Qui sont vraiment les Roms ? Quelles entités recouvrent ce nom ?
Le Conseil de l'Europe utilise les termes « Roms » et « Gens du voyage » qui sont définis comme suit : « L’expression « Roms et Gens du voyage » désigne les Roms, les Sintés, les Kalés, les Gens du voyage et les groupes de population apparentés et vise à englober la grande diversité des groupes concernés, y compris les personnes qui s’auto-identifient comme « Tsiganes». On estime que la population rom compte 10 à 12 millions de personnes à travers l’Europe. Dans certains Etats membres, le pourcentage de la population rom avoisine même les 10%. C’est la minorité la plus importante d’Europe.
Quelle est leur histoire ?
Les Roms - « hommes », « maris » ou « artistes » selon les variantes du romani - sont – avec les Sintés et les Kalés - une des trois grandes branches des Roms (terme générique), population originaire du nord de l’Inde. Les premières traces écrites de leur arrivée en Europe remontent au XIVe siècle. On trouve les Roms essentiellement dans les Balkans et en Europe centrale et orientale. Ils parlent pour la plupart le romani (romani chib). Ils se divisent en sous-groupes (« endaïa »): les Kelderash, les Lovari, les Gurbeti, les Tchurari, les Ursari, etc. Il existe en outre dans les Balkans des groupes roms qui ne parlent pas le romani. C’est le cas des Boyash (Beash, Bayash, Banyash, Baiesi ou Rudari, selon les pays) dont le parler dérive du moéso-roumain, ou encore des Ashkali qui parlent albanais. D’autres groupes, comparables sur certains points aux Roms, tels les Egyptiens (appelés ainsi car supposés venir d’Egypte et eux aussi albanophones), tiennent à afficher leur différence ethnique.
D'où vient la stigmatisation dont ils sont victimes ?
Il y une longue histoire de discriminations et oppressions des Roms par les populations des pays européens. Aujourd’hui encore, ils sont encore dans bien des cas victimes de l’intolérance, de discrimination et de rejet basés sur des préjugés profondément ancrés. On constate même une recrudescence des actes violents et attaques physiques contre eux. Plusieurs pays ne reconnaissent toujours pas, par ailleurs, l'oppression dont cette minorité a été victime par le passé et n'ont présenté officiellement aucune excuse. On peut, néanmoins, citer un bon exemple de comportement inverse, celui de la Roumanie qui a créé en 2003, une commission sur l'holocauste. Cette commission a publié un important rapport sur la répression et les massacres en Roumanie pendant la période fasciste.
A quelles discriminations sont-ils soumis ?
Les domaines les plus importants sont certainement le logement, l'éducation et la santé. Tout au long de l’histoire, les représentations se sont traduites par des manifestations de discrimination et d’exclusion. Le summum atroce de la persécution a été atteint avec l’extermination d’environ un demi-million d’entre eux pendant l’Holocauste. Cette histoire a entraîné une perte de confiance dans les autorités publiques et dans l’ensemble de la société, et a poussé de nombreuses communautés roms à s’isoler du reste de la société pour se protéger. Les problèmes auxquels ils sont confrontés en Europe centrale et orientale en matière de droits de l'homme ont fortement attiré l’attention ces dernières années – en partie à cause du processus d’adhésion à l’Union européenne d’un certain nombre de ces pays – alors que leur situation en Europe occidentale passait plus inaperçue. Toutefois, même dans ces pays, de nombreux Roms continuent de souffrir des conséquences des préjugés et de la discrimination au quotidien. Il incombe donc à l’Europe dans son ensemble, à chacun de ses pays et à toutes ses régions, de veiller à ce que les valeurs fondamentales de la démocratie, de l’égalité et du respect des droits de l'homme deviennent une réalité pour les Roms.
Quant est-il en France ?
En France les gens du voyage représentent environ 300 000 personnes. Cette communauté a conservé une culture et un mode de vie traditionnels, caractérisés par l’itinérance. En raison de ces particularités, les Gens du voyage sont généralement considérés par le reste de la population comme un groupe à part dans la société. Même si les autorités et le droit français reconnaissent les besoins spécifiques des Gens du voyage, ils ont également tendance à les soumettre à un droit dérogatoire. Dans son rapport de 2006, le Commissaire Mr Gil-Robles avait recommandé aux autorités françaises de lutter contre les discriminations à leur encontre et à mettre fin au régime juridique particulier qui leur est applicable.
A côté de la communauté des Gens du voyage, une communauté Rom principalement originaire de Roumaine, Bulgarie, Hongrie et des Balkans s’est récemment installée en France. Leur situation est diverse. Ces personnes peuvent posséder ou non un titre de séjour, être demandeurs d’asile ou encore « sans-papiers ». Ces populations, estimées à une dizaine de milliers, vivent en France dans une situation d’extrême précarité. Les camps de Roms sont souvent comparables à des bidonvilles.
Quels étaient les enjeux de ce sommet européen ?
Ils sont principalement axés sur la promotion d’un engagement ferme en faveur de la lutte contre les difficultés concrètes et d'une meilleure compréhension de la problématique de l'intégration des Roms. Le but étant d'identifier les «politiques qui ont fait leurs preuves» afin de favoriser l’inclusion et de mettre l'accent sur la situation critique dans laquelle se trouvent les communautés Roms d'Europe. La Commission européenne, les organisations de défense des droits des Roms et les États membres œuvrent ensemble à la recherche de solutions intégrées. Cette approche devrait déboucher sur une amélioration durable de la situation des Roms dans tous les domaines.
Une politique globale en faveur des Roms peut-elle vraiment aboutir au niveau Européen?
Une politique globale au niveau européen est possible à condition qu'il y ait une coordination efficace et effective entre tous les acteurs institutionnels. Néanmoins le grand défi se trouve au niveau national. Le Comité des Ministres du Conseil a recommandé aux gouvernements des Etats membres, d’adopter une stratégie nationale afin de mettre en œuvre des politiques propres à combattre la discrimination juridique et/ou sociale et à mettre en œuvre le principe de l’égalité.
La présidence française s’est-elle engagée sur cette politique ?
Lors du sommet, Christine Boutin a déclaré l'intention de la présidence française de promouvoir une action coordonnée au plan européen, conjuguée avec une politique volontariste de chaque Etat membre, adaptée à sa spécificité nationale. Un sommet de l'égalité est ainsi prévu les 29 et 30 septembre à Paris.
Quel est votre position face aux mesures prises en Italie ?
J'ai fait part de mon inquiétude au sujet du “paquet législatif de sécurité”, qui donne toutes les apparences de viser les immigrés roms, et de la proclamation de l'état d'urgence dans trois régions d'Italie. Les Roms et les Sinti ont un urgent besoin d'une protection effective de leurs droits de l’homme, et en particulier de leurs droits sociaux tels que ceux à un logement décent et à l'éducation. Le recours à l'état d'urgence et les pouvoirs étendus conférés aux "commissaires spéciaux" et à la police ne sont pas la bonne approche pour répondre aux besoins des populations roms et sinti.
J'ai aussi critiqué la décision de qualifier en infraction pénale l’entrée et le séjour clandestins des immigrés. C'est un inquiétant éloignement des principes de droit international. Ces mesures risquent d’ajouter encore à la stigmatisation et à la marginalisation sociale des immigrés, y compris des Roms.









































