Le mois dernier, une large majorité des organisations non gouvernementales et des gouvernements présents au Congrès Mondial pour la Conservation de la Nature (IUCN) à Barcelone, soutenait la proposition de fermeture immédiate d’une des pêcheries les plus prisée du monde.
Contre toute attente, une avancée extraordinaire a eu lieu. En effet, il a été reconnu par tous que c’est aujourd’hui ou jamais que nous pouvons sauver le thon rouge de Méditerranée, préserver l’équilibre de l’écosystème dont il est le prédateur clé et maintenir, à long terme, la relation culturelle et économique entre ce prince des mers et les riverains du pourtour méditerranéen.
En tant qu’organisations concernées par l’avenir du thon rouge, le WWF et la Fondation Albert II étaient particulièrement satisfaites de voir que l’Espagne, qui détient le plus large quota de pêche de thon rouge ainsi que le Japon, premier importateur de cette espèce, ont soutenu la proposition de fermeture de la pêcherie et de mise sous protection des principales zones de reproduction.
Jusqu’à lundi prochain, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) doit se pencher sur le futur de cette pêcherie. Nous les empressons d’écouter tout d’abord les scientifiques et ensuite le nombre croissant de gouvernements, d’ONG, de distributeurs, de restaurants, de consommateurs et citoyens concernés par cette question.
Nous attendons aussi que l’ICCAT prête attention à la révision de son propre fonctionnement interne récemment qualifié de « parodie de gestion de pêche » et considéré comme un échec honteux aux yeux de la communauté internationale.
Cet audit réalisé par un panel d’experts internationaux déclarait qu’un effondrement des populations de thon rouge était fort probable et qu’une suspension de la pêche était nécessaire à la sauvegarde de l’espèce. Ensuite, il s’agira de mettre enfin en place une pêcherie durable où les états devront prouver qu’ils contrôlent efficacement leur flotte de pêche avant toute réouverture.
Cette année encore, les scientifiques de l’ICCAT déclarent que le volume de capture durable (15 000 tonnes) représente la moitié de celui fixé par l’ICCAT (autour de 30 000 t) et un quart des captures réelles (60 000 t). Ils affirment aussi que l’effondrement est proche et que la biomasse reproductrice du thon rouge (mesure clé pour la capacité de reproduction) représente aujourd’hui le tiers de ce qu’elle était il y a de 30 ans. Ils ont aussi démontré qu’un moratoire immédiat aiderait le stock de thon à se reconstituer. L’étape suivante est de fermer totalement la pêche du thon rouge en Méditerranée durant la période de frai qui s’étale de début mai à fin juillet.
Le dernier rapport du WWF a lui aussi montré que cette pêcherie était devenue hors de contrôle. Cette analyse de la flotte de pêche méditerranéenne ciblant le thon rouge montre qu’elle a la capacité de pêcher le double du quota qui lui est alloué. D’autres publications du WWF ont prouvé que la pêche illégale représente la moitié des prélèvement et que l’Italie et d’autres pays du pourtour s’affranchissent des règles de gestion en vigueur.
La Fondation Albert II participe aussi à combler les lacunes en matière de recherche en finançant le WWF dans son ambitieux projet de marquage de thons rouges. Ces travaux permettront de mieux connaître cette espèce migratrice.
En attendant, un grand nombre de distributeurs, restaurants et chefs du monde entier se sont maintenant associés à l’appel pour la sauvegarde de cette espèce. La Fondation s’est associée avec la plupart des restaurants de Monaco afin que le thon rouge soit retiré des menus jusqu'à ce que la pêcherie soit gérée de manière durable. « Pour nous, qui vivons dans un port Méditerranéen avec une forte tradition de pêche, c’est un grand pas. »
Nous ne sommes pas seuls. A nos côtés, nous avons les communautés de pêcheurs espagnols qui capturent le thon rouge depuis des siècles grâce à des pièges à poissons appelés madragues. Entre 2000 et 2006, leurs captures ont chuté de 80% et la taille moyenne des thons rouges pêchés est passée, durant cette période, de 220kg à 145kg.
Nous ne sommes pas contre la pêche du thon rouge. Nous sommes contre la disparition d’une espèce parce qu’une organisation internationale ne tient pas compte des avis scientifiques et met en place une gestion totalement inadaptée à la sauvegarde cette espèce.
ICCAT, le monde vous regarde.
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Mis à jour 20-11-2008 16:13
Thon Rouge, le monde a les yeux braqués sur Marrakech
La tribune du Prince Albert II de Monaco, président de la Fondation Albert II, et de James Leape, directeur général du WWF International.

James Leape, directeur général du WWF International. Photo : DR
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