Qu’est-ce que le collectif Ré-actions citoyennes ?
Ré-actions citoyennes a été créé au mois de juillet. Il comprend une quinzaine de membres, issus d’horizons divers. Certains militent pour la cause tibétaine seulement depuis cette année, d’autres depuis au moins quinze ans. Notre combat se focalise pour l’instant sur la question des droits de l’homme en Chine.


Votre objectif est de « faire du bruit » alors que les Jeux olympiques vont démarrer à Pékin…
Oui, nous voulons dénoncer le fait que des jeux d’ampleur internationale s’organisent dans un pays où les droits de l’homme sont bafoués, où le Tibet est humilié, où des innocents sont exécutés. Cela nous apparaît scandaleux et hypocrite que des grandes firmes et des gouvernements participent à cet événement.


Concrètement, quel genre d’actions menez-vous ?
Nous ne voulions pas être juste une association supplémentaire. On mise sur le sensationnel, on élabore des scénarios, on se déguise, on essaie d’attaquer là où ça fait mal, de manière démonstrative, en faisant du buzz médiatique. Depuis juillet, à Paris, on a enchaîné les actions de dénonciation des sponsors des Jeux olympiques : deux magasins Adidas (rue de Rivoli et aux Champs-Elysées), Omega (rue du faubourg Saint-Honoré), Air China (boulevard Malesherbes), UPS (Rambuteau), et ce jeudi (7 août) McDonald’s (Châtelet). En fait, nos coups d’éclat consistent à « amener le sang », au sens figuré, chez les sponsors (par exemple à travers une parodie d’exécution de moine tibétain, ndlr), pour montrer au grand jour ce que les grandes entreprises cautionnent en finançant aux JO.

Y a-t-il eu des débordements ?
Non, car nous tenons à rester toujours à la frontière de la légalité. On est « borderline », mais pas hors légalité. On privilégie avant tout le dialogue. Tout au plus faisons-nous de la désobéissance civile. D’ailleurs, hormis devant( Air China, où nous avons été expulsés de manière musclée et interpellés, ça ne s’est jamais mal passé, nos rapports avec les policiers ont mêmes été plutôt cordiaux.

Vous comptez également participer au rassemblement anti-JO devant l'ambassade de Chine, ce vendredi (8 août) ?
Bien sûr. Comme beaucoup d’autres associations, nous espérons notamment obtenir de Nicolas Sarkozy des déclarations, sur place, en Chine, en faveur du Tibet et des droits de l’homme. Visiblement, il est parti pour ne rien faire, mais nous espérons malgré tout qu’il ne sera pas mou !

Sa décision de se rendre finalement à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin vous a déçus…
En ce moment, nous sommes encore plus remontés, car le président de la République française, Nicolas Sarkozy, s’est finalement dégonflé : il participe à la cérémonie de clôture des JO ce vendredi (8 août) et il ne recevra pas le dalaï-lama lors de sa visite en France (il le recevra cependant dans l'année, ndlr). Cela nous agace profondément.

A Paris non plus, visiblement, le maire, Bertrand Delanoë, ne fera pas grand chose durant les JO. Enfin, au niveau international, peu d’initiatives se mettent en place pour faire entendre la voix des Tibétains. Selon nous, cette inaction et ce silence sont extrêmement inquiétants et ils comportent, à terme, le risque d’un basculement dans la violence, d’une radicalisation du mouvement tibétain, alors que la majorité de ce peuple s’efforce de croire dans la voie pacifique.

Le dalaï-lama lui-même a souhaité la réussite des Jeux olympiques en Chine. Vous ne vous sentez pas en porte-à-faux ?
Pas du tout. Le dalaï-lama est un moine, une entité spirituelle, le représentant d’un gouvernement en exil. Bouddhiste, il montre la voie de la sagesse et adresse ses vœux comme il l’aurait fait dans n’importe quel pays. Nous, nous sommes des militants, pas des moines. Chacun son rôle. Il n’y a là aucun décalage.

Que répondez-vous aux Chinois de France qui estiment que les anti-JO donnent une image réductrice et caricaturale de la Chine ?
Je ne crois pas que cette vision des choses soit vraiment représentative de ce que pensent les Chinois de France. Certes, il peut y avoir une sorte de sentiment patriotique, une certaine fierté que les médias du monde entier s’intéressent à leur pays. Mais la plupart préfèrent se taire. Même loin, le pouvoir politique chinois fait peur, des pressions s’exercent. Pour beaucoup d’entre eux, il est inconcevable de s’exprimer sincèrement.

Allez-vous continuer vos actions ?
Durant toute la durée des Jeux olympiques. La liste des sponsors est longue ! Et le mouvement se poursuivra au-delà, notamment à l’occasion de futurs événements (visites de délégations chinois en France, perspective de l’exposition universelle en Chine, etc.).