15-07-2008 22:30
Souvenirs de la Garden Party
Reportage à la Garden party de l'Elysée le 14 juillet 2008

Photo : JV/metro
Lundi 14 juillet 2008. Ma deuxième Garden Party. Le carton est arrivé dix jours plus tôt au bureau : « Monsieur le Président de la République et Madame Carla Sarkozy prient Monsieur Jérôme Vermelin de leur faire l’honneur d’assister à la réception qu’ils offrent à l’occasion de la Fête Nationale, au Palais de l’Elysée… » Le tout en belles lettres bien rondes, ça ne se refuse pas. Smoking ou uniforme sont exigés.
Je n’ai pas de costume de flic, ni de pompier, j’opte donc pour mon classique costume noire. La dernière fois je l’ai sorti pour la cérémonie de clôture du festival de Cannes. Pas de nœud pape, plutôt une cravate bleue style UMP pour passer incognito. 11h45, je quitte l’appart. Tous les métro autour de l’Elysée sont fermés et je dois descendre à Palais Royal puis remonter le Faubourg Saint-Honoré à pied. Premier contrôle, je sors mon carton d’invitation et ma carte d’identité. Je recommencerais une demi-douzaine de fois en une heure.
L’entrée est compliquée
Après plusieurs détours, retours, mégatours dans le VIIIe arrondissement, j’arrive à hauteur de l’avenue Marigny où un paquet de confrères sont massés derrière une barrière métallique. Un type de France Télévisions dont je ne me rappelle pas du nom connaît un type qui connaît un type qui le fait entrer avant les autres. « Bon, on y va nous. On boira une coupe en pensant à vous ». La classe.
Faut dire qu’il nous faudra encore une demi-heure avant de pénétrer le jardin des merveilles. Les gardes de l’Elysée protègent l’entrée avec leur talkie walkie et leurs grosses lunettes noires. Ils filtrent, c’est super sérieux. « Si on vous fait attendre mesdames, messieurs, c’est parce qu’on fait entrer en priorité les gens qui travaillent ». La foule grogne. « Comment ça ? Mais qu’est-ce que vous croyez qu’on vient faire nous ? », marmonne un homme à ma gauche. « C’est un scandale !», assène une dame à ma droite. Soudain un type fend la foule. « Je travaille vraiment moi ! », dit-il en s’excusant de marcher sur les pieds des autres. Mon voisin de foule rigole. « Et moi je travaille, mais pas tout à fait vraiment. »
Vers 13h15, j’ai presque atteint le Graal. Un militaire de carrière prend en photo le vigile qui nous tient en joug depuis une vingtaine de minutes. Un cliché, deux clichés. Je ne sais pas ce qu’il compte en faire. Peut-être mettre un contrat sur sa tête ? Le vigile en question inspecte ma carte d’identité écornée, vérifie qu’elle correspond bien au nom sur le carton et me laisse pénétrer dans le jardin lumineux. Encore un effort, je vide mes poches, passe le détecteur de métaux. On déchire la moitié de mon carton d’invitation et je récupère portable, trousseau de clés et centimes d’euros. Ca y est ! YESSS !!
Enfin du vin rosé
Je marche sur un tapis en gazon artificiel qui mène jusqu’à l’arrière du jardin de l’Elysée. Une dame africaine avec un boubou jaune me précède et je prend la tangente direction le premier buffet qui se présente. J’engloutis deux sandwiches qui doivent être au hareng, ou un poisson de la même couleur. J’approvisionne bien volontiers les gens derrière moi. Je m’agace du vieux couple qui prend son temps pour commander à boire. Moi j’ai poireauté une heure sous le cagnard et là je me sens pousser des ailes. D’une voix très assurée, grave, limite Barry White, je demande « un verre de vin rosé, s’il vous plaît ». Je vais le savourer ce ptit vin rosé !
