Deux ans après le déversement à Abidjan des déchets toxiques du cargo Probo Koala, qui ont fait 17 morts et des milliers d'intoxiqués, le procès de cette affaire va s'ouvrir lundi devant une cour d'assises, en l'absence de l'affréteur du bateau, la multinationale Trafigura.
Qu’attendez-vous du procès qui s’ouvre aujourd’hui à Abidjan ?
C’est un procès bidon. Les vrais responsables que sont les hauts fonctionnaires ivoiriens et les dirigeants de Trafigura ne sont pas mis en cause. La justice ivoirienne estime qu’à la suite de l’accord passé entre l’Etat et Trafigura, les cadres de la société ne peuvent pas être jugés. Or, cet accord est illégal car il ne tient pas compte des victimes.
Que prévoit aujourd’hui la loi internationale concernant le transport de déchets dangereux ?
La convention de Bâle (signée en 1989, ndlr) interdit de sortir d’Europe des déchets considérés comme dangereux, sauf si le pays de destination peut prouver être capable de traiter ces déchets. Or, la Côte d’Ivoire n’était pas en mesure de prendre en charge les déchets du Probo Koala.
Ces règles, sont-elles généralement respectées ?
Globalement, elles le sont, mais le problème est qu’il y a très peu de vérification. Il faudrait donc renforcer les contrôles. C’est pourquoi, il est d’autant plus important de sanctionner sévèrement les responsables afin que les entreprises se disent qu’il vaut mieux respecter la loi. La sentence devrait avoir une vertu préventive. Ce ne sera pas à Abidjan, mais lors d’autres procès sur l’affaire en France, en Angleterre ou en Hollande que cela pourra se produire.
Quel genre de déchets font l’objet de tels trafics ?
Tous ceux qui ne sont pas recyclables : des métaux lourds, aux restes de médicaments et les déchets radioactifs. Le sud de l’Italie est désormais plein, il faut alors trouver d’autres endroits : l’Afrique devient le dépotoir de ces rebuts.
Ne pouvons-nous pas les traiter en Europe ?
En Europe, nous avons les moyens pour traiter ces déchets dangereux, mais le problème est qu’il revient beaucoup moins cher de les envoyer ailleurs. Le traitement des déchets toxiques du Probo Koala revenait à 30 dollars le m3 en Côte d’Ivoire contre 1000 dollars en Europe.
Les 400 000 dollars que Trafigura a économisés correspondent au coût de 8 jours de navigation d’un bâtiment de sa flotte de 8 navires en mer toute l’année. Autant dire, des cacahuètes.
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Mis à jour 28-09-2008 20:12
Probo Koala : "C’est un procès bidon"
Joseph Breham, juriste de l’association Sherpa, qui offre un soutien juridique aux riverains d’Abidjan, répond à metrofrance.com.
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