Le bruit du marteau-piqueur, des nappes de poussière, une foule en perpétuel mouvement. Novembre 2007, un jeune cinéaste de 27 ans, débarque à l’aéroport de Pékin. Peu d’argent en poche, une caméra et des mains pour parler un langage qu’il ne connaît pas. Une seule idée en tête : être le témoin des mutations de la Chine à travers le prisme de la politique de grands travaux menée à Pékin en vue des JO. Aujourd’hui, vieille de l’ouverture des jeux, le pari, est relevé de ce côté: d’après les calculs officiels, il ne reste plus que 30% du vieux Pékin, ici et là dissimulé derrière la mise en scène volontaire de cette ère nouvelle. « Je voulais saisir ce moment charnière où on transforme les choses pour en faire un long métrage musical, une symphonie urbaine, "Pékin/Déconstruction". La série "Rues de Pékin" est venue se greffer sur ce projet initial. »
Ombres chinoises
Mingongs au labeur - ces ouvriers-paysans venus des campagnes lointaines pour travailler à Pékin – vieil homme promenant son oiseau au parc, cordonnier ou coiffeur des rues… La série propose plus qu’une tranche de vie saisie sur le vif. « Il s’agit de vignettes courtes, de bulles, sans dialogue ni commentaire, illustrant Pékin, telle que je l’ai vu. J’ai filmé la transformation physique de la ville et ces répercussions sur le mode de vie des pékinois ». Dix heures minimum de tournage par jour, des kilomètres à pied pour sillonner la ville, capter ses humeurs, « sa cohérence architecturale » et finalement ce passage brutal du noir et blanc à la quadrichromie. « En un mois, le quartier qui abritait l’auberge de jeunesse dans laquelle je dormais, s’est totalement transformé. D’une sorte de route terreuse est sorti un boulevard bitumé paré de lampadaires et de boutiques ouvertes jour et nuit. » En un clic ou presque, la ville est passée « d’une culture millénaire à la mondialisation. Tout change au nom du progrès. Ils sont dans une logique du « better ». Toujours plus, toujours mieux ». Mais cette thématique du « passage à l’ère moderne » n’est pas sans le questionner. « Ce moment de transition un peu caricatural dit beaucoup de choses sur notre société. On suit le mouvement sans se demander si on est plus heureux en vivant de cette manière… ».
Accès libre
Trente heures de rush, un long métrage et des douzaines de petits docs dans les bagages plus tard… quid alors de cette police omniprésente ? Les mutations ne sont-elles pas dans l’œil du viseur des censeurs ? « J’y étais lors d’une sorte de parenthèse enchantée. J’ai pu filmer partout sans problème. Les autorités avaient apparemment bien d’autres préoccupations. Je n’aurai jamais pu filmer autant et aussi facilement en ce moment J’ai juste caché mes cassettes à la douane ». Sage précaution. Depuis le 6 juin, la série est visible en streaming gratuit sur le site qui lui est consacré : www.ruesdepekin.fr et pour laquelle il a monté sa propre structure de production, Le laboratoire du cinéma. En attendant, peut-être, que ce projet non formaté parvienne à déjouer la frilosité des chaînes de télé et que les producteurs se déchainent pour une symphonie musicale du nom de Pékin/ Deconstruction.









































