C’est peut-être le plus grand scandale financier de tous les temps. Bernard Madoff, conseiller en investissement, ancien PDG de la Bourse Nasdaq et figure respectée de Wall Street, est accusé d'avoir monté une gigantesque fraude portant sur quelque 50 milliards de dollars. Une fraude simplissime et éculée, connue sous le nom de pyramide ou schéma de Ponzi, du nom de Charles Ponzi, un financier véreux qui dans les années 20 avait trompé des milliers d'épargnants en promettant des intérêts allant jusqu'à 40% en 90 jours. Les premiers investisseurs sont rémunérés grâce à l’argent frais apporté par d’autres personnes. Le système s’autoalimente, et peut durer tant que les investisseurs ne cherchent pas à retirer leur argent. Dans le cas de Madoff, l’arnaque aurait duré depuis plusieurs dizaines d’années. Le génie de la finance assurait à ses clients d'étonnants et consistants retours sur investissements, de l'ordre de 1% par mois. Et tant que personne ne réclamait sa mise initiale, le secret est demeuré. Madoff est parvenu à duper son monde, des clients individuels aux grandes banques internationales. BNP Paribas a ainsi annoncé hier qu'elle pourrait perdre 350 millions d'euros dans l'escroquerie, tandis que la première banque espagnole Santander estimait hier que les clients de son fonds spéculatif Optimal étaient exposés à hauteur de 2,33 milliards d'euros. Il y a aussi des victimes qui n'étaient même pas au courant, comme ces clients d'un hedge fund dirigé par Ezra Merkin, patron du fonds GMAC Financial services, qui ne savaient même pas que la quasi-totalité du capital (1,8 milliard de dollars) avait été confiée à Madoff... Plus grave : la ville de Fairfield, dans le Connecticut, avait placé chez Bernard Madoff 15% des fonds de pensions de ses retraités, tandis que la fondation caritative juive Robert I. Lappin, avait, elle, investi chez Madoff la totalité de ses huit millions de dollars.