Triste anniversaire. La Journée mondiale de lutte contre le sida a vingt ans ce lundi. Mais même si les efforts déployés depuis 1988 pour contrer l’épidémie ont eu des résultats positifs, l’épidémie n’est jugulée dans aucune région du monde. 33 millions de personnes vivent avec le VIH à travers la planète.
En France, on dénombre 134 000 personnes séropositives, dont quelque 27000 qui souffrent du sida, la forme active du virus. D’après les derniers chiffres de l’institut de veille sanitaire (InVS) publié lundi matin, sur les cinq millions de dépistages effectués en France en 2007, 10 600 se sont révélés positifs, soit 0,2%.
Mais les scientifiques estiment aussi qu’environ 36 000 personnes séropositives n'ont pas connaissance de leur contamination ou ne se font pas suivre médicalement. Et un séropositif sur cinq est dépisté à un stade avancé de l'infection. La période 2004-2007 a été marquée par une diminution globale du nombre de découvertes de séropositivité dans l’Hexagone. Les gays représentent encore 38 % de l’ensemble des nouveaux cas dépistés en 2007, mais la majorité (60%) des personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2007 ont été contaminées par rapports hétérosexuels. Et la moitié d’entre elles viennent d’Afrique subsaharienne.
" Dans la communauté africaine, sida = mort, sida = sexualité déviante, d’où la nécessité de renforcer la prévention. " Dr Denis Méchali.
Un cri d’alarme
60% de cette population, contaminée dans son pays d’origine ou depuis son arrivée en France, vit dans les banlieues des grandes villes. Des quartiers où " les toxicomanes ont été touchés de plein fouet par le VIH dans les années 80-90 ", explique Caroline Semaille, responsable du département surveillance des maladies infectieuses à l’InVS. Sur les quelque 300 séropositifs toxicomanes que le docteur Denis Méchali, responsable du service maladies infectieuses à l’hôpital de Saint-Denis, près de Paris, suivait dans les années 90, seuls 10% sont encore en vie.
Pour lui, " l’épidémie qui a décimé les usagers de drogues des quartiers est une épidémie oubliée. Et l’Etat, à l’époque, a mis beaucoup de temps à réagir. "
En attendant Line Renaud
Voilà pourquoi une association d’Ile-de-France, le comité Maghreb Afrique des familles pour survivre au sida, lance un cri d’alarme. " Sur 35 000 personnes décédées depuis le début de l’épidémie, 15 000 étaient des enfants de l’immigration, dans les quartiers ", selon les décomptes de Reda Sadki, président du comité des familles.
" Pour éviter que l’histoire ne se répète ", il incite aujourd’hui l’Etat à intensifier ses actions de prévention, lancées en 2002, auprès des populations d’origine africaine. " La prévention y est moins développée qu’auprès du reste de la population ", admettent de concert Caroline Semaille et le Dr Mélachi, pour qui " le sida est aussi une maladie de le précarité ".
Reda Sadki déplore que " les populations des quartiers atteintes par le VIH soient moins médiatisées et mobilisent moins que les associations gay parce qu’elles appartiennent à des catégories sociales moins visibles ". Et de conclure : " On attend toujours que Line Renaud (vice-présidente de Sidaction, ndlr) s’intéresse à nous… ". Serait-on face à une nouvelle épidémie oubliée, du moins à la télé ?




















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