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Mis à jour 01-10-2008 21:44

"L'orientation doit être une responsabilité collective"

Capes, lycée modulaire, problème des vacataires, nouveau dispositif d’orientation… Le ministre de l’Education nationale a répondu aux questions des metronautes.

avier Darcos

Photo : N.R/METRO

Bonjour à tous

Franck : Bonjour, Monsieur, le Ministre, un mois après la rentrée des classes, comment jugez-vous cette rentrée ? Comment vous sentez-vous?
Contrairement aux prophètes de mauvais augure, la rentrée s'est déroulée dans de bonnes conditions partout et les professeurs sont à l'œuvre.

Célia : Est-il vrai que vous allez vous inspirer du système finlandais pour réformer le lycée et diviser à la rentrée 2009, les années en semestres dès la seconde ? Est-il vrai que les élèves pourront choisir leurs programmes à la carte ? Pourquoi ces choix, quels intérêts ?
Nous ne cherchons pas à imiter un système étranger quelconque. Nous partons de deux constats : premièrement, un bachelier sur deux n'a aucun diplôme supérieur au bout de trois ans. Deuxièmement, les jeunes adultes au lycée souhaitent moins de bachotage et plus d'autonomie. La semestrialisation permettra des réorientations quand ce sera nécessaire et favorisera des choix plus personnalisés. Mais les choses ne sont pas arrêtées et nous ne prendrons aucune décision définitive sans avoir consulté les lycéens eux-mêmes, qui voient bien que le modèle napoléonien doit aujourd'hui évoluer.

Arnaud : Monsieur, votre gouvernement fait de la méritocratie un dogme. Pensez-vous vraiment qu'il y ait une vraie égalité des chances dans notre pays permettant de le justifier. Pensez vous franchement qu'on ait les mêmes chances lorsqu' on est fils d'ouvrier que de cadre ?
Vous avez raison, notre système a raté la démocratisation puisque un fils d'ouvrier a 8 fois plus de risque de mal lire en sixième qu'un fils de cadre. Toute la politique que je conduis à l'école primaire vise à lutter contre ces déterminismes scandaleux. Voilà pourquoi il faut apporter des services de proximité : deux heures de soutien par semaine ; stages pour les élèves de CM1/CM2 ; mise en place de l'accompagnement éducatif à l'école primaire dans les zones d'éducation prioritaire. Tout doit être mis en œuvre pour personnaliser le soutien.

Goran : Quel bilan tirez-vous du soutien scolaire pour les élèves en difficultés pendant les vacances ? Les élèves ont-ils réellement progressé par la suite ?
Nous ne pouvons pas encore faire un bilan complet mais il est clair que les élèves étaient volontaires, heureux et qu'ils ont eu le sentiment de progresser. Il faudra attendre la généralisation à la fin de cette année scolaire pour voir quel impact cette aide a eu sur la poursuite d'études.

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Pitchoucoco : Bonjour Monsieur le Ministre, trouvez-vous normal que certaines listes complémentaires concernant le concours de professeurs des écoles ne soient pas ouvertes à l'heure actuelle ? Certaines académies sont déficitaires et ne recrutent pas...
En principe, nous recrutons les professeurs dont nous avons besoin. Le recours aux listes complémentaires doit rester l'exception mais je ne connais le détail de la situation propre à chaque académie.

Nous resterons à un niveau très élevé de recrutement dans les années qui viennent

Peter : Le médiateur de la République, Monsieur Delevoye, qui pourtant est du même bord politique que vous, admet les conditions déplorables dans lequel vivent les contractuels-vacataires et a fait des propositions. Mes questions sont simples : allez vous ignorer ces propositions et ainsi pérenniser la précarité ? Allez-vous encore une fois lancer un méprisant « passez les concours » en guise de réponse pour ainsi masquer devant les français ces difficultés ? Allez-vous encore baisser le nombre de postes aux concours internes et ainsi rendre la tâche encore plus dure pour ces personnels condamnés à une quasi misère ?
Monsieur le Ministre, ne dites pas que vous ne pouvez rien faire. La balle est dans votre camp. Oserez-vous dire à ces personnes qui doutent qu’elles resteront encore et toujours dans une détresse morale et financière et que rien ne changera ?

