Mis à jour 02-10-2008 18:59
Julien Dray : "Je veux remettre le PS au travail"
Coalition arc-en-ciel, modem, crise et avenir du PS… Le député de l'Essonne, candidat au poste de premier secrétaire du PS, a dialogué avec les metronautes.

Photo : DR
Bonjour aux metronautes !
Jeannot : Bonjour. Je ne comprends pas bien votre stratégie. Vous soutenez Royal mais vous vous présentez au poste de premier secrétaire, c’est assez confus…
La question ne se pose pas précisément dans ces termes. Pour l'instant, six motions - des textes d'orientation politique - sont proposées aux militants, et c'est sur ces textes que le débat doit avoir lieu. J'ai décidé de participer à la motion portée notamment par Ségolène Royal et Gérard Collomb, parce qu'elle me semble intégrer beaucoup d'éléments intéressants sur l'analyse de la société et la rénovation du Parti socialiste. Laissons d'abord le débat se faire autour de ces motions, la question du premier secrétaire se posera dans un second temps.
Lolo : Bonjour Monsieur Dray, pourquoi êtes-vous candidat au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste ?
Pas par envie ou par caprice, mais parce que c'est pour moi la suite logique de mon engagement de militant. J'ai commencé tout en bas de l'échelle de ce parti, que j'aime, et que j'ai envie de voir se renforcer, se moderniser, s'adapter aux défis de l'époque. Je suis prêt à me dévouer entièrement à cette tâche, et je crois avoir quelques compétences pour la mener à bien ...
Nourdine : Quel est votre père au PS ? Quel a été votre parcours au sein du parti ?
Le parcours d'un militant, depuis le collage d'affiches jusqu'à la direction nationale ! J'ai connu la vie de minoritaire, puis j'ai rejoint la majorité, tout en restant toujours, je crois, fidèle à mes idéaux de départ - le combat pour la question sociale. Quant à savoir si j'ai eu un père au PS, je n'aime pas trop ce terme, mais en tout cas j'ai rencontré des gens que j'ai respectés, tels que François Mitterrand, Lionel Jospin ou François Hollande.
Pierre : Que proposez-vous pour remettre le PS au travail ?
De travailler ;-) D'abord de refaire du Parti socialiste un parti de militants, présent quotidiennement au côté des citoyens (porte-à-porte, marchés, vente de notre journal, réunions de quartier, présence dans le tissu associatif et dans tous les combats sociaux). Deuxièmement, organiser la réflexion pour qu'à chaque étape, nos concitoyens puissent se dire qu'il n'y a pas une seule politique possible, mais des choix qui correspondent à des modèles de société différents. Le débat entre la gauche et la droite ne peut se réduire à qui gère le mieux le système.
Ben : Et la crise financière, si vous étiez patron de l'opposition cela serait quoi vos propositions ?
De commencer par dire : vive la crise ! Car elle doit nous permettre d'en finir avec 30 ans de dérégulation, de précarisation, et de financiarisation. Et donc de montrer que cette crise peut être une formidable opportunité pour refonder un pacte social fondé - enfin! - sur une juste allocation de la richesse produite. Il ne s'agit pas de supprimer l'économie de marché, mais de lui donner de nouvelles règles pour redonner son sens à la notion d'intérêt général. Concrètement, tout d'abord, il n'y aura pas d'économie de marché sans sphère financière, mais dans cette sphère il doit y avoir de la transparence, et ceux qui prennent des risques doivent les payer. Deuxièmement, il faut relancer une politique de grands travaux européens. Troisièmement, au niveau national, je convoquerais une grande réforme sociale avec deux objectifs : une réforme fiscale favorisant l'investissement, et en contrepartie, un soutien aux salaires.
Céline : Comment pouvez-vous alors que le PS s’enterre dans des conflits d’égo depuis des années, penser que vous pourrez réunir jeunes gardes et éléphants ?
Je connais la difficulté de la tâche, mais c'est pour cela que je pense que celui qui aura à assumer cette responsabilité devra être « dégagé » de toute autre contrainte, de toute autre perspective personnelle. Parce qu'il devra avoir l'autorité nécessaire, au départ, pour faire travailler et aussi rappeler à l'ordre ceux qui ne respectent pas le principe qui devrait être le nôtre : la plus grande liberté dans la discussion, la plus grande discipline une fois la décision prise.
Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, n'a pas de stratégie. On peut en penser qu'il en devient même "schizophrène" : le matin, il dénonce le capitalisme, le soir, il privatise la Poste.
Gendre : Le nouveau parti de Besancenot ne vous fait-il pas un peu peur ?
