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04-09-2008 14:07

"Mes romans ne sont pas des réponses mais des questions"

Mister thriller, l’auteur de "Miserere" et des "Rivières pourpres", Jean-Christophe Grangé a répondu en direct aux questions des metronautes.

Jean-Christophe Grangé

Jean-Christophe Grangé

Photo : Christophe Josset/METRO

Bonjour !


Dr Doogie : J'ai lu tous vos livres que je dévore à chaque fois ! J'ai cru comprendre que celui qui sort ces jours-ci avait trait à la musique classique. C'est une de vos passions ?
Oui. J'écoute de la musique non-stop quand j'écris.


Katie : Quel est le "pitch" de Miserere?
Deux flics, un vieil arménien, et un jeune drogué mènent l'enquête sur une série de meurtres liés à un chant religieux, le Miserere. Très vite, ils comprennent que les assassins sont des enfants : de jeunes choristes.


Inès : Qu'est ce qui vous touche dans le Miserere d'Allegri ?
J'écoute toujours le Miserere dans une version chantée par des enfants. C'est pour moi le symbole de la pureté : la voix des anges. Bien sûr, dans mon livre, j'explore le côté maléfique de cette pureté. Il s'agit ici de la pureté du mal.


Conan: pourquoi montrer des enfants assassins?
Le thème des enfants-assassins m'a posé un problème. J'ai moi-même des enfants et je ne veux pas toucher à l'enfance. Pourtant, le thème de mon livre m'est venu comme une évidence : des anges venus châtier des pécheurs sur terre... Pour imaginer ces enfants, j'ai plutôt pensé à des créatures surnaturelles, comme on en voit dans les films d'épouvante que je consomme sans modération.

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Plume : Tous vos romans tournent autour de ce qu'on peut faire subir au corps, pourquoi cela vous intrigue t'il?
Je pense que le corps (des victimes) est comme un territoire où se dessine la géographie de la folie du tueur. C'est pour ça qu'il y a toujours des scènes d'autopsie dans mes livres. C'est le moment où on explore cette géographie. Une sorte d'antichambre de la folie avant de rencontrer le tueur réellement.

Tous mes romans sont fondés sur d'anciens reportages et plus généralement, sur mes souvenirs de cette vie-là. C'est plus qu'un matériau de base, c'est une philosophie.


Albin : C'est la première fois que vous "immergez votre intrigue" dans l'histoire contemporaine, ici le Chili de Pinochet, pourquoi cette histoire là?
Parce que je pense qu'il ne faut pas oublier les monstruosités de l'histoire. Je choisis aussi ces épisodes de l'histoire comme un couturier choisit une étoffe. Je taille ensuite dedans mon histoire. Mais le fond est toujours le même : pourquoi l'homme est-il si cruel ?


Patchouli : Miserere est-il la conclusion de votre trilogie sur les origines du Mal?
Pas du tout. Ce roman était une parenthèse dans ma trilogie. D'ailleurs, entretemps, j'ai décidé d'arrêter cette histoire de trilogie. D'abord parce que tout le monde en fait. Ensuite, parce que tous mes livres parlent du mal. Donc, pas plus une trilogie qu'une tétralogie ou je ne sais quoi.


Anatole : Vous liez semble t'il dans votre dernier roman la musique et la torture... Accords troubles dans l'histoire. Comment analysez-vous cet invraisemblable accord?
Pour moi, il n'y a pas plus éloigné que la beauté de la musique et l'horreur du mal. Pourtant, les Nazis les ont associés systématiquement. Puis d'autres tortionnaires dans leur sillage. Je ne peux comprendre cette atroce fusion. C'est pourquoi j'écris sur ce thème. Mes romans ne sont
pas des réponses mais des questions.


Manu : Est-il prévu, après les Rivières Pourpres (I et II), l'Empire des Loups, le Concile de pierre, de nouvelles adaptations ciné ? Et que pensez-vous de celles qui ont été portées à l'écran" ?
Tous mes autres livres sont en cours d'adaptation et j'ai déjà des propositions pour Miserere. Il m'est difficile de donner un avis objectif sur les films tirés de mes livres. D'abord, j'ai participé à leur adaptation. Ensuite, le cinéma est un tel chaos qu'à l'arrivée, vous êtes déjà bien content qu'il y ait quelque chose sur l'écran. Il ne vous est pratiquement plus possible de juger du résultat. Pourtant, je retiens toujours quelques points positifs précis dans chaque film : l'atmosphère de la montagne dans les Rivières pourpres par exemple.


Gogonaldo : D'où vous est venu le principe de la double intrigue régulièrement utilisé dans vos ouvrages ?
Je conçois mes suspenses comme des "machines à étonner". Il faut toujours étonner son lecteur pour le tenir en haleine. Le principe de la double intrigue ajoute un cran à ce principe : vous lisez deux histoires étonnantes, qui abritent un mystère supplémentaire. En quoi sont-elles liées ?


Fraisia : Aimez-vous les films d'horreur? Sont-ils source d'information?

J'adore les films d'horreur depuis mon enfance. Je n'en rate aucun et j'en regarde aujourd'hui avec mes enfants. Contrairement à ce qu'on en pense souvent (séries Z, films pour ados, etc.), je crois que ces films parlent de la chose la plus importante au monde (avec l'amour) : la mort. D'ailleurs, il est évident que les adolescents découvrent au même moment la mort et le sexe. Ces films sont toujours une vraie réponse à ce questionnement.


