Effervescence littéraire répétée comme chaque année au moment de la rentrée. Après les chiffres – mercato des auteurs et plus gros tirages de la rentrée – les rédactions, maison d’édition et librairies bruissent de paris. Qui pour le Concourt, le Femina, le Médicis ? Quelle maison a déniché la perle, la pépite, l’œuvre, le chef d’œuvre ? Quelle nouvelle idole pour les lettres françaises ? Et enfin quels ragots colportés de Saint-Germain-des-Près ? Petit panel non exclusif des nouveautés de cette rentrée, suite...
Lettres attendues…
Certes Amélie Nothomb, Alice Ferney, Christine Angot etc. comptent elles aussi leurs fidèles. Mais dans un registre plus masculin, notons la sortie très attendue du dernier Jean-Paul Dubois, lauréat du prix Femina pour Une vie française (2004). Les Accommodements raisonnables (L’Olivier) ne décevra ni les inconditionnels du genre – des personnages de chair et d’os, des vies probables, des fantasmes et des replis contingents -, ni les nombreux laudateurs que comptent l’auteur. Double littéraire de Dubois, Paul Stern, campe un personnage de bon aloi, engoncé dans une vie qui se délite. Quels accommodements peut-on nouer sans péricliter ? C’est aussi peut-être à cette question finalement que répond avec humour et dérision Martin Page dans Peut-être une histoire d’amour (L’Olivier), un quiproquo sentimental clos et grisant. Plus tragique et plus sombre, le ténébreux Laurent Gaudé entrainera lui son lecteur au-delà de… La Porte des enfers (Actes Sud). Mythe d’Orphée, vengeance, lutte contre la finitude de l’homme, le prix Goncourt 2004 signe là un roman ombreux, vif et profond. Autres lieux, autres tons avec la plongée de François Vallejo dans les braises du Chiado à Lisbonne, L’Incendie de Lisbonne (Viviane Hamy), celle de Yasmina Khadtra dans les luttes intestines et fratricides de l’Algérie, Ce que le jour doit à la nuit (Julliard), ou encore celles d’Olivier Poivre d’Arvor, Le voyage du fils (Grasset), de Yann Quéffélec, La Barbaque (Fayard), de Christian Oster, Trois Hommes seuls (Minuit) et du Stephen King des lettres françaises : Jean-Christophe Grangé, Miserere (Albin Michel). On chuchote, enfin, ici et là entre autre, que le polémique Michel Houllebecq attendrait octobre – après la « masse » donc - pour sortir son Intervention 2 chez Flammarion.
Lettres classiques
Ouf, les écrivains français savent eux aussi encore raconter des histoires… De belles histoires, de longues histoires. C’est le cas du Zone (Actes Sud) de Matthias Enard, sublime fresque historique mêlant dans un même souffle, sur les mêmes rails, bourreaux et victimes, héros et bandits. Un Iliade contemporain sur les berges des guerres de la Méditerranée. Hors normes aussi, Le silence de Mahomet (Gallimard) de Salim Bach, une sorte de bio-roman, riche et épique, de la vie du prophète et le dense Prolongations (L’infini, Gallimard) d’Alain Fleischer narrant les troubles d’un jeune interprète Franco-Hongrois lors d’un congrès européen, dérisoire et grotesque, dans une enclave russe sur la Baltique. Biographie romancée encore du côté d’Olivier Rolin, Un chasseur de lions (Seuil) qui présente sous couvert d’une peinture de la vie d’Eugène Pétruiset, une histoire illustrée du mouvement impressionniste. En attendant, Toute la beauté du monde (Grasset) ne saurait être aussi bien sublimée que dans le dernier roman de Michel Le Bris… Dépaysement assuré en terrain lettré. Dans une veine plus contemporaine, Elie Wiesel relate, lui, l’histoire d’un jeune allemand accusé par la justice américaine du meurtre de son oncle, Le cas Sonderberg (Grasset) quand Jean Echenoz s’étend sur la vie d’un jeune ouvrier tchèque qui tente de devenir le Zatopek de sa génération, Courir, (Minuit).
Lettres premières
Un premier roman et peut-être… La surprise de cette rentrée littéraire. La Meilleure part des hommes, (Gallimard) est l’œuvre d’un jeune toulousain de 27 ans. Tristan Garcia brosse là le portrait du Paris des années sida, de la gauche au pouvoir, des joutes militantes et des intellectuels médiatiques. Une société du spectacle avide de reconnaissance, radicale dans ses retranchements tant elle se refuse à dé-jouir. « C’est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et – en négatif – de la meilleure. » Fièvre, maîtrise, verve et talent habitent ce premier roman aux accents philosophiques. L’histoire de la fidélité et de la promesse à charge et décharge. A souligner aussi, les traits et la singularité d’autres petits derniers… Rap américain, marlous et bagouzes, bienvenue dans la bande des tagazous et Le Polichinelle de Pierre Bailly (P.O.L), un jurassien pur jus qui signe sans baratin un petit roman contemporain. Carnet de bord de maison close pour le Des néons sous la mer (Verticales) de Frédéric Ciriez, de shouts et déroutes pour le Crack (Seuil) de Tristan Jordis. Une immersion, raide et sans appel, dans la vie des fumeurs de crack de la porte de la Chapelle. Alors certes, la relève a le regard sévère mais gageons qu’avec autant d’acuité et des styles aussi affûtés, la renommée ne saurait tarder.




