Non. Car je connais les limites de cette démarche, pour les avoir moi-même expérimentées.
Glen : Vous qui faites encore partie des jeunes du PS, pourquoi ne pas rejoindre Hamont et l'aile gauche du PS ?
Parce que je ne veux plus être "à l'aile" ou à côté, je l'ai fait pendant 17 ans. Je ne veux pas être un aiguillon ni une simple boîte à idées. Ce qui me laisse penser qu'il faut unir tout le PS sur une orientation sociale de combat, mais sans démagogie. Au passage, si vous me permettez cette petite remarque, la Gauche Socialiste que j'animais me semblait être plus productrice d'idées que ne l'est la sensibilité de Benoit Hamon, qui reste essentiellement dans un discours de dénonciation et de constatation - utile, et parfois même efficace, mais assez faible sur le plan de la proposition.
Gegedk : Vous dites : vive la crise ! Au PS aussi ?
Oui, si elle permet enfin de sortir d'un statu quo, de complots feutrés et d'attentes angoissées.
Josette : Ne pensez-vous pas M. Dray qu'il serait temps de réélargir le parti et d'y associer toutes les bonnes volontés des Verts au PC... Face à la machine Sarkozy seule une gauche plurielle me semble à même de l'emporter.
Oui, et c'est ce que je propose depuis 2002 : la coalition arc-en-ciel. J'ai également proposé ces derniers mois des moyens concrets pour réaliser cette coalition, avec un comité d'action de toute la gauche, qui aurait à charge d'animer l'opposition et de préparer un programme commun. Dans la perspective de réunir les conditions d'un candidat unique de toute la gauche à l'élection présidentielle.
Eliot : Une alliance avec le modem, c'est jamais, pourquoi pas ou à voir ?
"Pourquoi pas", et aussi "à voir" ... Sur quelles conditions ? J'en vois deux fondamentales : premièrement, que le MoDem lui-même choisisse de travailler avec la gauche et abandonne son équidistance entre gauche et droite ; deuxièmement, qu'il ne commence pas par dire qu'il y a une bonne gauche et une mauvaise gauche. La démarche devrait être la suivante : d'abord le rassemblement de la gauche autour d'un programme et d'un contrat de gouvernement, et après, la main tendue.
Arno : un sondage Opinion Way disait que les meilleurs opposants à Nicolas Sarkozy était: un, Olivier Besancenot, deux, François Bayrou, et loin derrière Bertrand Delanoë.... Comment expliquez-vous le manque de visibilité de la gauche? Est elle trop occupée à sa diviser ?
La réponse est dans votre question !
Fatou : vous pensez vraiment qu'on a besoin de "fête de la fraternité" alors que les gens souffrent?
Pourquoi opposer l'un à l'autre ? Un moment de fraternité, quand on souffre, ce n'est pas inutile ...
Jules : Si vous êtes élu à la tête du PS, comment faire travailler Royal, Delanoë, Aubry et Hollande ensemble, sans crise ? Un rêve non ?
Je suis prêt à relever le défi. Je n'ai pas de recette miracle, je sais simplement que si le parti se remet en activité réelle, ceux qui se mettront en dehors de cette activité se sentiront très vite dépassés.
Albert : A quand la fin des privilèges. Quand on voit ceux du président du sénat, des avantages et retraites à vie de la fonction, des députés, des ministres… C'est vraiment outrageant. Quels sont les vôtres M. Dray et que comptez-vous faire ? Ne serait-il pas temps d'adopter le modèle anglais?
Je ne connais pas le modèle anglais, et la seule chose que je sais, c'est que la grande majorité des hommes et des femmes engagés en politique, à gauche comme à droite, ne le font pas pour des intérêts financiers. C'est pour cela que je les respecte. S'il y a des choses qu'il faut corriger, faisons-le, mais ne tombons pas non plus dans la démagogie. Je vais vous donner un exemple : on peut hurler contre les voitures de fonction avec chauffeur, mais quand un élu a commencé sa journée de travail à 7H du matin, et qu'il la finit après une réunion publique tard le soir vers une heure du matin, êtes-vous pour qu'il prenne le volant de sa voiture et fasse 50 km pour rentrer chez lui ?
Gaëlle : Pouvez me dire précisément ce qui diffère dans les différentes motions proposées?
Là, ce n'est pas à moi qu'il faut s'adresser, car il y a certainement des nuances, mais mon constat, comme je l'ai dit depuis un an, c'est que les socialistes sont beaucoup plus unis qu'ils ne le pensent ou qu'on ne le croit. Et c'est tant mieux.
Albi : Quelle est votre position sur le RSA ?
