Mis à jour 29-07-2008 16:06

500 km sans manger

Des adeptes du jeûne ont marché 15 jours sans manger pour promouvoir ce moyen naturel de purifier le corps

Roger a perdu 12 kilos pendant ses 15 jours de jeûne. Marie a abandonné en cours de route, pas suffisamment préparée.

Roger a perdu 12 kilos pendant ses 15 jours de jeûne. Marie a abandonné en cours de route, pas suffisamment préparée.

Photo : A.B./Metro

« Pendant qu’on marchait, on n’a cessé de parler de nourriture et d’échanger des recettes ! On a beau pratiquer le jeûne, on est gourmand... » Roger, 54 ans

Comment se prépare-t-on à un long jeûne ?
D’après Roger, l’un des jeûneurs- randonneurs adepte du jeûne depuis des années, « il faut éliminer toutes les sources de protéines et se nourrir exclusivement de fruits et légumes la semaine précédent le début du jeûne, pour vider son colon ». Certains, pendant le jeûne, font aussi des lavements afin de vider leur organisme de toutes ses toxines restantes.
 

Plus d'informations sur cette "croisade"

Rien dans le ventre depuis quinze jours et quelque 500 km de route dans les pieds, ça use… pas tant que ça en fait. Une cinquantaine de personnes se sont lancées le 15 juillet dans une « croisade pour la santé », de Gironde-sur-Drot (dans le sud de la Gironde) jusqu’à Paris. Une maxi randonnée sans manger. S’il y a bien eu quelques abandons en cours de route (principalement pour cause de grosses ampoules), ils étaient une trentaine mardi matin –soit deux semaines plus tard- à achever leur périple devant le ministère de la santé, à Paris.

Lancée à l’initiative de Bernard Clavière, président de l’association Nature & Partage, le but de cette « croisade » est de montrer que l’« on peut continuer à mener une vie active en s’arrêtant de manger quelques jours ».

Périple éprouvant

Pour Gérard, 62 ans, le périple a néanmoins été « éprouvant ». « C’était parfait jusqu’au dixième jour, mais après j’ai eu un moment de faiblesse. J’ai tenu le coup, et maintenant ça va à nouveau. » Son but en se lançant dans l’aventure : « la détoxination de l’organisme ». Une purification par le vide (les jeûneurs n’ont avalé que de l’eau et de la tisane, à raison d’au moins deux litres par jour) qui a aussi motivé Roger, œnologue de 54 ans, habitué à jeûner une fois par semaine. D’après lui, le jeûne régulier procure « une force et une vitalité incroyables. C’est quand on se remet à manger qu’on tombe dans un état de sommeil, preuve que la digestion fatigue et que les gens sont usés de trop manger. »

Préparation nécessaire
Sauter de temps en temps les repas pendant une journée entière, OK. Mais le jeûne long ne s’improvise pas. Marie, la femme de Roger, en a fait l’expérience. Non préparée à l’aventure -dans laquelle elle s’est lancée au dernier moment pour soutenir son mari-, elle y a mis fin au bout du cinquième jour de jeûne. « J’avais mal à la tête, je tremblais… En l’absence de médecin, je n’ai pas osé aller plus loin », explique-t-elle.
Le docteur qui devait accompagner l’aventure s’est en effet désisté à la dernière minute. Une absence angoissante pour certains, novices du jeûne. « Mais le médecin n’était pas nécessaire. On ne court aucun danger à ne pas manger pendant quinze jours, d’après Bernard Clavière.Le but de sa présence n’était pas de cautionner la démarche mais de faire des analyses biologiques des marcheurs. »

Moins de perte de poids que prévu
Analyses réalisées par les jeûneurs eux-mêmes. Pouls, tension, poids... Aucun problème à signaler. Toutefois, Assia, 61 ans, est un peu déçue : « Mon premier objectif en me joignant à cette croisade était de perdre du poids. Je m’étais fixé -15 kilos et j’en suis à -9. Je voulais perdre mon ventre et je reviens avec ! »
Tout comme Assia, Roger va reprendre progressivement une alimentation normale, ou presque : « Tout jeûneur remet en cause son alimentation et son mode de consommation de la nourriture. Je vais certainement manger moins de protéines qu’avant, et je vais crusiner [cuisiner cru, ndlr] davantage », explique-t-il.

Le jeûne dit "thérapeutique"
Manger moins et mieux, c’est aussi le message que veut faire passer Bernard Clavière avec cette croisade. « Nous sommes victimes d’une addiction à la nourriture, s’insurge-t-il. Ce que nous interprétons comme une nécessité de manger toutes les 3 ou 4 heures, sont en fait des symptômes de dépendance. Nous sommes pathologiquement dépendants de la nourriture ! »
Selon lui, au bout de 36 heures sans manger, le glucose apporté par les aliments est éliminé par l’organisme. « Au-delà de ce temps-là, le corps synthétise le glucose à partir de ses réserves lipidiques, des cellules mortes ou malades, dont les cancéreuses. Le jeûne est donc un moyen naturel, simple, gratuit, accessible à tous de rester en bonne santé. » Sur son site internet, des nutritionnistes, acupuncteurs et même un professeur de cancérologie ont apporté leur soutien à sa démarche. Roselyne Bachelot ne l’a pas reçu mardi matin, mais peu lui importe. Bernard Clavière compte bien se créer d’autres occasions de rencontrer la ministre. Il compte « faire de cette croisade un événement récurrent année après année ».

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