Franck : Votre carrière de reporter vous sert elle pour vos romans? Quels reportages vous ont les plus marqués?
Tous mes romans sont fondés sur d'anciens reportages et plus généralement, sur mes souvenirs de cette vie-là. C'est plus qu'un matériau de base, c'est une philosophie. Une volonté de parler des choses réelles et de puiser dans le monde des sujets d'étonnement. De tous mes reportages, celui qui m'a le plus marqué est le premier (parce que cela a été un vrai choc) : une série de reportages sur les derniers nomades dans le monde. Avant cela, j'étais un intellectuel sédentaire. Du jour au lendemain, je suis devenu un aventurier. Jamais je n'oublierai la vie que j'ai menée auprès de ces peuples totalement sauvages.


Pat : On vous appelle le "Stephen King français". Cela vous flatte t'il?

Bien sûr que cela me flatte ! Mais franchement, bien que cela soit la phrase qu'on me sorte le plus souvent, je ne vois pas de réels liens entre nos livres. King est plutôt dans le fantastique et moi dans le polar. Pourtant, je pense que le journaliste qui a écrit cette comparaison voulait dire que le système de suspense était le même : on a envie de tourner les pages ! Et cela, c'est un vrai compliment.


Nico : Comment travaillez vous vos romans? Plongez-vous dans des romans historiques? Quelles sont vos sources?
En gros, je travaille en trois temps. D'abord, j'ai mon histoire, fondée sur mes souvenirs de reportage et ma documentation de cette époque. Ensuite, j'écris mon livre, en prenant garde à ne pas me noyer dans la doc et parfois même en laissant des "blancs". Ensuite, je retourne à la doc (ou bien je fais des repérages dans les pays) pour combler les vides. Mais encore une fois, il faut se méfier de la documentation ! C'est un coup à ne jamais commencer son livre !


Quity : Quelles sont vos influences littéraires?
Quand j'ai commencé les reportages, dans les années 90, j'ai pris l'avion et découvert les polars. J'ai compris que c'était cela que je voulais faire, absolument. J'ai tout lu : les anciens et les modernes, les européens et les américains. Mes influences sont multiples. Mes auteurs préférés sont James Ellroy, Martin Cruz-Smith ou Sébastien Japrisot. Ce que je veux dire, c'est qu'ils sont très bons. Mais je ne travaille pas du tout dans leur direction.


Anniel : Qu'est ce que cela vous fait de faire partie de la grande messe de la rentrée littéraire... vous qui aviez pour habitude de sortir vos romans en mars?
J'ai beaucoup flippé. J'avais peur d'être étouffé, surtout côté médias, par les auteurs dits "littéraires". Finalement, j'ai eu la bonne surprise de voir que j'avais ma place spécifique, aux côté des autres. Autant sur le plan médiatique que dans les librairies. Nous cohabitons en paix!


Paulus : Ne pas écrire un thriller mais un autre style littéraire, inimaginable pour vous ?

J'aimerais beaucoup mais il faut tenir compte des idées : je dois avouer que je n'ai que des idées d'intrigues très noires. C'est la peur qui m'intéresse... Plus généralement, je crois qu'on écrit toujours sur ce qui vous pose problème. Moi, c'est la violence. Jamais je ne pourrais digérer la cruauté de l'homme.


Kevin : Il y avait un édito ce matin dans Metro qui disait qu'il y en avait marre de voir tous ces auteurs raconter leur vie sexuelle dans leurs livres. Vous, vous pourriez (raconter votre vie sexuelle)?!
Non, pas du tout. J'ai un problème avec l'écriture intime. Je trouve ça très impudique, très dérangeant. Jamais je ne pourrais prendre la plume pour parler de moi. Dans un autre genre d'idées, jamais je ne pourrais critiquer un autre auteur par écrit. Pour moi, l'écrit cristallise la parole.

Punky Brewster : L'année dernière, vous aviez été pastiché par Pascal Fioretto dans son livre "Et si c'était niais ?". Comment l'avez-vous pris ? Comme un hommage ou une gifle ?
D'abord, cela m'a fait beaucoup rire (surtout mon chapitre). J'ai trouvé que c'était hyper bien vu. Plus profondément, cela m'a fait une petite leçon. J'ai vu mes défauts, mes tics grossis et j'ai eu instantanément envie de les améliorer. Au moins, dans mon cas, je peux faire quelque chose !


Ali : A votre avis pourquoi les auteurs de thriller ne sont jamais récompensés par grands prix littéraires? C’est assez injuste non?
C'est totalement injuste. Et incompréhensible. D'un autre côté, les prix sont censés aider des auteurs plus difficiles, moins connus. Il est clair que je n'ai pas besoin d'aide.


Kat : Que pensez-vous des critiques parus sur votre dernier roman?
Mon livre vient de sortir. Je n'ai donc pas lu encore beaucoup de critiques. Mais je sens qu'en général, mon livre est apprécié. Et cela me fait très plaisir car j'essaie, à chaque fois, de faire de mon mieux. C'est aussi simple que cela !


Corkie : Est-ce que vous aimeriez recevoir un prix genre Goncourt, Femina, Medicis...?
Oui et non. Oui, parce que cela fait toujours plaisir. Non, parce que je suis assez prétentieux et je n'ai besoin de personne pour me donner des bons points.


Tonio : Vous avez l'air sympa, c'est vrai ou c'est juste une impression?
Ce n'est pas à moi de le dire. Mais ce que je peux préciser, c'est qu'à chaque fois, les journalistes sont surpris par mon attitude. Ils s'attendent toujours à rencontrer Dracula alors que je suis un homme souriant et cool. Le genre "bon père de famille". Rien à voir avec mes tueurs !


Au revoir, les métronautes ! J'ai été très heureux de communiquer avec vous. J'espère surtout que vous allez être accro à Miserere !

Jean-Christophe Grangé, Miserere, Albin Michel, 524p ; 22,90€
 

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