Ce qui peut favoriser le retour à l'emploi est utile, mais le financement d'une telle mesure doit être fondé sur la justice sociale.
Tonton : Si vous êtes élus, quels seront vos axes de travail prioritaires ?
D'abord une grande campagne d'adhésion au parti socialiste, des conventions thématiques ouvertes (pour en permanence mener la bataille des idées), un changement de total des formes d'expression du PS (un nouveau journal notamment). Dans le moment actuel par exemple, j'organiserais dans le pays une grande campagne d'information sous formes de tracts, "brochures" internet, réunions publiques, sur la nature de la crise économique et les solutions de la gauche.
Polo : Que pensez-vous de la gestion de la crise financière par Nicolas Sarkozy et du discours de Toulon?
Opportunisme idéologique, d'abord pour masquer et passer par pertes et profits les un an et demi qui viennent de s'écouler. Plus il dramatise la crise, moins il a de comptes à rendre sur sa gestion passée. Deuxièmement, discours démagogique sur le capitalisme financier, surtout après en avoir été le meilleur ami. Troisièmement, comme toujours, croire que son propre mouvement oratoire est une solution. Résultat : quoi qu'il en dise, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, n'a pas de stratégie. On peut en penser qu'il en devient même "schizophrène" : le matin, il dénonce le capitalisme, le soir, il privatise la Poste.
Lola : Je souhaite voter pour vous, comment faire quand on n'est pas adhérent de votre parti ? Comment adhérer d'ailleurs ?
C'est trop tard ... j'en suis triste. Ca sera pour la prochaine fois, pour le vote, mais vous pouvez participer au débat tout de suite en prenant votre carte dans la section de votre lieu de résidence, ou par Internet : http://www.parti-socialiste.fr/. Si ça traine, n'hésitez pas à me faire signe !
Marianne : Avez-vous des enfants, M. Dray ? Vont-ils à l'école publique? Connaissez-vous le prix d'un cahier classique ?
A petits ou à grands carreaux ? ;-) Mes enfants ne sont plus de l'âge des cahiers, puisque deux sont étudiants. Je connais le prix de l'inscription à l'université et de tout ce qui va avec, et croyez moi, ça coûte. Quant au dernier, il en est au stade des classeurs et des feuilles volantes ... Pour vous rassurer, sachez qu'ils vont et ont tous été à l'Ecole publique. C'est un choix personnel.
Anaëlle : Déstabilisation de la fonction publique, chasse aux sans papiers, travailleurs pauvres et des nantis toujours plus riches. La France se scinde, se clive. Et le PS, il fait quoi, concrètement?
Mais rien, voyons ! Les députés socialistes se taisent, les maires de gauche dorment dans leur mairie, et les militants dans leur syndicat ou leur association se taisent. Plus sérieusement, je comprends qu'on puisse être parfois désorienté, et même déçu, mais arrêtons aussi le discours défaitiste que le PS est nul et doit être dissous séance tenante.
Albert : Mr. Dray, si vous êtes élu, que ferez-vous pour le syndicalisme français ?
D'abord, j'établirai des liens permanents entre le PS et les syndicats, et je proposerai de mettre en place des commissions de travail communes, tout en respectant l'indépendance de ces organisations. Je proposerai également une loi très dure contre les licenciements ou les pressions sur les délégués syndicaux. Troisièmement, comme nous le proposons dans notre motion, je rendrai l'adhésion à un syndicat plus facile avec le chèque syndical.
Sandrine : Pour vous le socialisme, c'est quoi ?
Un combat, autour de principes : la République jusqu'au bout.
Inès : Et si vous ne gagnez pas, qui, selon vous, devrait prendre les "rennes" ?
Le Père Noël ...
Amélie : En quoi votre candidature au poste de 1er secrétaire serait plus "collective" que celles des autres ?
Parce que je ne suis au service que du PS, et pas d'une ambition présidentielle. Toute mon histoire politique a été construite autour de collectifs militants, je n'ai jamais constitué de petites armées à mon service.
Yannick : le matin en vous rasant, vous pensez au poste de premier secrétaire ou à la présidence en 2012?
Si je pense aux deux, forcément, je me coupe ! Donc je me concentre sur une seule chose - je vous laisse deviner laquelle.
Le chat est terminé. Merci à Julien Dray, aux "rennes" et aux metronautes.
Merci à vous et aux metronautes, c'était sympa et les questions étaient pertinentes. Ceux qui veulent poursuivre le débat peuvent le faire avec moi sur mon blog (http://juliendray.blogspot.com/) et sur Facebook !






