La forêt de Rambouillet parfume d’automne. “Sentez-vous cette odeur de musc ?” interroge Philippe Belchi, notre guide forestier. On respire l’air frais du crépuscule... la terre humide... les feuilles tombées... oui, le musc :   “C’est l’odeur du cerf en rut”, poursuit Philippe. Pendant un mois par an, c’est lui le roi des bois. Tous les soirs, à la tombée de la nuit, l’obscurité vibre de son cri amoureux : le brame.

Vers 19 heures, on entend  au loin, comme un rugissement profond issu des entrailles de la forêt. “L’observation des animaux à l’état sauvage, ça se mérite, nous rappelle Philippe, il faut être calme, persévérant, observateur pour les apercevoir.” Avec les jumelles, chacun scrute entre les chênes. Des sangliers et leur suite de marcassins profitent des derniers rayons de soleil, en compagnie de quelques daims.


On écoute, on suit le brame, mais difficile de rester silencieux tellement les histoires  de Philippe tiennent l’assistance en haleine. “Le mâle dominant rassemble la harde de femelles, il doit en couvrir un maximum pour assurer sa descendance”, explique-t-il. Autour de ce noyau, les autres mâles le guettent, s’approchent, le défient et l’affrontent en combat lorsqu’ils sentent son pouvoir s’affaiblir. Les plus forts assureront ainsi la reproduction de l’espèce.


Malgré notre avancée indiscrète, voilà un cerf qui apparaît en pleine clairière. Fier, il lève la tête et brame. C’est impressionnant pour celui qui l’entend, comme moi, pour la première fois. Son cri résonne comme un grognement, presque un rire d’outre-tombe, qui alterne avec un cri rauque et puissant. Ses bois rappellent les légendes de forêts enchantées, renvoyant aux dessins animés d’Hayao Miyazaki. Ces mêmes bois tomberont vers février pour ensuite repousser et atteindre leur plein développement avant la période du rut suivante, entre fin août et début octobre.


Philippe nous emmène enfin observer la harde de femelles, qui entourent le roi de ce soir-là, cachées dans les bois. L’avantage, à Ram­bouillet, est que l’ONF a créé un espace clos, où les animaux, qui vivent à l’état sauvage, sont plus fa­ciles à observer. A l’Espace Rambouillet, l’écoute du brame se termine par un chaleureux pot-au-feu. La magie de la forêt, nous la ramenons avec nous à côté de la cheminée.