Mis à jour 29-09-2008 09:30
Comme un poison dans l'eau
Le procès sur le scandale du déchargement de déchets toxiques du cargo Probo Koala, qui avait fait 17 morts et intoxiqué 100 000 personnes en août 2006, s'ouvre ce lundi à Abidjan...

Abidjan, baie de Cocody
Photo : Flickr.com / Abdallahh
En août 2006, le navire Probo Koala avait répandu dans une dizaine de zones d'habitations les 554 m3 de son chargement : pétrole, sulfure d'hydrogène, phénols et soude caustique. Des produits hautement toxiques qui avaient tué 17 personnes, nécessité 75 hospitalisations et intoxiqué 100 000 autres victimes. L'affaire avait alors ébranlé toute la population. Douze personnes vont comparaître à partir d¹aujourd¹hui pour empoisonnement ou complicité d¹empoisonnement devant une cour d'Assises à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.
Un déversement anarchique
Le 2 juillet 2006, le Probo Koala accoste au port d¹Amsterdam et vide ses soutes de son contenu, les "slops" ou eaux sales. L'odeur inhabituelle des produits débarqués conduit à analyser la composition chimique de ceux-ci. Leur toxicité impose de les traiter. Un surcoût financier est donc demandé à l¹affréteur, Trafigura. Cette multinationale créée en 1993 par deux Français, Claude Dauphin et Eric de Turkheim, refuse et demande à reprendre sa cargaison d'eaux sales.
Le cargo part alors pour le port d'Abidjan. Arrivé sur place le 19 août, il mandate la compagnie locale Tommy, qui vient tout juste d'être créée, pour le débarrasser de sa cargaison à un tarif vingt fois inférieur à celui demandé aux Pays-Bas. La société Tommy, qualifiée par les autorités ivoiriennes de "société-écran", va immédiatement confier la besogne à des camionneurs individuels. Le déversement anarchique à l¹air libre, dans la décharge publique d'Akouédo et dans une quinzaine d¹autres sites à forte densité de population, provoqueront la panique des riverains, victimes de
suffocations, de nausées et d¹autres malaises.
Petits arrangements
Le premier responsable jugé est Salomon Ugborugbo, 39 ans, directeur de Tommy. La peine de mort ayant été supprimée dans la Constitution ivoirienne de 2000, il risque la prison à perpétuité. Tout comme le président du port, à qui on reproche de ne pas avoir vérifié si Tommy avait l'"outil
indispensable". Un directeur technique, un employé ainsi que trois douaniers risquent aussi la perpétuité. Cinq autres personnes doivent comparaître pour délit d'"infraction au code de l'environnement et à la loi portant sur la santé publique".
En revanche, la chambre d¹accusation a prononcé, au cours d¹une discrète audience en mars, un non-lieu pour une dizaine d¹autres personnes poursuivies au cours de l¹instruction, en particulier les cadres de Trafigura. Il faut savoir qu¹en février 2007, un protocole d¹accord avait été signé entre la multinationale et les autorités politiques d¹Abidjan.
Moyennant le versement de 145 millions d¹euros à l'Etat ivoirien, ce dernier s'engageait à "garantir les parties Trafigura qu'il ferait son affaire de toute réclamation au titre des événements". Cet accord à l¹amiable avait alors permis la libération de deux hauts cadres de Trafigura, incarcérés depuis plusieurs mois après un déplacement à Abidjan.














