Mis à jour 19-11-2008 19:49

"Les problèmes de fertilité concernent beaucoup de monde"

La secrétaire d'Etat à l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet organise un colloque "Environnement chimique, reproduction et développement de l'enfant"...

Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'état auprès du ministre l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoir

Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'état auprès du ministre l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoir

Photo : Nicolas Richoffer/METRO

Vous organisez mardi prochain un colloque européen autour du thème environnement chimique, reproduction et développement de l’enfant. Vous tenez particulièrement aux sujets reliant santé et environnement…

C’est un sujet dont je m’occupe depuis pas mal d’années. Quand j’étais députée, j’avais la présidence du groupe d’étude santé environnement et en travaillant sur l’impact des produits chimiques sur la santé je m’étais rendue compte qu’il y avait un sujet qui montait et dont on ne parlait pas qui était l’impact des produits chimiques sur la fertilité  humaine. J’ai voulu profiter de la présidence française de l’Union européenne pour mettre un coup de projecteur sur ces sujets sur lesquels la recherche avance mais dont on n’ose pas parler dans l’espace public, peut être à cause notre tempérament latin. Il n’y a pas du tout de débat sur ces questions. Les gens sont renvoyés à leur solitude, pensant qu’ils sont des cas isolés alors que ces problèmes touchent beaucoup de monde.

Connaît-on la proportion des personnes touchées ?

On considère que dans nos générations, 30% de femmes ont consulté pour de problèmes de fertilité, soit un tiers de la population. Autrement dit vous, votre sœur ou votre meilleure amie. Mais cela ne signifie pas qu’elles ont toutes un problème. Simplement, dans le couple ce sont presque toujours les femmes qui consultent les premières. Les hommes ont tendance à associer la question de la virilité à celle de la fertilité. Or, ce n’est pas du tout lié.  

Quelles substances chimiques sont responsables de la baisse de la fertilité ?

Il y a principalement trois types de produits : les pesticides, les phtalates - présents dans les plastiques, et le paraben contenu dans les cosmétiques. Les scientifiques soupçonnent que déjà pendant la vie intra-utérine, le fœtus  est exposé aux produits chimiques utilisés par sa mère. A titre d’exemple, les crèmes anti-vergetures peuvent contenir du paraben. Il est donc recommandé d’être particulièrement vigilante sur la composition de ce type de produit pendant la grossesse.

Dans le docu Mâles en péril, un scientifique compare les problèmes de fertilité masculine au réchauffement climatique. L’homme est-il en train de causer sa propre disparition ?

Il est vrai que ce sujet pose des questions essentielles sur l’avenir de l’espèce humaine. Les Danois ont été les premiers à lancer l’alerte. Les spermogrammes qu’ils ont réalisés sur des cohortes de jeunes hommes entre 16 et 20 ans ont montré que 20% d’entre eux avaient un déficit de spermatozoïdes. C’est beaucoup et si le phénomène s’accentue le nombre de couple ayant des problèmes de fertilité va automatiquement augmenter.

Devant ce constat, comment expliquer que ces molécules soient encore en circulation ?

Dans le cadre du marché commun, la France ne peut pas décider d’interdire une substance sans l’accord de l’Union européenne. Le Grenelle de l’environnement a été un coup d’accélérateur car il a permis d’avancer sur certains dossiers comme celui des pesticides. On prévoit de diviser par deux les pesticides utilisés en France d’ici 2018 et de sortir du marché sans attendre les 50 molécules les plus dangereuses, ce qui représente des centaines de produits. Nous avons déjà interdit les 30 substances les plus préoccupantes et travaillons actuellement sur 20 autres.

La directive européenne Reach, entrée en vigueur le 1er juillet 2007, qu va-t-elle changer ?

Pendant les années d’après guerre des milliers de produits chimiques ont été mis sur le marché sans faire l’objet de d’évaluation. Les seuls tests pratiqués concernaient leur toxicité à court terme. En gros, on se contentait de mettre de tester leur inocuité sur la peau. Entre les années 80 et 90, on a commencé à approfondir les évaluations, mais il reste des stocks de produits non testés déjà sur le marché. A cet égard, le règlement Reach est une procédure rétroactive qui permet l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation de la commercialisation des nouveaux produits comme des anciens. Autre nouveauté, il appartient maintenant aux industriels et non plus à l’Etat de prouver l’innocuité de leur produit.

Le 1er décembre, se termine la première phase de préenregistrement des entreprises utilisant des  substances chimiques. Comment ça se passe ?

Sur ce front, la France accuse encore un retard, même si l’on constate une accélération ces dernières semaines. A ce jour, sur 5 000  entreprises concernées, environ 2500 ont effectué cette première étape alors queSur une base de 5000 entreprises. Le pré-enregistrement est essentiel car il permet aux entreprises de mutualiser les connaissances et les tests sur une même substance. Les industriels qui auront raté cette étape seront donc pénalisés financièrement de par leur isolement et seront susceptibles de devoir interrompre leur production. C’est dommage à la fois pour la compétitivité de l’entreprise comme pour l’efficacité du système.


Lorsque la toxicité d’une substance est avérée, Reach n’impose pas le retrait de marché s’il n’existe pas de produit de substitution… Ne risque-t-on pas l’impasse ?

Je compte beaucoup sur la mobilisation des citoyens et sur leur demande d’information. On a encore du mal à faire appliquer le principe de précaution, mais le consommateur peut se responsabiliser. Il faut que les consommateurs soient conscients du pouvoir de leurs achats pour faire évoluer l’industrie dans le bon sens. On le voit actuellement sur les cosmétiques. Les cosmétiques bio sont de plus en plus vendus. Par ailleurs, je pense qu’il faut sortir plus rapidement du marché les substances reconnues comme dangereuses.



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