Au risque de paraître désagréable, je persiste à répondre que la voie naturelle est bien de passer un concours et de le réussir. Je reconnais cependant que le statut des vacataires mérite d'être mieux protégé : délai de paiement du salaire, droit aux indemnités liées à des fonctions particulières, accompagnement pour aller vers les concours internes, etc. J'ai reçu hier monsieur Delevoye et nous progressons.

Nathan : Allez-vous créer une VAE (valorisation des acquis et de l'expérience) dans l'éducation ? Il n'existe aucune passerelle pour changer de métier.
Voilà un sujet majeur et en effet je travaille actuellement à la question de la validation des acquis de l'expérience pour nos enseignants comme pour une partie de nos élèves les plus âgés qui sont passés parfois par l'alternance ou par d'autres dispositifs. Je ne crois pas pouvoir donner des conclusions utiles à cette réflexion avant le milieu de l'année prochaine mais c'est une de mes préoccupations.

Nadia : N'est-il pas temps d'organiser une grande consultation sur l'éducation où prof, élèves, personnels, inspecteurs, proviseurs donneraient leur avis? Les idées de chacun ne remontent jamais...
Je n'ai pas le sentiment que la base ou les cadres soient mal entendus. Ce qu'il faudrait, c'est une parole plus libre, plus constructive, moins politisée et entièrement axée autour de l'intérêt des jeunes. Il est vrai cependant qu'un bilan est nécessaire surtout pour identifier les niveaux de responsabilités et pour donner du sens à deux notions : celle d'autonomie de l'établissement et celle de communauté éducative.

Albi : Monsieur, comment expliquez-vous qu'il n'y ait plus d'argent dans les caisses pour l’école et qu'on en trouve pour renflouer les banquiers?
Ce n'est pas l'argent de l'Etat qui renfloue les banques. Il est démagogique de mélanger des sujets conjoncturels et l'action continue de l'Etat. La France est un des pays au monde qui consacre la plus grande masse budgétaire par élève à son école, soit près de 60 milliards d'euros. Il y a donc beaucoup d'argent pour l'école mais c'est l'efficacité de cet investissement qui doit être améliorée.

Inès : Qu'entendez-vous par la notion d'autonomie d'établissement?
Tous les pays modernes se sont mis d'accord sur l'idée que c'est aux équipes pédagogiques de s'organiser librement pour obtenir des résultats conformes à des exigences fixées nationalement. Il faut donc encourager l'autonomie des établissements en assurant la dotation à laquelle ils ont droit et en exigeant que les programmes et les objectifs nationaux soient respectés. Pour le reste, il faut faire confiance aux professionnels de la pédagogie et des disciplines.

Didier : Vous ne cessez de rappeler que le budget de l'éducation a doublé ces vingt dernières années... Pourquoi ne pas préciser que s’il a doublé, c'est pour s'adapter à l'arrivée massive d'élèves dans le système, qui à lui seul pèse plus de la moitié des dépenses de l'Etat ?
C'est inexact. Pour donner un seul exemple, nous avons en 20 ans perdu 200.000 élèves en primaire et cependant recruté 12.000 professeurs de plus. Cette seule année, dans le second degré, nous avons perdu 53.000 élèves. Ce n'est donc plus une question de massification qui se pose à nous mais d'amélioration qualitative. Avec moins de moyens et avec des horaires beaucoup plus restreints, les pays comparables au nôtre obtiennent des performances meilleures.

Maxime : Plus de 13 500 suppression de postes l'année prochaine... Trop d'élèves par classe, trop peu d'encadrement, des profs épuisés par des élèves parfois difficiles. N'avez-vous pas l’impression de jouer avec l'avenir de nos enfants ?
Puis-je répéter une évidence : à cette rentrée, avec les 3.500 professeurs non renouvelés (car c'est ça le vrai chiffre), notre taux d'encadrement pédagogique global est un peu meilleur que celui de la rentrée précédente. Je ne crois plus que la question soit celle d'un poste de plus ou de moins dans des établissements qui en comptent un pour douze élèves en moyenne. Je ne crois pas non plus que nos résultats seraient meilleurs simplement en supprimant deux ou trois élèves par classe. Notre taux moyen d'élèves par classe est un des meilleurs du monde.

