Mis à jour 30-11-2008 23:03

" Ma génération a été sacrifiée "

Bader, 44 ans, ancien toxicomane et séropositif

Bader, ancien toxicomane et séropositif, raconte son parcours.

Bader, ancien toxicomane et séropositif, raconte son parcours.

Photo : DR

" J’avais 17 ans et je vivais dans le 19eme, à Paris. Quand on sortait avec les copains en boîte le week-end, on voyait les plus âgés toucher à l’héroïne. Dans les années 80, c’était une vraie mode. Alors je m’y suis mis. Je faisais des petites conneries : vols de vélos, de mobylette et, plus tard, cambriolages. Ca me permettait de payer mes doses, que je sniffais.


C’est seulement vers 21 ans que j’ai commencé les injections. A l’époque, il n’y avait pas de seringues en vente libre. Avec les copains, il nous est arrivé d’acheter un vaccin anti-tétanos rien que pour la petite dose en verre et l’aiguille. Mais elle était grosse, un vrai pieu ! Et elle se cassait au bout de deux à trois utilisations. Après 1987 (date d’autorisation de la vente de seringues en pharmacie, ndlr), les seringues restaient chères, un peu plus de vingt francs l’unité. Donc on les partageait.


J’ai découvert que j’étais séropositif en 1993, quand j’étais à la prison de Fresnes. On m’a juste dit : " vous êtes séropositif, vous pouvez remonter dans votre cellule ". J’ai eu les glandes mais je m’y attendais un peu. J’avais tellement joué à la gâchette… Et puis je ne savais pas vraiment ce que c’était le VIH. Je suis resté quelques années sans aucun traitement et je continuais à mener une vie un peu risquée. Mais dès que j’étais avec une fille, je me protégeais.

Zoom

Depuis 1984, 13 373 toxicomanes ont été atteints par le sida. 60% en sont décédés, la plupart avant 1996. Aujourd’hui, les usagers des drogues ne représentent plus que 2% des nouveaux cas de séropositivité.

Au fur et à mesure que le temps passait, la plupart des amis avec qui j’avais fait les 400 coups mourraient les uns après les autres. A chaque fois je me disais que j’étais le prochain sur la liste. Et puis j’ai eu moi aussi des soucis de santé. J’ai pris un traitement. J’ai arrêté mes conneries et la drogue, il y a sept ans. Maintenant, je fais plus attention à mon hygiène de vie. Je reçois l’allocation adulte handicapé et j’ai une vie normale.

Aujourd’hui, il y a moins de toxicos à seringue. Les jeunes fument ou sniffent. Ils ont vu les dégâts que les piqûres ont faits sur nous. J’ai vraiment l’impression que ma génération a été sacrifiée. On ne nous a rien dit à l’époque, et rien n’a été fait pour nous aider ou nous protéger. "
 

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