Pourquoi avoir choisi d’enquêter sur le bouddhisme et ses rapports au politique ?
Parce que lorsque nous avons fait l’an dernier la trilogie sur les guerriers de Dieu, nous avons reçu de nombreux réactions positives mais aussi un commentaire nous suggérant d’enquêter également sur les religions fondées sur la paix et la non violence, comme le bouddhisme.
On a pensé que c’était une bonne idée. C’est à ce moment là que s’est produite la révolution de Safran en Birmanie [septembre 2007, quand les moines ont manifesté pour réclamer de la nourriture, ndlr]. Se profilaient aussi déjà à l’horizon les jeux olympiques en Chine, vraie opportunité pour le mouvement tibétain de faire entendre sa voix. Dans notre enquête, nous avons cherché à comprendre comment des gens engagés dans la non violence font pour combattre les régimes autocratiques, sans les armes. Et dans ce combat, nous avons découvert que les bouddhistes sont en première ligne.
Qu’est ce que les gouvernements chinois et birman ont tant à craindre des bouddhistes pour les museler de la sorte ?
Les moines bouddhistes sont à la tête des mouvements populaires, c’est ce qui inquiète le pouvoir. Par exemple, en Birmanie, quand le cyclone Nargis s’est abattu sur le pays, ce sont les moines qui ont aidé la population. Pas le régime, dont la faiblesse est à cette occasion apparue au grand jour. La junte au pouvoir était uniquement préoccupée par le référendum qu’elle avait organisé. Très peu de Birmans sont allés voter mais ça n’avait pas vraiment d’importance, les fonctionnaires ont voté pour eux, si vous voyez ce que je veux dire….
Peut-on faire une différence entre les rapports qu’entretiennent les bouddhistes birmans avec la politique et ceux opposant les bouddhistes tibétains au pouvoir chinois ?
La différence, à mon sens, est que les bouddhistes tibétains ont un leader reconnu, le dalaï-lama, engagé dans la non violence et qui a des revendications claires. Depuis des années, il a abandonné l’idée d’obtenir l’indépendance complète et prône l’autonomie, qu’il espère obtenir en dialoguant avec la Chine. Mais il rencontre actuellement quelques difficultés : une partie de sa communauté en exil est tentée par la dissidence, souhaite cesser le dialogue pour agir contre le gouvernement chinois. La jeune génération de bouddhistes est impatiente et très frustrée. Le dalaï-lama leur rétorque qu’ils n’ont pas d’armée et qu’il faut persuader les Chinois de leur concéder l’autonomie…
En Birmanie, en septembre 2007, c’était la première fois depuis que la junte est au pouvoir [depuis 1962, ndlr] que les moines sont descendus dans la rue pour mener la contestation. Ils en ont payé le prix et ont été violemment réprimés. Encore maintenant, ils continuent leur lutte en refusant par exemple les dons que leur font les militaires. Chez les bouddhistes, donner aux religieux est un moyen d’obtenir des « bons points » pour sa réincarnation future. On verra bien si cela est un moyen de pression efficace.
Avez-vous rencontré des bouddhistes extrémistes ?
Non. Même parmi les Tibétains, les jeunes restent très attachés au dalaï-lama. Ils ont tous le même but, mais ne sont pas d’accord sur la tactique à mettre en œuvre pour l’atteindre. Certains se demandent s’il ne serait pas dans l’intérêt des Chinois de négocier avec le dalaï-lama, car une fois qu’il ne sera plus de ce monde, les Chinois risquent d’être confrontés à des interlocuteurs aux revendications plus radicales.
Dans les deux cas, quelle évolution vous semble probable dans les années à venir?
Pour la Birmanie, il a été évoqué que la grande figure de l’opposition démocratique au régime et prix Nobel de la paix 1991, Aung San Suu Kyi, pourrait, dans les mois qui viennent, ne plus être assignée à résidence. Le dialogue entre la junte et l’opposition pourrait alors reprendre.
Au Tibet, le dalaï-lama risque de camper sur sa position jusqu’à son retrait de la politique ou son décès. Après ? La grande question est de savoir si les Chinois vont, comme ils l’ont promis, engager de vraies discussions avec la communauté tibétaine et concéder une forme d’autonomie, culturelle ou religieuse, à la province.
Avez-vous rencontré des difficultés de tournage sur le terrain ?
Nous ne sommes pas allés au Tibet car le gouvernement chinois interdit tout accès à cette province depuis mars. Nous sommes allés à Dharamsala, en Inde, chef lieu du gouvernement tibétain en exil, où nous avons rencontré le dalaï-lama.



































