Il n’est pas encore 21 heures, boulevard Voltaire à Paris, devant la salle de concert du Bataclan. Des effluves de gaz lacrymogène flottent dans l’air, les uniformes policiers se massent devant l’entrée. Un grand gaillard, emmené par deux képis, vocifère à leur encontre des insultes que ma mère m’a défendu d’écrire ici.
Me voilà dans l’ambiance d’un concert de The Game. Autour de moi, de costauds blacks, tout droit sortis des rues de Compton, la banlieue de Los Angeles, lancent des regards tout aussi noirs à ceux qu’ils croisent.
Soudain, une inquiétude m’assaille : je ne porte pas de vêtement bleu par hasard ? Non, ça va. Ces lascards, eux sont tout de rouge vêtus. En bons fans de The Game, ils aimeraient bien se faire passer pour des membres du gang des « Bloods ». Les « Bloods » s’habillent en rouge et n’hésitent guère à tirer sur tout ceux qui portent du bleu, la couleur des misérables « Crips ». The Game, alias Jayceon Terrell Taylor, est un ancien dealer de Compton, il appartient au « Bloods » et a survécu à cinq balles dans le corps, autant dire que ce n’est pas un tendre. Et mes voisins aimeraient bien donner la même impression. Malheureusement, l’un d’eux se met à parler : aïe, il est Français. Le mythe tombe. Ce n’est donc pas un dangereux bandit de LA… Sa carrure m’invite pourtant à ne pas crier ma déception trop fort.
« California Juice »
A l’intérieur, d’autres fumées, aux relents cannabiques cette fois. « All I Need is my Weed » (« Tout ce que je veux, c’est ma beuh »), lance sur scène son acolyte, tout aussi baraqué que lui. The Game fait enfin son entrée sur scène. Il porte un énorme blouson et quelques pendentifs du meilleur effet autour du cou. Mais il fait un peu chaud au Batalan. A chaque chanson, notre rappeur enlève une épaisseur. Pas suffisant. Et hurler dans un micro, ça donne soif. « California Juice », s’époumone-t-il. Son crew sort plusieurs bouteilles : whisky, Champagne Louis Roederer, Cognac XO, Vodka Grey Goose… Quand on est un vrai gangsta, on ne boit pas une vieille Kro, on n’est pas des rockeurs quand même…
The Game attrape la bouteille de Grey Goose et la vide d’une traite. Ouais, vous êtes comme moi, ça vous semble suspect ? C’est pas très crédible en effet. Surtout quand vous continuez à chanter ensuite sans tituber. Ca tue un peu le mythe, le « Thug » (voyou) qui s’enfile une bouteille d’Evian…
Bref, le concert continue, et The Game assure sur scène. Une chanson en hommage à 2Pac, une autre pour chambrer G Unit, le collectif de 50 Cent avec qui il s’est fâché… Tiens, une petite embrouille avec un excité du premier rang. Il se fait d’autant mieux entendre que deux gorilles l’épaulent aussitôt.
A la fin du concert, notre gros dur finit torse nu, les tatouages ressortent : « LA », « NWA »(Niggers with attitude, le groupe de Dr Dre)… Il fait monter sur scène les fans du premier rang, pour le plus grand malheur de la sécurité un peu débordée. Quelques échauffourées, un coup de pied par-ci, par-là, et les voilà qui redescendent de scène. Il va être l’heure d’y aller avant que ça ne tourne au carnage, ici.




































