Bonjour, bienvenue à tous

Quity : Bonjour. Depuis quand écrivez-vous?
J'écris depuis une trentaine d'années


Sly : Quelle est la genèse des « Accommodements raisonnables »?
Les accommodements raisonnables sont un mode de gouvernance canadien que l'on met en œuvre lorsqu’il y a un conflit entre la loi et des individus. Ce principe de médiation a pour but de permettre d'assouplir les liens sociaux et de faire vivre ensemble des communautés. Dans le livre, les accommodements raisonnables sont toutes les concessions que l'on peut faire pour continuer à vivre ensemble.


Prune : Quelles est la part autobiographique d' « Une vie Française » et de votre dernier opus?
Je pense que tous les livres ont une origine autobiographique dans la mesure où la vie alimente toujours la construction et la genèse d'une histoire. En définir la part est un exercice extrêmement difficile. Il faudrait faire appel à des sciences humaines et une méthodologie complexe pour faire la part entre ce que l'on raconte et ce que l'on croit avoir vécu.


Mumu : Quels accommodements peut-on nouer dans un couple sans se renier soi-même? Le couple impose t-il toujours une part de renoncement à soi-même?
Il me semble que les vies familiales et l'essence même des familles sont fondées sur toutes les formes d'accommodements raisonnables que l'on puisse imaginer. Le principe de coexistence et de partage n'est jamais que le fruit de négociations plus ou moins intimes et plus ou moins avouées.


Jeanne : Vous semblez bien comprendre les femmes... Êtes-vous proche d'elles? Êtes-vous marié?
Je l'ai été. J'ai parfois été proche, parfois éloigné. Et peut-être que la compréhension passe par ces exercices de rapprochement et d'éloignement successifs.
Sandro : Dépression, mal être, bling bling... Votre livre dresse en filigrane un regard critique sur notre époque. Comment la qualifiez-vous? Quels sont ses traits les plus marquants?
Le livre se déroule pendant les douze mois qui ont précédé et succédé à l'élection présidentielle en France. Cette période constitue le décor de l'histoire mais révèle aussi l'absence de "surmoi" qui caractérise l'époque. Durant la campagne électorale, beaucoup de choses invraisemblables se sont dites et faites et l'on retrouve dans le livre, au niveau d'une famille, cette sensation d'éclatement et de manque de retenue.


Cat : Les rapports hommes femmes sont toujours au cœur de vos œuvres, pourquoi?
Les rapports entre les hommes et les femmes sont au cœur de chaque chose et c'est encore le meilleur cadre de lecture pour comprendre la mécanique des sentiments.

La rentrée littéraire, c'est le moment où tout le monde se demande si 600 livres publiés en septembre, ce n'est pas trop.


Emile : Merci pour vos romans, votre style, vos histoires... bien loin du narcissisme littéraire contemporain. Toujours critique vis à vis des politiques... Le dernier n'est pas tendre vis à vis des candidats à l'élection présidentielle. Les élections américaines vous passionnent elles plus? Obama a t'il vos faveurs?
Quand je vois Obama s'opposer à l'abolition de la peine de mort, prier Dieu en public et demander à ses filles de prendre soin de leur mère devant 70.000 personnes, je suis sceptique sur le formidable espoir que beaucoup d'Américains mettent en lui. Quand d'un autre côté Sarah Palin se présente comme une sorte d'intégriste de la religion, spécialiste du fusil à lunette, du créationnisme, des familles nombreuses et militantes anti-avortement, je me dis qu'il vaut mieux ne pas s'appeler Darwin en ce moment aux Etats-Unis !


Reinette : Je ne comprends pas bien la correspondance dans votre livre entre Anna et Selma... Cette ressemblance m'interroge mais j'ai du mal à lui donner un sens... Pouvez-vous m'éclairer?
Dans le livre, à travers Selma, qui est le sosie en plus jeune de sa compagne, le narrateur est confronté à la tentation de croire qu'il est possible de retourner dans le passé, de retrouver quelque chose qui n'est plus, de recommencer ce que l'on n'a jamais eu le temps d'achever. L'illusion peut fonctionner jusqu'au moment où le narrateur de plus de 50 ans se voit dans la glace au côté de cette nouvelle compagne qui lui rappelle qu'une époque est irrémédiablement terminée.


