Claire Castillon a le don d’appuyer bien fort là où ça peut faire très mal. Derrière son joli minois et ses airs d’ange, elle est, à 32 ans, l’un des auteurs les plus cruels de sa génération. Le Grenier, publié en 2000, annonçait la couleur. Sept livres plus tard, le ton est toujours là, et l’analyse sombre de notre société plaît autant. Pour preuve, mademoiselle Castillon est sélectionnée cette année pour le prix Renaudot.

Mauvais œil

L’histoire est celle d’une femme sans nom qui s’ennuie à mourir avec son homme, qu’elle a baptisé L’âne. Cette femme trouvera néanmoins chez son sujet une source d’inspiration intarissable, une matière malléable à souhait par le biais d’une plume aiguisée. Elle l’explore, le dissèque, le décortique, le scrute, l’analyse. Et se met à écrire sur lui… et sur les autres.

Depuis sa (tendre) enfance à l’âge adulte, la narratrice s’est penchée sur les rapports hommes-femmes, jeunes-vieux, passant au crible les pires travers des uns et des autres. Détruire, saccager, condamner sont les vertus ou les vices de ce personnage hors normes.

Lecture difficile

Une chose est sûre, le roman de Claire Castillon n’est pas vraiment facile à lire. Le lecteur s’y perdra certainement un peu à suivre les destins imbriqués les uns dans les autres de tous ces hommes et ces femmes qui trouvent leur place dans ce récit. Mais le jeu en vaut la chandelle. De conte de fées, de belles histoires, il n’est point ici question. L’impossibilité du couple, la dérive des personnes âgées, la sordidité d’un monde, la difficulté du travail d’écrivain, voilà le décor de Dessous c’est l’enfer.