Marion : En tant qu'ancien maire, comprenez-vous les réticences de Bertrand Delanoë à appliquer le service minimum dans les écoles ?
Bertrand Delanoë a décidé d'appliquer la loi. Il a bien fait et tout républicain devrait faire de même. Je ne comprends pas le président du groupe socialiste à l'Assemblée (un législateur) qui demande de ne pas appliquer une loi votée démocratiquement.

Christophe 78 : Bonjour Monsieur, je soutiens la proposition de plein temps devant une classe pour les nouveaux enseignants. Mais, pour bien connaître la Fac, je ne suis pas convaincu de sa capacité à former correctement les profs, aussi professionnalisant que soit son Master. Qu’en pensez-vous ?
Il faut faire confiance aux dispositifs qui se mettent en place : intégration des IUFM dans les universités, masterisation des concours, nouvelle maquette d'épreuves pour les recrutements. Vous savez sans doute qu'un accord a été signé hier à ce sujet. Nous verrons comment les choses vont évoluer dans les années qui viennent mais j'ai confiance.

Caroline : Que faire pour bien orienter les jeunes ?
Question centrale et difficile. D'abord, il faut que les jeunes sachent ce que sont les métiers. D'où la mise en place de la découverte professionnelle au collège. D'autre part, il faut que l'orientation soit une responsabilité collective : un professeur sait mieux que personne à quoi peut prétendre tel ou tel élève. Enfin, il faut éviter les mauvais choix : le nouveau lycée modulaire permettra des réorientations (le droit à l'erreur) et le travail de connexion entre la terminale et le supérieur va se poursuivre. Je présenterai bientôt sans doute avant Noël le projet global de réorganisation complète de l'orientation conformément à la demande du Haut Conseil pour l'école et à la promesse du Président de la République.

Legim : Craignez-vous un mouvement massif de mécontentement du personnel de l'éducation national le mardi 7 octobre ?
Premièrement, la crainte ne m'habite jamais. Je fais ce que je crois devoir faire en toute bonne foi. Et je ne suis agi par aucune autre considération que l'intérêt des élèves. Deuxièmement, il ne me semble pas que les grèves répétitives quasi rituelles depuis trente ans soient de nature à apporter des contributions utiles à la nécessaire réforme de l'école. Les sondages montrent que les Français en ont par dessus la tête de ces mouvements sociaux usuels.

Farid : Comment expliquez-vous la faible mobilisation des syndicats en cette rentrée 2008 ?
Je viens en partie de répondre. Il n'y a plus de cohésion entre la réalité observable et la contestation. L'opinion publique sait la nécessité de la modernisation et de la réforme. L'immense majorité des professeurs en contact quotidien avec les élèves et leur famille ont conscience de ce possible décalage. Je rends hommage sans démagogie à leur engagement et je suis heureux que les slogans (toujours les mêmes depuis si longtemps) ne dictent plus leur conduite.

Mumu: Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet de réorganisation de l'orientation?
Non car le sujet est trop complexe pour le résumer en quelques lignes. Je m'expliquerai en détail d'ici la fin de l'année. Excusez-moi.

Pseudo: N'est-il pas paradoxal de supprimer les membres du rased puisqu'ils seront mis en poste et de faire en même temps du soutien scolaire dans une volonté d'aider au maximum les élèves en difficulté?
Bien au contraire. Tous les professeurs désormais concourent au soutien. Mais il y a des endroits où ce ne sont pas seulement 15 % des élèves qui ont des difficultés et c'est là qu'il faut concentrer notre effort en sédentarisant une partie de notre maîtres Rased (seulement 3.000 sur plus de 11.000).

