J’ai eu la naïveté de penser que le prestige que conférait l’attribution de la Palme d’or à un film le dispensait de promotion tapageuse. Il n’en est rien. Ainsi, la Mairie de Paris a récemment annoncé qu’elle souhaitait inviter 10 000 élèves de 4e et de 3e de collèges parisiens situés en ZEP à aller voir gratuitement le film Entre les murs, avec leurs enseignants, pendant le temps scolaire. Je n’emmènerai pas mes élèves voir ce film pour plusieurs raisons.

La première, c’est qu’un homme politique n’a pas à s’immiscer de la sorte dans la conduite pédagogique des enseignants, libres d’emmener leurs élèves voir le film de leur choix, du moins j’ose encore l’espérer... L’autre raison tient au contenu de ce long métrage. Je ne crois pas aux bienfaits de la projection d’Entre les murs devant mes élèves. Tout au long du film, qui ressemble à s’y méprendre à une émission de téléréalité, les jeunes passent leur temps à invectiver le professeur. Et pour cause ! L’enseignant laisse faire… Comment exiger alors des élèves qu’ils soient assidus et concentrés en classe quand ceux d’Entre les murs reçoivent la Palme d’or en récompense de leur mauvaise conduite ? Beaucoup de faiseurs d’opinion ont crié au génie avant même d’avoir vu la Palme. Entre les murs est révélateur de l’hypocrisie politique et médiatique autour de la banlieue en général. Ceux-là mêmes qui applaudissent la Palme d’or ont-ils déjà mis un pied dans un quartier difficile et savent-ils à quel point la langue peut se révéler discriminante pour certains jeunes ?

Boycotter ce film, c’est refuser les clichés, les compromis et la mainmise des puissants sur la destinée des plus faibles. C’est également dénoncer la récupération financière de la Palme d’or qui sert les intérêts d’une minorité au détriment du plus grand nombre.