Alice Ferney
Paradis Conjugal
Albin Michel
352p ; 20€
« Pourquoi perd-on l’amour de sa vie ? Pourquoi le doute l’a-t-il si souvent habité ? Quels regrets, quels remords en conçoivent les amants ? Où mène le lien amoureux ?
Dans une famille dont le mari s’est absenté, une femme et ses enfants, attendant son retour incertain, regardent un film, "Chaînes conjugales", qui met en scène ces énigmes. La vie et la fiction se répondent. Dans un face à face avec les personnages du film, ceux du roman partagent aventures et mésaventures sentimentales. »
Littérature et cinéma ont souvent fait bon ménage. C’est le cas ici. Alice Ferney avec son habituelle légèreté mène un ballet sensible et sincère. Tout en grâce, divertissant et profond. L’homme rentrera t’il ? Lui qui perfide prononça las ces mots terribles : « Demain soir et les soirs suivants, prépare-toi à dormir seule. Je ne rentrerai pas. Je ne rentrerai pas dans une maison où ma femme est installée devant la télévision, voit le même film depuis trois mois, ne se lève pas pour me préparer à dîner, et se couche sans me regarder ! » Regard d’amour sur une œuvre singulière ou regard singulier sur l’œuvre amoureuse… Superbe lecture en prime du chef d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz, « Chaînes conjugales ». Filez le regarder une fois le livre refermé.
Tristan Garcia
La meilleure part des hommes
Gallimard
306p ; 18, 50€
« Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d'émancipation de l'homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L'un et l'autre s'aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d'une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d'une période décisive dans l'histoire de la sexualité et de la politique en Occident.
Sans doute une des plus belles surprises de cette rentrée. La Meilleure part des hommes, est l’œuvre d’un jeune toulousain de 27 ans. Tristan Garcia brosse là le portrait du Paris des années sida, de la gauche au pouvoir, des joutes militantes et des intellectuels médiatiques. Une société du spectacle avide de reconnaissance, radicale dans ses retranchements tant elle se refuse à dé-jouir. « C’est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et – en négatif – de la meilleure. » Fièvre, maîtrise, verve et talent habitent ce premier roman aux accents philosophiques. L’histoire de la fidélité et de la promesse à charge et décharge.
Karine Tuil
La domination
Grasset
230 p ; 16, 50€
« Ecrire sur son père : tel est le contrat signé par la narratrice avec un grand éditeur. Mais comment aborder ce personnage aux masques toujours différents, aux zones d’ombre opaques ? Comment présenter cet homme-caméléon, Juif d’origine, mais qui s’engagea auprès de la cause palestinienne, époux et père en apparence convenable mais qui entretint sous le toit familial une relation adultère, chirurgien renommé mais qui, contre toute attente, mit fin à ses jours ? »
Répulsion, domination, fascination… Jeux de pouvoirs et de dupes, quête des origines et quête d’identité. La fille transformée en fils imaginaire trouvera t’elle les maux du père, sera-t-elle lire, accepte, comprendre, ou au moins entendre celui dont elle cherche à camper la stature ? Une lecture trouble, forte, serrée dans laquelle on se sent dominé, enferré dans les chimères d’une auteur qui réussit là un beau tour de passe passe littéraire.
Bêtes sans patrie
Uzodinma Iweala
L’Olivier
175 p ; 18€
« Je ne suis pas un méchant garçon. Ah non. Moi je ne suis qu’un soldat, et un soldat c’est pas méchant quand il tue. Je me dis tout ça dans moi-même à cause qu’un soldat doit tuer, tuer encore et encore sans pauser. Si moi je tue c’est que je fais ce que je dois faire. Alors je me chante à moi-même un petit chant à cause qu’y a dans ma tête trop de petites voix qui disent que moi je ne suis qu’un méchant garçon. Ces voix elles arrivent vers moi, elles résonnent dans mes oreilles on dirait c’est des moustiques, et chaque fois que moi je les entend elles piquent mon cœur, elles retournent mon estomac. »
Une des plus belles surprises de cette rentrée littéraire… étrangère. Roman inqualifiable, inénarrable. Uzodinma Iweala, auteur américain d’origine nigérienne, né en 1982, signe là un premier roman hors norme. Roman oral au-delà même de l’écrit. « C’est l’une des rares fois où, en lisant un premier roman, vous vous dîtes que l’auteur comptera dans les années à venir», s’est exclamé Salman Rushdie. Bêtes sans patrie narre les affres, la monstruosité, la bestialité et la déchirure des guerres civiles, par le biais d’Agu, un enfant-soldat, une voix-plume hors du commun. Ses mots ne lâchent plus, résonnent, interrogent la bête qui sommeille en chacun de nous. Celle qui rôde, en puissance. Malgré l’horreur et la tragédie, la force du récit réside dans une affirmation originaire à la vie, celle qui fait dire à Agu : « Je lui dis, ça ira. Oui, je suis tout ça. Je suis vraiment tout ça, mais j’avais aussi une maman, et elle m’aimait. »
Jean-Louis Fournier
Où on va papa ?
Stock
154p ; 15€
« Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l’ai jamais fait. Ce n’était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu’à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures… »
Douloureux aveux. Et pour cause. Mathieu et Thomas sont nés handicapés. Double peine, handicap moteur et mental. On entre de plein fouet dans cette lettre, qu’un père envoi à ses enfants où à lui-même qu’importe. Douloureuse lecture. On a honte de rire. Et puis on se souvient. Jean-Louis Fournier…Un écrivain certes, mais aussi le confrère et ami de Desproges. Cynique et tendre. Frontal et canaille. Dur à recevoir tant la blessure est à vif, l’auteur à bout de souffle. Reste l’amour et l’humour, toujours, la politesse du désespoir.






