La première gorgée coule dans mon œsophage, je revis, j’ai l’impression d’avoir avalé la potion magique comme dans Astérix. Tiens, Jean Sarkozy. Ah, non. C’est l’autre. Pierre, le producteur de rap. Doc Gyneco n’est pas là. Mais Hugh Auffray, si. Il a pris un coup de vieux, je trouve. Un peu plus loin je tombe sur Jean-Marie Messier. Il est là celui-là ? Je croyais qu’il était sous le coup d’un mandat d’arrêt international ou un truc comme ça. Je le croiserais une heure plus tard au buffet chocolat. Il ne s’est pas aventuré dans les petits couloirs de l’Elysée, là où on peut croiser le max de people. Barbelivien arrive avec un pote à lunettes. « Viens, c’est par ici le bar », qu’il lui dit. Je m’approche des salons réservés au président et ses proches. Je croise David Douillet qui tape dans le dos de Marek Halter. Moi aussi je vais au bar. Je mange un peu de saumon en sauce avant d’assister au discours du président. Le pain n’est pas super frais, je trouve.
14h, tout le monde s’est massé devant les marches du Palais. Un speaker annonce le président de la République, son épouse Carla et Ingrid Betancourt. La foule dégaine les portables, mais le trio met encore cinq minutes à arriver. Les ministres se massent de chaque côté des marches. Nadine Morano passe lentement devant le micro, Marilyn de droite au ralenti. Roselyne Bachelot surgit avec d’immenses lunettes de mouche. Elle les retire pour saluer comme les rock stars, touchant le bout des mains tendues du bout de ses doigts vernis. Charles Villeneuve, le nouveau président du PSG, surgit, l’air ravi. Peut-être qu’il a signé Giuly et Makélélé dans la matinée ?
Ingrid éclipse Carla
Soudain les voilà. Nicolas, tout sourire, Carla, pas très rassurée et Ingrid, très élégante, sa famille au grand complet derrière elle. J’ai d’ailleurs l’impression qu’il y a plus de membres de la famille Betancourt que de membres du gouvernement. Je ne vois ni Fillon, ni Rachida Dati, mais il y a du monde autour. Par contre on voit très bien Kouchner, comme à Bogota. Le président nous explique que nous sommes le 14 juillet, merci, et salue la magnifique jeune femme à sa gauche. Il ne parle pas de Carla mais d’Ingrid.
J’ai un flashe : l’an prochain, je reçois un carton d’invitation sur lequel est inscrit : « Le Président de la République et son épouse Ingrid Sarkozy ». Non, pas possible. Ingrid Betancourt prend la parole. Elle dit qu’il y a quinze jours, elle était encore attachée à un arbre dans la forêt. Je me dis qu’elle doit vivre des instants surréalistes toutes les quinze secondes depuis. Surtout aujourd’hui. Elle dit qu’elle ne mérite pas la Légion d’honneur. Mais franchement vu les gens à qui on la donne depuis quelques années, c’est plutôt La légion d’honneur qui ne mérite pas Ingrid. Elle parle en Français, puis en Espagnol. Elle s’adresse aux autres otages, encore retenus là-bas. On applaudit. Carla semble avoir un peu chaud. Elle a la tête baissée et elle soupire. Finalement Ingrid termine son discours en Français. Nouveaux applaudissements nourris. Elle le mérite bien, non ?
Obama l’année prochaine ?
Sarkozy lui remet la légion d’honneur puis tout le monde retourne à ses buffets. Je croise la mère de Carla, un peu perdue. Je mange une crêpe au chocolat au stand breton, je bois un jus d’orange aussi. Sur les marches du Palais, Kad Merrad semble ne pas en revenir d’être là. Je ne vois pas Dany Boon, dommage. Basile Boli passe avec sa femme. Avant de partir j’ai encore avalé une part de gâteau au chocolat et une coupe de champagne aussi. Un café plus tard, je rentre à la maison, en métro. Je me souviens que dans les jardins, un couple devisait sur l’impact de la présence d’Ingrid Betancourt à cette Garden Party. « Il va avoir du mal à faire mieux l’année prochaine, Sarkozy. A moins qu’il réussisse à inviter Obama ! » On parie ?
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