Franck : Connaissez-vous empiriquement les studios hollywoodiens? Si oui comment sont les coulisses?
J'ai longtemps habité dans la fameuse maison si proche de l'usine à griller les poulets qui est toujours à l'angle de Melrose et Mansfield et également très proche de l'usine à fabriquer du divertissement qu'est la Paramount. Les coulisses ressemblent à celles des multinationales, avec ses ouvriers, ses contremaîtres, ses cadres et ses directeurs. Au lieu de fabriquer ici des écrans plats, on élabore, avec le même soin industriel, les images qui les empliront.


Donovan : Vous ne pensez pas que votre vision de l'Amérique est un peu caricaturale ?
J'ai travaillé pendant quinze ans dans ce pays. J'ai essayé d'y vivre. J'ai regardé ce qui se passait autour de moi, comment vivaient les gens et il m'a toujours semblé que la caricature que l'on faisait de ce pays était toujours très en dessous de la réalité qui le caractérisait. Il faudrait beaucoup de place et de temps pour expliquer ce que l'on peut ressentir face au fonctionnement du système judiciaire ou de santé américain. Il faudrait aussi prendre le temps de regarder la manière dont ce pays traite ses propres ressortissants lorsqu'ils sont vieux et non productifs.


Tatie : D'où vient votre intérêt pour les Etats-Unis?
Comme cela peut apparaître dans le livre, les Etats-Unis me sont toujours apparus comme un pays dépourvu de surmoi. Je veux dire par là que cette société ose dire et faire un certain nombre de choses qui constituent encore pour nous des tabous. Et un certain nombre de tabous sont parfois nécessaires pour préserver le bon fonctionnement et le respect des mécanismes sociaux élémentaires. L'Amérique est donc pour moi un étrange laboratoire qui, sans caricature aucune, est l'incarnation parfaite du libéralisme où tout peut se faire puisque quelque part, à l'image d'un Dieu omnipotent, le "marché" se chargera de réguler et d'éliminer.


Vince : Paul Stern est il votre double littéraire?
J'ai fait une vingtaine de livres et pour autant qu'il m'en souvienne, tous les narrateurs se prénomment Paul, qui est la moitié de mon prénom. On peut donc arithmétiquement considérer qu'ils sont une part de moi-même et qu'en tout cas, pendant que j'écris, je leur prête ma voix.


Franck : Vous sentez vous comme beaucoup d'homme, happé par la crise de la cinquantaine ou démon de minuit à l'image du père de votre narrateur dans votre dernier roman?
Sincèrement non. Je me sens happé par quelque chose de bien plus effrayant, de bien angoissant, de bien plus réel qui sont les prémices de la vieillesse.


Carole : Pouvez-vous enfin nous révéler avec quel acteur noir Selma a t'elle une liaison (fictive naturellement)?
Malheureusement non mais je peux simplement vous dire qu'il avait, à l'époque, une jeep Cherokee de couleur blanche.


Nadia : Quels sont parmi vos contemporains vos auteurs préférés?
Je crois avoir lu les 32 livres de John Updike, tous ceux de Philip Roth. Il y a aussi des gens comme Jim Harrison, Richard Ford, tous membres d'une famille disparate qui raconte la difficulté d'exercer le métier d'homme, de père, de mari et de type qui se lève le matin pour essayer de gagner sa vie. Tous à leur façon écrivent l'histoire de ces êtres que Sartre définissait ainsi : "un homme fait de tous les hommes, qui les vaut tous et que vaut n'importe qui."


Mat : Plus de 600 livres publiés chaque rentrée littéraire... N'est ce pas trop? Que signifie la rentrée littéraire pour vous?
La rentrée littéraire, c'est le moment où tout le monde se demande si 600 livres publiés en septembre, ce n'est pas trop.


An : Etes vous satisfait de l'accueil critique réservé aux « Accommodements raisonnables »?
Je le trouve très bienveillant.


Elie : Rêvez-vous du prix Goncourt le matin en vous rasant? Et êtes vous déjà attelé à la rédaction d'un nouveau roman?
Je me rase un jour sur trois. Et tous les matins, je me lève, ce qui n'est déjà pas si mal et je pense que demain, il va falloir que je m'attèle à la rédaction d'un nouveau roman.

Merci de votre patience. J'ai essayé de pratiquer au mieux un exercice que je ne maîtrise pas. Bonne chance !

Jean-Paul Dubois, Les accommodements raisonnables, L'Olivier, 260p; 21€