Alan Parker est réalisateur et producteur. On lui doit, entre autres, Mississipi Burning et Midnight Express. Il est président du jury du film de fiction à l’Amazonas film festival, le festival du film d’aventure, de nature et d’environnement, qui se tient à Manaus au Brésil du 7 au 13 novembre.

Que pensez vous de ce festival du film au cœur de l’Amazonie ?
Les festivals de cinéma sont là pour célébrer les films, les bons films. Même si c’est épuisant de voir trois ou quatre films par jour, ce que je ne ferais jamais dans ma vie quotidienne, on a l’occasion de voir des œuvres qui viennent du monde entier. Ce matin, j’ai vu un film sur une femme battue dans un petit village du Kazakhstan, puis un policier brésilien, tourné à Rio. Deux mondes complètement différents que je découvre. Ce qui est bien lorsqu’on vient à ce genre de festival est qu’on emporte toujours quelque chose avec nous. Puis quelques années après, en travaillant sur un film, on se dit : « tiens, j’ai commencé à réfléchir à cette idée lorsque j’étais en Amazonie ». Le problème des cinéastes est que beaucoup d’entre eux passent leur vie sur un set de film. Mais si tu ne vis pas, comment écrire des films sur la vie ? Voyager, participer à des festivals comme celui-ci est beaucoup plus important pour moi que de m’enfermer derrière mon ordinateur à écrire un scénario.

Qu'est-ce qui fait un bon festival ?
Des bons films et un endroit magique. Nous sommes tous ici car on nous a dit « tiens, tu sais qu’il y a un festival en plein milieu de la forêt tropicale ? ». Tu parles d’un endroit magique. Comment résister ? Incontestablement Cannes est le plus important festival au monde, mais personne sain d’esprit ne voudrait y aller, ce n’est pas du tout agréable. On y a tous été et personnellement j’ai eu cinq films en compétition là-bas : c’est très bien pour son film. Il y a d’autres festivals qui sont plus intéressants, par exemple le festival du film de Londres. Ce n’est pas très glamour, mais il montre une grande diversité de films et attire du monde dans les salles de tout le pays. Ça change d’un unique Palais où l’on montre des films à une élite de personnes.

Ce festival a vocation à montrer aussi des films sur l’environnement. Dans vos films vous parlez de racisme, de peine de mort… l’environnement, c’est un thème qui vous inspire ?
C’est plus difficile car c’est vraiment la question la plus importante dans le monde dans lequel nous vivons. C’est un sujet difficile à dramatiser. D’ailleurs d’habitude on ne pense pas : « tiens, je vais faire un film sur le racisme ! » Pour la plupart des cinéastes, c’est l’histoire qui vient en premier. C’est l’histoire qui m’intéressait, par exemple, quand j’ai fait « Mississippi burning ». Puis, à sa sortie, il y a eu tellement de controverses que j’ai compris que j’avais encore des trucs à dire sur le sujet, et c’est pour cela que j’ai ensuite réalisé « Come see paradise », sur le racisme américain contre les Japonais pendant la deuxième guerre mondiale. C’est l’exception qui confirme la règle.

Vous sentez-vous concerné par les problèmes environnementaux ?
Je ne descends pas dans la rue, mais je suis très intéressé aux questions politiques et l’environnement en est certainement l’un des plus importants. Dans tous les actes de notre vie quotidienne, on a une contribution à apporter à l’environnement, aussi que petite qu’elle puisse être. Je ne suis pas différent des autres dans ce sens… je n’ai pas en projet de créer comme Sting une association pour la forêt tropicale. Je n’ai pas assez de sous !

Vous pensez quoi de l’élection d’Obama aux Etats-Unis ?
C’est assez incroyable. Même quand j’ai tourné « Mississippi burning » en 1988, si quelqu’un m’avait demandé dans combien de temps on aurait un président noir, je n’aurais pas pensé que cela serait possible. C’est génial. Ma femme est américaine est elle a voté pour lui. Mais cela m’irrite qu’on ne cesse de tourner autour de la question raciale dans son élection. Il a été élu car c’est un homme remarquable. Un homme éloquent, élégant, intelligent. Et quand j’entends tout ce monde, à commencer par Oprah Winfrey, qui ne cesse de rappeler sa couleur, c’est pour moi le plus laid des racismes. Le fait qu’il soit noir c’est sans importance. Le monde a changé : ce n’est plus le Mississippi des années 1960.

Pensez-vous que les choses vont changer, notamment pour ce qui concerne l’attitude américaine vis-à-vis des négociations de l’Onu pour le climat ?
Cela doit changer. Le pauvre type, il a tellement sur ses épaules... Quel métier difficile ! Par où commencer ? Il doit faire face à la pire crise économique depuis 100 ans, il est impliqué dans deux guerres terribles et en plus on veut qu’il sauve la planète. Le point essentiel est que cela ne pourra jamais être pire que Bush. La nouvelle administration est obligée de faire mieux, notamment lorsqu’il s’agit de prendre ses responsabilités pour l’environnement.