Avant même sa sortie nationale, la Palme d'or du dernier festival de Cannes a suscité d'innombrables commentaires et réanimé un débat récurrent sur l'enseignement. D'un côté, les tenants d'une école sanctuaire dénoncent la faillite de l'éducation. Ils fustigent les méthodes
pédagogiques qui mettent en avant l'épanouissement de l¹enfant et valorisent le dialogue des élèves avec le maître. Des associations comme SOS éducation veulent notamment "restaurer le prestige des professeurs" et "la discipline".

Travail et mérite
Ce courant bénéficie du soutien de personnalités comme l¹ex-ministre de l'Education Luc Ferry qui dénonçait dans son ouvrage La pensée 68 (éd.Gallimard) "l'innovation au détriment de la tradition, l'authenticité aux dépens du mérite et le divertissement contre le travail". Alain Finkielkraut a de son côté comparé l'école à "un paysage dévasté" et invoqué un retour "aux analyses grammaticales". Le philosophe s'est d'ailleurs fendu d'une tribune dans le Monde intitulée "Palme d'or pour une syntaxe défunte" tout en reconnaissant n'avoir pas vu le film. Héraut des "traditionalistes", Jeau-Paul Brighelli, auteur de La fabrique du crétin et de Fin de récré : pour une refondation de l'école, écrivait dans ce dernier "il faut être Bégaudeau pour s'extasier devant le bredouillage de ses élèves ; mais
comment peut-on être Bégaudeau ?". En face, les fameux pédagogues défendent une école ouverte et démocratique et insistent sur la créativité et la responsabilisation des élèves. A l'instar de rançois Bégaudeau, ils prônent une approche réaliste de l'enseignement : "Quand je fais un cours magistral,
j'ai dix élèves qui suivent, dix qui ne comprennent pas et dix qui dorment. La pédagogie a été inventée pour ces deux dernières tranches", a expliqué l¹ex-prof de français dans Philosophie magazine à l'occasion de la sortie de son livre en 2006. Mais tout n¹est pas si simple : le plus prolixe des pédagogues, Philippe Meirieu, a estimé que le "film montre exactement ce qu'il ne faut pas faire en matière de pédagogie" (in AEF). L'auteur de Pédagogie, le devoir de résister (éd ESF) s'inquiète de "la perception de ce film par l'opinion publique" et d'une éventuelle récupération par les antipédagogues. Sujet sensible s'il en faut, on comprend aisément que Laurent Cantet attende avec impatience que les uns et les autres aillent d'abord voir le film.