux pourraient être imminents », alerte l’institut.