Pierre Rabhi pratique l’agriculture bio­logique depuis plus de quarante ans. Il a créé en 1985 le premier centre de formation à l’agroécologie au Burkina Faso. Aujourd’hui, plus de 90 000 paysans pratiquent cette méthode qui permet d’assurer leur indépen­dance alimentaire. Ex-candidat à l’élection présidentielle en 2005, il rebaptise aujour­d’hui son Mouvement pour la Terre et l’humanisme en Colibris.


Quels sont les objectifs de Colibris ?
La société civile est un laboratoire d’expérimentation que ce soit sur des thématiques comme l’eau, l’agriculture, l’énergie ou dans des domaines comme l’éducation. Ces initiatives sont seulement dispersées et n’apparaissent donc pas comme des politiques en acte, des forces en évolution. Le but de Colibris est de créer un carrefour qui connecte tous les réseaux afin de donner à tous, par l’information et notre site Internet, les moyens d’agir.

Pourquoi Colibris ?
Il y a une légende amérindienne qui raconte comment ce petit oiseau, qui ne pèse que quelques grammes, lors d’un feu de forêt faisait des allers-retours à la source d’eau, avec quelques gouttes  dans son bec, pour éteindre l’incendie. Tous les autres animaux de la forêt, attérés, la regardaient brûler et regardaient le colibri s’affairer. Puis le tatou lui dit : « Ce n’est pas avec ces quelques gouttes que tu vas arrêter le feu, colibri ! » Le petit oiseau lui répond : « Je le sais, mais je fais ma part ». Chacun peut faire quelque chose. Si nous sommes nombreux à le faire, ça fait beaucoup. Agissons comme le colibri.

Colibris couvre tous les domaines de l'écologie. Mais dans votre Manifeste pour la Terre et l’Humanisme vous réservez une place de choix à l’agroécologie…
L’agriculture conventionnelle produit et détruit en même temps. La liste des nuisances qu’elle entraîne est longue : pollution des eaux, dégradation des sols, destruction de la biodiversité… de plus la sécurité alimentaire de l’humanité n’est pas assurée et la situation risque de s’empirer à cause de la production d’agrocarburants, de la disparition des abeilles qui assurent 30% de notre alimentation, en plus du facteur non maîtrisable du réchauffement climatique et du risque de destruction des récoltes qu’il entraîne.

Que proposez-vous ?
L’agroécologie vise à permettre aux populations d’assurer leur autonomie et leur sécurité alimentaire, ainsi que la qualité des aliments. Il s’agit de relocaliser la production agricole ainsi que les autres secteurs de l’économie pour réduire les transports et faire en sorte qu’un maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie. Sans relocalisation, la sécurité alimentaire n’est pas assurée, et ce, même en Occident. L’agroécologie est une agriculture respectueuse de la terre et de l’homme.

Pour vous, humanisme et préservation de l’environnement vont de pair ?
Nous devons nous demander non seulement quelle planète nous allons laisser à nos enfants, mais aussi quels enfants nous laisserons à la planète. Il faut réfléchir aujourd’hui à un changement de société, à une vision du monde plus réaliste. La planète a des ressources limitées. Ce n’est pas dans la logique du toujours plus que nous trouverons satisfaction, mais dans la modération. Il faut répondre à nos besoins matériels, mais aussi à nos besoins immatériels par l’admiration de la vie, la gratitude, la sobriété, l’équité. La logique du toujours plus est une machine infernale qui conduit à toujours moins de joie. La joie ne s’achète pas.


Pour en savoir plus : http://www.colibris-lemouvement.org