Le tome 8 de Lanfeust sort simultanément en album et en version numérique. Cette nouvelle voie de diffusion est-elle l’avenir de la bd ?
La diffusion numérique est inévitable à moyen terme. A l’heure actuelle tous les éditeurs et les auteurs y réfléchissent.
Qu’est ce qui vous a mis sur la voie ?
J’ai deux filles qui passent plus de temps devant leur mac que devant la télé. Elles appartiennent à une génération pour laquelle la lecture à l’écran n’est pas un problème. On essaie aussi par là de rester raccord avec notre public, majoritairement collégien. Lanfeust est une bd transgénérationnelle mais le cœur du public a 14/15 ans.
Au Japon par exemple, la lecture numérique est très courante… Quelles sont les réticences en France ?
On cherche tous des solutions, on balbutie. Là, on est en phase test. Il ne faut surtout pas répéter les erreurs de l’industrie du disque qui s’est battue contre le courant. Ca ne sert à rien de vouloir freiner l’évolution numérique. Il faut penser un nouveau modèle, trouver un nouveau système économique car Internet est inévitable. Avant de le trouver, il faut tâtonner. S’il n’y pas un système cohérent dès le départ, on sera bouffer par le piratage. Là avec lekiosque.fr, la lecture se fait en streaming (lecture directe) pour éviter tout risque d’échanges illégaux. Une bibliothèque numérique, ça ne pose pas de problème aux jeunes.
Comment voyez vous l’avenir du livre ?
Au 19ème siècle il y avait deux théâtres par rue à Paris. On devait bien en compter 200. Aujourd’hui, il doit y en avoir un 20. L’apparition du cinéma n’a pas tué le théâtre, de même que la télé n’a pas tué la radio… La diffusion de masse passera par le numérique, le livre restera mais il deviendra plus élitiste. L’objet sera sans doute plus luxueux. On a vendu 8 millions d’exemplaires du cycle Lanfeust depuis dix ans. 400 000 en moyenne pour un album. J’imagine que dans quelques années, la version papier tombera à 50 000 exemplaires pour peut-être un million de consultations numériques.
La lecture numérique, ça marche bien alors pour Lanfeust ?
Il y a eu plus de 2000 connexions le premier jour alors qu’on en attendait 500. La bd est à 12,90 euros, la version numérique à 4,90. On ne peut pas vendre une chose qui n’a pas de réalité physique au même prix. Pour l’instant, il y aura peut-être un manque, mais j’espère qu’à terme, avec le Net, il y aura bien plus de monde. On est encore en phase de test mais on réfléchit déjà aux moyens de mettre en place une lecture dynamique, avec une caméra qui se ballade dans les pages. Ce qui entraînera des changements au niveau graphique. La façon de travailler des dessinateurs se rapprochera de celle utilisée au cinéma.
« Le sang des Comètes » est le dernier tome du cycle des étoiles… Vous avez dit adieu à Lanfeust ?
C’est la fin d’un cycle… Lanfeust rentre chez lui. Il va revenir dans ce monde qu’il a quitté il y a 20 ans… Mais qui pour lui n’en font que deux….On part donc sur un nouveau cycle avec de nouveaux personnages, d’autres rapports. Mais cette fois, les histoires se boucleront en deux tomes au lieu de huit. On ne peut plus faire attendre huit ans au lecteur pour avoir la fin de l’histoire. Un mois et demi d’écriture, huit mois de travail pour le dessinateur Didier Tarquin… et de nouvelles aventures débuteront.
Lanfeust des étoiles, tome 8, le sang des comètes, Ed. Soleil, 12,90 euros.











































