Au deuxième jour du 75e congrès du Parti Socialiste à Reims, les deux femmes fortes du parti à la rose se sont succédées hier à la tribune, pointant une nouvelle fois leurs divergences d’opinion quant au moyen de faire renaître une formation politique, qui semble plus que jamais en crise.

De son côté, Benoît Hamon, fier représentant de l’aile gauche du Parti a confirmé son souhait de briguer la succession de François Hollande. Enfin, Bertrand Delanoë, qui peine à masquer sa déception de ne pas avoir pu donner une majorité à sa motion, pourrait être l’arbitre de ce duel de femmes.

Royal veut son sacre
Une chose est sûre, Ségolène Royal attire les foules…mais pas uniquement celles acquises à son désir d’avenir. Première à prendre la parole sur la scène du Parc des expositions de la ville des sacres, l’élue Poitevine à tenter de jongler entre les sifflets et les applaudissements qui ponctuaient chacune de ses déclarations.

« Nous finirons bien par nous aimer un peu ? » lance d’un sourire goguenard l’ancienne candidate à la présidentielle à l’adresse d’un auditoire surchauffé. « Non !!! » hurle des militants des diverses motions, prouvant une nouvelle fois que le TSR (Tout sauf Royal) à encore de fervents partisans.

Loin de se démonter, celle qui revendique son souhait de bousculer le Parti Socialiste a touché le point sensible sur la question des alliances. Prenant le contre-pied de ses trois principaux rivaux (Aubry, Delanoë et Hamon), Ségolène Royal n’a pas fermé la porte à une ouverture vers le Modem.

«Bertrand, je t'ai entendu tout à l'heure. Je ne doute pas de ta sincérité sur ton refus d'une alliance au centre. Si tu as appelé au compromis, voilà la proposition que nous faisons: il y aura une consultation directe des militants sur la question des alliances.»

Aubry à gauche toute
Au moment de monter sur scène, la Maire de Lille a tenu à repositionner la barre bien plus à gauche. « Portons nos valeurs, et la gauche redeviendra majoritaire » a déclaré la grande gagnante de l’applaudimètre hier après-midi. Comme pour mieux tacler son opposante, Martine Aubry rejette en bloc l’idée d’une alliance avec le Parti Centriste.

« Nous voulons clairement dire que l’alliance doit se faire avec les partis de gauche. Le modem ne porte pas un projet de société compatible avec nos valeurs » martèle la dame du Nord, sous un tonnerre d’applaudissements. « Une réflexion amusante pour quelqu’un qui a pourtant approuvé ces alliances lors des dernières municipales à Lille » note un cadre du camp Royal.

En revanche, sur la question de sa possible candidature, la « dame des 35 heures » s’est voulu beaucoup plus prudente. « C’est la ligne politique qui fait des alliances et la majorité politique de nos congrès ». Une alliance au sein des motions qui à pris du plomb dans l’aile en milieu d’après-midi, alors que Benoît Hamon rejetait tout accord possible avec Martine Aubry et Bertrand Delanoë.

Deux arbitres de choc

Dans ce combat entre drôles de dames, deux hommes – aux visions politiques radicalement opposées – pourraient jouer un rôle majeur d’ici à l’élection du premier secrétaire du PS prévu jeudi soir. D’un côté Benoît Hamon, est plus que jamais candidat. Son excellent score (19%), lors du vote sur les motions, le confirme à la « gauche de la gauche du Parti ».

A 41 ans, l’ancien président du Mouvement des Jeunes Socialistes et de l’Unef a réussi à fédérer derrière lui les partisans d’un socialisme radical. (Mal) heureux hasard du calendrier, la crise économique à donner davantage de relief à un discours que certains estimait trop à gauche.
Enfin, Bertrand Delanoë.

Malgré une deuxième place lors du vote des motions (26,1%), le maire de Paris apparaît comme le grand perdant de ce rendez-vous historique du Parti Socialiste. Persuadé de faire gagner sa motion il y encore quelques semaines, ce proche de Lionel Jospin joue aujourd’hui la carte de l’humilité, appelant « à la constitution d’un rassemblement majoritaire » contre Ségolène Royal, en appelant Benoît Hamon et Martine Aubry à faire « des compromis », afin de sortir du congrès avec « espérance ». Son entourage, composé en partie de Jospinistes, est très courtisé.

Et maintenant ?
Pour l’heure aucune majorité ne semble se dégager. A l’extérieur du Parc des Expositions, dans les tentes abritant les partisans des différentes motions, on oscille entre désolation et anxiété. « Au final, la seule chose qui réunisse trois des quatre candidats, c’est leur haine commune de la quatrième » lâche Claude, 65 ans, dont 25 de militantisme au PS, défenseur de la motion E (Royal).

« Malgré sa première place, elle n’a pas la majorité. Et tout le monde se chargera de lui savonner la planche ».  Un avis partagé au sein de la motion A, de Bertrand Delanoë. « Il faut faire l’union contre elle » explique Christophe, 34 ans.

«Oui elle a du courage, mais elle est approximative dans ces positions. On a besoin de stabilité, de projets fédérateurs, enfin autre chose que de s’allier avec le Modem. Il faut régler les problèmes en interne avant d’éventuellement ouvrir les portes ».

Paradoxalement, ce congrès n’est pas le lieu d’une confrontation d’idées, les différents candidats partageant sensiblement les mêmes convictions. Il semble s’agir davantage d’une question de personnes, de manière de penser et de personnifier la politique.

Il reste une nuit ; traditionnellement appelée celle des « longs couteaux », pour que les poids lourds dégagent une majorité. Reste à savoir qui est le plus affûté.