15-10-2008 16:53
"La philosophie est peut-être plus importante pour moi que la littérature"
Interview de Tristan Garcia, auteur de La Meilleure part des hommes...

Tristan Garcia
Photo : Hélie Gallimard
Révélation littéraire ? Pourquoi pas : La Meilleure part des hommes (Gallimard) est un roman ambitieux, inattendu, qui connaît un succès mérité. Tristan Garcia a d’autres surprises dans ses manches. Il nous parle à bâtons rompus de ses personnages, d’écriture, de philo.
Résumons : vous avez écrit La Meilleure part des hommes il y a deux ans, et ce n’est pas votre premier roman. Pourquoi avoir choisi de présenter celui-ci aux éditeurs ?
Je voulais faire différent des autres. Je ne lisais plus de littérature française contemporaine, c’était le pic de l’autofiction et ça m’énervait un peu, je voulais prouver que l’on pouvait écrire un roman français sur le monde contemporain qui ne se limite pas au discours sur soi, de la mise en scène de son corps et de sa parole… C’était une sorte de défi.
Peu de romans traitent des années 80, même si le vôtre s’étend jusqu’au début des années 2000.
Jusqu’aux années 1950 la fresque d’époque était assez courante en littérature française. Je crois que le cinéma a pris le relais, et encore après, les séries télé, pour faire de la fiction à partir du passé proche. Les séries HBO ont tendu le meilleur miroir de la société américaine actuelle, mais aussi les livres de Jonathan Franzen, qui se posent la question : qu’est-ce que je peux faire face à ça, en tant qu’écrivain ? Ces séries sont le grand récit populaire du début du XXIe siècle.
Avez-vous puisé dans les archives d’époque ?
Le roman n’est pas tellement documenté, si l’on compare aux carnets d’enquête de Zola. Toute une partie relève du roman d’idées, donc classique, il suffit d’être un peu au courant des débats contemporains. Ce qui s’appelle Stand Up dans le livre se trouve entre Aides et Act Up. Encore une fois, ce n’est pas un roman à clés. Comme dans un tableau cubiste, chaque personnage correspond à des profils de différentes personnes de la même génération. Ça donne un visage recomposé avec un œil, un nez sans lien entre eux… On reconnaît les profils de différents intellectuels médiatiques, mais pas un en particulier. Personne n’a eu le parcours que je décris, un ex-maoïste devenu ministre de la culture d’un gouvernement de droite !
William Miller ressemble tout de même beaucoup à Guillaume Dustan…
Oui et non, il joue la fonction dans le débat d’idées de Dustan, mais n’a pas sa trajectoire de haut fonctionnaire, son milieu d’origine très cultivé. Le capital économique et culturel de Miller est très faible. Les médias, et surtout la télévision, ont une forte attraction pour la mise en scène de gens qui viennent de rien, des bouffons modernes qui doivent divertir le spectateur et éveiller en même temps une forme de compassion, que certains le voient au premier degré… Miller représente un peu ça, une utilisation éphémère d’une sorte de bête de foire, qui va susciter admiration ou scandale.
Le seul personnage féminin du livre est le seul qui lui pardonne tout…
L’objet principal du livre, c’est la fidélité. En fait, je crois que Miller est le plus fidèle, mais à quoi ? Il n’a pas de valeurs, il n’est pas fidèle à ses amis, ni à ses idées, mais j’aime qu’on ait cette impression qu’il ait tenu quelque chose du début à la fin. Alors que les autres se disent fidèles à leurs idées, mais ils trahissent systématiquement.
Elizabeth représente la charité au sens chrétien, aimer jusqu’au bout. Elle est nécessaire pour que le lecteur s’intéresse à Miller, qui autrement paraîtrait salaud, incohérent.
La Meilleure part des hommes, c’est elle ?
Oui, certainement ! C’est normal puisque c’est un demi-personnage, en tant que narratrice elle n’a qu’un pied dans l’histoire. Je pense que c’est un récit moral, mais pas moralisateur. Il ne donne pas de leçons, ne dit pas où est le bien et le mal. Mais je fais de la fiction avec des valeurs morales, sans juger. Il montre comment chacun se débrouille dans une ligne de vie donnée. Le roman est un bon outil pour cela : ce n’est pas de la philo, ni de l’histoire, ni une enquête. Le roman permet de donner une chance égale aux salauds et aux justes, à toutes les postures.
Quelle place occupe l’écriture dans votre quotidien de philosophe ?
L’écriture ne joue pas de rôle particulier pour moi, j’aime bien l’idée que c’est une activité humaine qui permet de représenter le monde, de le connaître. On fait parfois de la littérature quelque chose de proche du religieux, alors que c’est un acte qui n’est pas plus absolu que l’autre. Je termine un roman écrit du point de vue d'un chimpanzé. J’aimerais utiliser une forme classique pour m’emparer du rapport qu’on a eu aux primates depuis la seconde Guerre mondiale. On s’est intéressé à eux d’abord militairement, puis directement à eux, et j’ai essayé de faire un grand roman d’aventures classique, avec les conditions modernes. Il n’est plus possible d’en faire comme Stevenson, London ou Melville, parce qu’il semble qu’historiquement, c’était très lié à la colonisation, à la redécouverte du monde par les occidentaux, avec un mélange de mauvaise conscience et d’impérialisme. Depuis, on ne peut plus faire semblant d’être un aventurier qui découvre une terre vierge ! Alors, l’autre possibilité, c’est de ne plus utiliser l’être humain. Même le rêve spatial est fini, depuis l’abandon des programmes de la Nasa…
Et votre œuvre philosophique ?
La philosophie est peut-être plus importante pour moi que la littérature. J’aimerais vraiment écrire une œuvre philosophique, J’aime l’idée classique métaphysique, tenir un discours sur le monde qui échappe à l’expérience sensible. Ca me semble important parce que par moments, la philo est la seule chose qui peut aller sur le terrain de la religiosité, tenir un discours rationnel et pas un discours de croyance. Je laisse traîner depuis quelques années un traité de métaphysique comme on en faisait au XVIIIe siècle, sur la représentation du monde. Il me faudra encore deux ou trois ans pour le finir, mais ça sortira un jour. En espérant qu’on dissocie mes deux activités, parce qu’à moins d’être Rousseau ou Sartre, les romanciers-philosophes ont souvent donné des catastrophes…
Et aussi : lisez un extrait du livre
Martin quitte Secret Story
A peine arrivé, Martin quitte la Maison des Secrets après une unique semaine difficile...
RéagissezLance Armstrong a gagné 7 Tours de France consécutifs de 1999 à 2005 puis a pris sa retraite au sommet...
RéagissezImmobilier
Vous cherchez un appartement à louer ? Une maison à acquérir ? Un prêt compétitif ? Trouvez votre bonheur avec Metro Immo !
Saint Valentin
Bons plans, shopping, interviews... retrouvez notre dossier spécial Saint Valentin
Spectacles
Théâtre, concerts, spectacles... Faîtes vos réservations sur Metro Spectacles ! Simple et rapide.
Co-voiturage
Au quotidien ou de manière occasionnelle, trouvez via Internet des personnes souhaitant partager un véhicule.
Emploi
Avec Metro Job, trouvez votre futur emploi parmi près de 20.000 offres.





