A 19 heures hier soir, au terme d’une journée ponctuée par des incidents d’audience, le procès de Christian Iacono a été renvoyé à une date indéterminée. Le maire de Vence répondait depuis mardi aux accusations de viols sur son petit-fils lorsqu’il était âgé de 5 à 7 ans. Mais les débats ont rapidement tourné à la polémique autour de l’ordre de passage des nombreux ex­perts devant témoigner. Aux intérêts de l’accusé, maître Dupond-Moretti confiait dès la mi-journée : “Nous avons obtenu de haute lutte une contre-expertise, et par magie on l’entend avant le premier expert, ce qui nous empêche de confronter leurs conclusions”.

Photo photocopiée

Cette “contradiction avec la chronologie de l’enquête”, comme le dira l’avocat à la reprise de l’audience en demandant le renvoi de l’affaire, n’émeut guère la présidente de la cour d’assises : “Aucun texte ne prévoit d’ordre de passage”. Les débats reprennent après les protestations des avocats de la défense. On entend un médecin expert, saisi d’une contre-expertise en 2004. Il a rendu ses conclusions sur la base d’un dossier constitué par un premier expert, mais n’a jamais examiné la victime présumée. A la barre, le docteur indique qu’il a fondé une partie de son rapport sur la photocopie d’une photo “de qualité plus que médiocre”. Il n’a jamais eu entre ses mains le document original.

“On s’est foutu du monde”

“C’est inadmissible, on s’est foutu du monde”, tempête maître Dupond-Moretti. La présidente extrait du dossier la photo originale pour que l’expert puisse enfin la commenter. Problème : la procédure pénale interdit ce procédé. La présidente, mise en cause par la défense, “donne acte” de son erreur. Les avocats de Christian Iacono déposent alors une seconde demande de renvoi. “Je ne vois pas comment on peut continuer avec une présidente qui reconnaît avoir violé la loi !” lance maître Dupond-Moretti. Le parquet tente de sauver les meubles pour que le procès se poursuive.

Peine perdue. La présidente, jugeant ses propres actes, décide de renvoyer l’affaire. Pour le maire de Vence, “c’est encore une nouvelle attente qui commence, mais [je] pense que l’on va arriver à m’innocenter”. “C’est une stratégie générale pour pousser à la faute tous les intervenants qui ne sont pas aux intérêts de monsieur Iacono”, regrette maître Choukroun, l’avocat de la partie civile.