Qu’il fait bon être cadre ! Depuis maintenant trois ans, le marché de l’emploi des cadres est au beau fixe. À tel point que certains secteurs comme l’informatique et la construction peinent à trouver des candidats. Nous avons interrogé Jacky Chatelain, directeur de l’Apec (Agence pour l’emploi des cadres), sur cette tendance de fond.
Comment se porte le marché de l’emploi des cadres ?
Jacky Chatelain : De nombreux indicateurs sont au vert. Sur les 3,2 millions de cadres français, seuls 125 000 sont en recherche d’emploi, soit un taux de chômage de 3,8 %. C’est deux fois moins que l’ensemble des salariés. Les offres d’emploi ont quant à elles progressé de 35 %. C’est un record quasi historique. Au total en 2008, 220 000 cadres seront embauchés par les entreprises. Même si le contexte économique reste incertain avec la crise financière américaine, cette bonne santé devrait se poursuivre dans les prochains mois. 14 % des entreprises que nous avons interrogées dans notre enquête 2008 comptent augmenter leur effectif de cadres dans les mois qui viennent.
À qui va profiter cette situation, quels sont les profils les plus avantagés ?
J. C. : Tout le monde va avoir droit à sa part du gâteau mais les jeunes diplômés seront les plus avantagés. Les débutants représentent actuellement plus d’un recrutement sur cinq et les jeunes cadres, entre un et cinq ans d’expérience, vont être très demandés. On commence à observer une pénurie de jeunes diplômés sur le marché : il y a dix ans, 150 000 Bac + 4 sortaient des bancs de l’école chaque année. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 120 000. Cette raréfaction de la main-d’œuvre crée une tension sur le marché de l’emploi. Résultat, les jeunes informaticiens, les ingénieurs en recherche et développement et les commerciaux sont très recherchés.
Et les seniors ? Vont-ils eux aussi profiter de ce plein-emploi ?
J. C. : Oui et c’est un peu nouveau. Actuellement, un tiers des cadres en activité a actuellement 50 ans et plus. Après des années où les départs en préretraite ont été encouragés, les entreprises commencent à réaliser leurs erreurs. Aujourd’hui, elles ne cherchent plus à mettre dehors les plus de 50 ans, elles reconnaissent la ressource que les cadres seniors représentent ainsi que leur savoir-faire. Un chiffre illustre cette tendance : en 2003, 40 % des cadres étaient en activité quand ils faisaient valoir leurs droits à la retraite. Aujourd’hui, ils sont 60 %. Dans quelques années, on arrivera à un taux de 80 %.
Malgré ce contexte porteur, les entreprises rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver des candidats. Pourquoi ?
J. C. : En trois ans, le nombre moyen de candidatures pour une offre a baissé de 36 %. Pour la fonction informatique, il a même chuté à 63 %. Les raisons sont avant tout démographiques : la génération du baby-boom arrive à l’âge de la retraite et toutes les entreprises cherchent à rajeunir leurs équipes de cadres. Les secteurs de l’informatique et de la construction sont particulièrement touchés par ce
mouvement de baisse. En 2007, les entreprises du BTP ont par exemple recruté moins que prévu (N.D.L.R. : 14 %), faute de candidats. La donne a changé et aujourd’hui, un jeune ingénieur en informatique a le choix. Il délaisse plus volontiers les offres de recrutement dans les SSII, où les conditions de travail sont moins attractives, et préfère rentrer dans un service intégré d’une grande entreprise.
Comment les entreprises réagissent à cette pénurie de cadres ?
J. C. : Elles se sont adaptées à cette baisse. Elles ont notamment diversifié et élargi les profils recherchés en s’ouvrant davantage aux jeunes diplômés des universités par exemple. Certaines ont même engagé des partenariats avec des facultés. D’autres, notamment dans le BTP, se sont ouvertes aux femmes ou multiplient les opérations de recrutements dans les quartiers ou les banlieues. Toutes ont aussi accéléré le processus de recrutement pour éviter que les cadres sélectionnés ne partent vers la concurrence avant le choix final. Ainsi entre 2005 et 2007, le pourcentage de postes pourvus trois à six mois après la parution de l’offre est passé de 58 % à 65 %. Dans le même temps, le nombre de recrutement toujours en cours a régressé de 6 points. Enfin, les entreprises se sont tournées plus fréquemment vers la promotion interne. En 2007, plus de 50 000 cadres ont ainsi bénéficié d’une promotion. C’est une technique redoutable pour fidéliser les salariés tout en leur permettant d’évoluer dans leur carrière.
Dans ces conditions, les salaires des cadres vont-ils augmenter ?
J. C. : Les tensions du marché dans certains secteurs et certaines fonctions vont forcément faire
augmenter les salaires. La machine est déjà lancée. La moitié des cadres sont augmentés chaque année et en moyenne, les salaires glissent de 3 à 4 % par an. Le salaire moyen d’un cadre est d’environ 40 000 euros bruts par an. Les augmentations porteront avant tout sur la partie variable des rémunérations.










