Cruche-de-service : Que vont devenir les personnes qui passaient le CRPE en candidat libre, les mères de trois enfants qui pouvaient également passer le concours ? Pensez-vous que ces personnes pourront se permettre de retourner à l'université pour passer un master 2 ?
Nous travaillons avec les représentants de l'enseignement libre à régler cette question. Par ailleurs, je n'envisage pas de supprimer les dispositifs originaux d'accès à la titularisation qui ont fait leurs preuves. Nous aurons réglé cette affaire dans les semaines qui viennent pour être prêts en 2010, au moment du basculement vers le nouveau système.

Legim : Pensez-vous aux milliers d'étudiants plein de motivation, d'envie, de conviction, préparant les concours de l'éducation nationale et s'apercevant que le nombre de poste diminuent à vue d'œil et que l'on ne compte plus sur eux pour éduquer la nouvelle génération?
Je ne suis pas chargé de recruter tous ceux qui en auraient envie mais tous ceux dont l'école a besoin. Nous resterons à un niveau très élevé de recrutement dans les années qui viennent. Mon ministère continu à représenter la moitié des fonctionnaires de France.

Djez : Je remplis toutes les conditions pour partir à 59 ans fin 2009 (né en 1950, et 42 années cotisées). Quelle peut être l'incitation à rester au delà dans mon cas ? En effet, la 1ère année rien de plus, ni surcote, ni libéralisation cumul emploi…
Puisque vous remplissez les conditions pour partir au taux maximum, il est difficile de trouver une solution pour améliorer encore votre retraite. Mais je suis sensible à votre volonté de rester et je vais examiner plus attentivement l'aspect technique de votre question à laquelle il m'est difficile de vous répondre ici directement. Pouvez-vous laisser votre adresse mail au journal qui transmettra à mon cabinet ? Merci.

Donovan : Pensez-vous vraiment que les assistants maternels ne sont payés qu'à faire la sieste et à changer des couches-culottes? Quels projets pour l'école maternelle?
C'est très volontairement que des esprits malveillants ont travesti ma pensée en ne disant pas la question à laquelle je répondais. J'ai exprimé mon soutien absolu et définitif à l'école maternelle pour tous les enfants dès trois ans. J'ai rappelé qu'il s'agit bien d'une école assurée par des professeurs recrutés à un excellent niveau et c'est parce que je défends les professeurs et l'école maternelle que j'exprimais des doutes sur l'idée qu'il faudrait leur confier des enfants de 18 mois à moins de trois ans. Je renouvelle cette affirmation fondée sur une longue expérience de ce que sont les écoles maternelles. Il faut cependant trouver une réponse collective à l'accueil des tout petits. Ce n'est pas seulement au ministère de répondre à cette question. J'y travaille avec Nadine Morano en charge de la famille et le Président de la République veut que nous proposions des solutions au droit de garde pour les tout petits. Vous voyez à quel point ont a sciemment déformé ma pensée !

Diable : On ne parle que des enseignants et les élèves alors ? Pensez-vous parvenir à réduire l'échec scolaire et comment ?
Je ne pense qu'aux élèves, je l'ai déjà dit, comme éducateur, comme citoyen, comme père et comme Ministre. Toute la politique conduite actuellement, notamment à l'école primaire, et avec l'accompagnement éducatif au collège produira ses effets. J'en suis sûr.

Rachid : Que vous inspire le film "entre les murs"?
J'ai exprimé un avis nuancé. Je vois bien la difficulté de la tâche pour des enseignants qui sont dans des zones difficiles. Mais je ne crois pas que le professeur doive entrer dans un système de connivence avec les élèves et établir avec eux une égalité affective. Du coup, quand l'autorité redevient nécessaire, elle ne sait plus comment s'exprimer et tourne à un formalisme judiciaire absurde. Ce qui manquait le plus dans cette classe, c'est la place du savoir et le projet pédagogique qui devrait en découler. Le bilan exprimé par les élèves est clair : ils ont aimé ou pas mais ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont rien appris.

Nadia : A quoi pensez-vous le matin en vous rasant ?
A ne pas me couper et à ceux que j'aime et je ne verrai pas beaucoup à cause d'un emploi du temps surchargé, en particulier mon petit garçon qui s'en plaint beaucoup.

Merci d'avoir posé des questions qui touchent toujours à l'essentiel et pardon de devoir toujours répondre de manière lapidaire.
 

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